Critique ciné :: Le loup de Wall Street

    Il n’y a pas très longtemps, je m’affalai négligemment dans mon canapé pour regarder ce film sorti il y a deux ou trois ans : Jane Eyre. Un chef-d’œuvre écrit par Charlotte Brontë, dans un style bien plus noir et plus sombre que Jane Austen, mais qui n’en véhicule pas moins de beaux sentiments et de grandes valeurs.

    Quelques jours après, Marie s’en va-t-au cinéma, voir le Loup de Wall Street, cette fois… Brusque retour à la réalité. Énorme descente aux enfers. Comment se fait-ce ? Très simple : deux siècles nous séparent de Jane Eyre. Fini l’amour avec un grand A, ne reste plus que le sexe. Fini les hommes riches au cœur noble, ne restent plus que l’appât du gain, une cupidité qui permet tout pour amasser toujours plus de richesses. Fini les fêtes campagnardes et poétiques, ne restent plus que les orgies dégueulasses, dans lesquelles l’alcool n’est qu’une peccadille qui ne permet pas d’atteindre des sensations assez fortes, il faut pour cela user de toutes les drogues possibles et imaginables, au point d’en perdre ses facultés humaines, et se retrouver à plat ventre à baver comme un verre.

    Ca n’empêche que j’ai adoré. Pas que j’apprécie énormément le spectacle de la débauche. Mais j’aime que l’on nous montre clairement et sans phare la réalité trash, la réalité telle qu’elle est, répugnante et crade, et cela sans besoin de petites morales à deux balles ou de jugements à l’eau de rose.

    « C’est avec les beaux sentiments que l’on fait de la mauvaise littérature », disait Gide. C’est sans doute aussi vrai pour le cinéma. Les récits moralisants n’ont jamais intéressés personne, et l’une des difficultés de l’art est la suivante : nous montrer la réalité, sans nous dire ce que l’on devrait en penser. Réussir à nous proposer du contenu qui puisse nous choquer, nous interpeller, et donc nous amener à réfléchir, sans nous filer du prêt-à-penser.

    En ce sens le Loup de Wall Street est un chef-d’œuvre. Nulle part, les petites leçons de morale que l’on nous sert chaque jour dans nos médias. Lorsque l’on sort du cinéma, l’on est tout songeur. Un peu bousculé par les multiples scènes sexuelles, la présentation des femmes comme objet de plaisir ou faire-valoir, le vide de ces vies, remplies uniquement de billets de banque, de fiesta dont on ne se souvient même plus, de sensations fortes et bestiales, de mépris pour le commun des mortels, « pauvres », de beautés artificielles et kitsch, de cris et de hurlements, d’absence totale de moralité, et d’enchaînement incessant et infini du toujours plus, comme si la satiété n’existait pas, comme si rien ne suffisait jamais. Le recul que prend l’auteur avec sa caméra, cette façon de se moquer de toutes ces situations ironiques, ce second degré nous apaisent un peu.

    Au final, ce film ne fait que nous montrer la réalité sur le monde dans lequel nous vivons, et sur le genre de gens qui nous dirige. En sortant du cinéma, je me suis dis qu’après tout, DSK faisait pire, et ceci à quelques 300 mètres de chez moi… On en vient presque à les plaindre tous les grands de ce monde, on se dit que leurs existences n’ont pas le moindre sens, avec leurs paillettes et leur fric lourdement étalé, et qu’ils passent à côté de l’essentiel.

Marie Vermande

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