Les jours se font courts :: Belle fête de Noël !

Les jours se font courts

« Les jours se font courts…

C’est la saison des douleurs et des doutes. La neige est tombée sur l’arbre de la forêt. On commence à oublier qu’il y a eu des feuilles, des fleurs, l’été…

C’est la période dont les hommes, si longtemps, ont eu si peur. Le soleil s’éloigne un peu plus chaque jour. Va-t-il continuer de s’écarter, partir, disparaître, nous abandonnant aux ténèbres et à la mort ?

Pour le faire revenir, pour lui rappeler son devoir de père universel, qui ne doit pas abandonner ses enfants, chaque peuple réagit jadis à sa façon, mais au même moment : au milieu de la nuit la plus longue, au 25 décembre de notre calendrier actuel.

Dans le Nord glacé, on lui fait de grands signaux lumineux avec des torches, et on sacrifie son fils préféré : le sapin, l’arbre-qui-reste-vert au milieu de la grande débâcle végétale. On le coupe et on le brûle. Sa flamme, son âme, rejoint celle du père et lui transmet le message des hommes.

De cet appel désespéré il reste une coutume gentille : l’arbre de Noël avec ses bougies. Et une superstition : « le vert est couleur de l’espérance ».

L’herbe qui meurt chaque année, l’arbre qui semble mourir, sont les premiers enfants du soleil. Par eux la vie est conservée et sans cesse recrée. Tout ce qui vit les mange ou les sacrifie. L’arbre est la victime prédestinée, dont les morceaux seront éparpillés. La hache tranchera ses énormes muscles immobiles, il deviendra planches, table, lit, parquet, manche d’outil, fenêtre, violon… Et pour finir, au bout de ses avatars, il brûlera comme le soleil.

La table sur laquelle j’écris a été faite par un artisan avec une poutre d’une maison construite au XVIIè siècle et détruite il y a trente ans. La table durera-t-elle autant que la poutre, autant que le chêne dans lequel celle-ci avait été taillée ? Qui en brûlera les débris ? Cheminée, feu de campement, incendie ? Que sera alors devenue la poussière de nos os ? Peut-être un arbre, ou marguerites…

Hiver après hiver, se produit toujours immanquablement ce phénomène extraordinaire : le printemps revient. Pendant que là-haut, dans les arbres, le peuple des feuilles, tranquillement, pointe le nez et se déplie, ici, au ras du sol, on se hâte. On n’a que deux saisons pour naître, devenir adulte, et tout achever : pousser, fleurir, semer. Il faut vivre rapidement, superbement, dans la splendeur minuscule. Au bout de l’été, c’est fini… Mais la mort, dans ce petit monde, on ne sait pas ce que c’est. Et nous, le savons-nous ?…»

Source: Rene Barjavel Les Fleurs, l’Amour, la Vie…

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