Un autre regard sur… Niki de Saint Phalle

Niki de Saint Phalle

Vous avez sans doute entendu parler, de cette artiste dite ‘’féministe engagée’’, qui fait de la peinture en tirant à la carabine ? Belle et Rebelle vous propose de découvrir cette artiste du XXIème siècle !

Si son nom laisse transparaître la bourgeoisie et la vielle noblesse de Neuilly-sur-Seine dont elle issue, Niki semble s’être acharnée à s’arracher de son milieu et faire en sorte que cela ne soit pas ce qu’on retint d’elle. Née en 1930 à Paris d’une famille de banquiers, ses parents partent s’installer à New York où elle passera son enfance. Elle travaille d’abord comme mannequin ; son visage radieux et sa silhouette longiligne le lui permettent, puis se mariera à 18 ans et mettra au monde deux enfants. Elle commence à peindre ses premières toiles à 20 ans, dans un hôpital psychiatrique après une grave crise nerveuse. On la dit schizophrène et son art sera pour elle le seul moyen de calmer le chaos qui agite son âme. Elle se lance dans une création presque frénétique sans aucune formation artistique. Dans un premier temps, elle va créer des toiles en relief : c’est à dire qu’elle va récupérer des objets usagés,  même des vêtements qu’elle aspergera de peintures noires ou très colorées. Un peu plus tard, cette dernière inventera une nouvelle technique de peinture… au tir à la carabine ! 

Elle est en ce moment exposée au Grand Palais. Elle fait beaucoup parler d’elle ces derniers temps car on l’a dit : « la première artiste féministe ». Il faut bien admettre que cette rétrospective tombe à pic avec cette effervescence autour de  l’obsession de ‘’l’égalité Homme-Femme’’ et de la dite « fumeuse » théorie du genre… Je suis bien certaine que Nadjat Vallaud Belcacem doit jubiler, car exposer les œuvres d’une féministe engagée doit être proche pour elle de l’apothéose.

Pourtant, lorsque l’on s’intéresse d’un peu plus près au travail de Niki, on se peut se surprendre à arriver à une conclusion un peu différente, qui ne manquera pas de déplaire à l’idéologie d’égalitarisation compulsive qui sévit depuis quelques années. Elle est effectivement féministe mais pas dans la manière égalitaire telle qu’on peut le concevoir aujourd’hui. Niki est issue de la branche du féminisme identitaire, c’est à dire qu’elle cherche à promouvoir et à revaloriser le féminin par rapport aux valeurs masculines. Elle dénonce le fait qu’il n’y ait aujourd’hui que les qualités scientifiques et technocratiques qui soient admirées. Et qu’ainsi, tout le coté féminin, humain et intuitif soit écrasée. Ainsi le féminin n’est pas nié chez Niki mais il est au contraire promu comme une égale valeur par rapport aux qualités masculines.

C’est cette philosophie qu’elle tâche d’exprimer à travers son exploration de la troisième dimension. En effet après ses toiles, elle s’attelle à la sculpture. Les Nanas, ceux sont des figures lisses et colorées aux rondeurs rassurantes souvent plus grande que nature, voire monumentales. Niki propose ainsi une allégorie joyeuse de la femme, débordante d’enthousiasme, de vie et des couleurs. Dans une société de consommation en plein essor, pour Niki les femmes n’exploite pas tous leurs potentiels et ne sont éduquées que pour « l’industrie du mariage ». Elle illustrera ce concept avec son œuvre « la mariée à cheval » dont vous pouvez retrouver l’image en bas de cet article. On peut dire que ces figures contrastent avec notre société contemporaine où la maigreur est à la mode, où il n’y a d’yeux que pour les couleurs sombres, où les femmes dans leurs vies professionnelles cachent bien souvent leurs attraits en s’habillant comme des hommes. Les Nanas semblent danser, elles sont sportives (certaines sont vêtues de maillot de bains) ou enceintes, elles débordent d’enthousiasme et de vitalité. Par son travail, Niki tâche de remettre au goût du jour toutes les qualités propre aux femmes. Pour elle, la relation homme/femme n’est qu’une éternelle confrontation, mais c’est justement cela qui permet à l’humanité d’être créatrice. Elle va même jusqu’à penser que si les hommes sont allés jusqu’à construire des fusées pour partir sur la lune, c’est simplement parce qu’ils sont profondément jaloux du pouvoir créateur qu’ont les femmes qui, aujourd’hui, et malgré toutes les avancées scientifiques, demeurent les seules à pourvoir mettre la vie au monde. C’est pourquoi, obsédée par cette idée de la création, elle ira jusqu’à faire des sculptures monumentales et habitera même une de ses propres créations. On peut dire qu’elle a réussi à mettre au monde son propre univers en créant pour un jardin en Italie : ‘’Le Jardin des Tarots, auto-financé et qui semble être habité par ses sculptures. Elle sera reconnue et adulée comme une artiste de son vivant et décédera en 2002.

Alors oui, je vous l’accorde ses créations ne sont pas transcendantes et ne vaudront jamais nos chefs-d’œuvres antiques. Certaines de ses œuvres sont tout de même très abstraites et pas toujours agréables à regarder. Cependant, son imagination est débordante et son audace ne peut qu’être saluée. Alors chères Belles et Rebelles, pour vous faire votre propre avis, rendez-vous au Grand Palais jusqu’au 2 février!

Hélène Hardy

La mariée à cheval

La mariée à cheval, 1963

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