Ode pour une fuite en avant

Ode pour une fuite en avant

Le raid est une réaction de bon sens. Quand une société marche à l’envers, il faut pour lui survivre lui tourner le dos. Carrément. Malgré les ironies des copains inévitables, les sirènes des marchands d’illusions, il existe encore de nos jours nombre de jeunes vivants qui aspirent à la liberté avec assez de forces pour la prendre de force, qui ne peuvent plus contenir en eux ce besoin vital de l’espèce : partir !

Aujourd’hui, rien de révolutionnaire ne s’inventera ou ne s’accomplira sans une reprise de conscience lucide. Un retour au sang froid. Au lieu de hurler avec les loups en cage, il est préférable de s’évader régulièrement de cet enfer. Cultiver une systématique de l’évasion à un rythme défini comme vital ; un peu c’est mieux que rien. Et le grand air de la liberté, quand on le respire à pleins poumons, donne des appétits formidables.

On vous prendra pour des marginaux incurables, des rebelles invétérés, des anarchistes, parce qu’au lieu de faire chorus avec les râleurs et d’encaisser n’importe quoi, vous vous lancez dans l’évasion. Sans désespoir (vous ne cassez rien avant de partir). Vous laissez tomber, simplement. Saturés de tous les tam-tams primitifs dont les gangs de l’hypnose de masse vous abreuvent, des pièges à débiles et des somnifères à bestiaux. Vous mettez les voiles. Vous partez chercher la liberté. Où elle se trouve. Ailleurs, du côté de l’authenticité. Se lancer dans des raids sauvages, plusieurs fois par an est une réponse à l’endormissement.

Marcher, remède à l’âme.

Le raid sauvage mène toujours plus loin que les kilomètres. Dans la marche, d’intuition, de grâce ou d’intelligence on découvre qu’il y a dans la vie plus qu’un hasard mais un commencement d’éternité, dans la liberté, plus qu’un besoin mais une vocation à la pleine puissance et dans l’homme plus qu’un animal mais un dieu en puissance capable de se réveiller quand il n’a pas été tué au berceau !

Ce n’est pas le raid le véritable moteur, mais le besoin de croissance personnelle à pleine puissance dont le raid authentique peut constituer le tremplin.

L’instinct de raid : aller plus loin. L’inconnu contient de l’avenir parce qu’explorer est libérateur, que la conquête épanouie le conquérant. Ce qui nous épanouit, c’est moins les espaces découverts que le besoin de plus qui sommeille en nous et qui bondit dès que l’on s’évade du quotidien. La révélation exaltante du raid authentique c’est qu’on devient soi quand on se met en marche. L’homme nait à la vie pour marcher, courir, se battre, aimer, créer… Avec son corps et son âme. Sans médium. L’homme naît pour pousser la vie en lui, au maxima de tous ces possibles.

Avoir foi dans le raid sauvage comme système efficace de libération personnelle.

Le raid authentique n’est ni une évasion suicide ni un déménagement. On ne s’évade pas contre soi, mais pour soi. On ne part pas avec tous es bagages, pour transporter ailleurs ses habitudes et son milieu. Il faut savoir jeter du lest. Le raid libérateur est un sport. Il a ses conditions de réussite, sa règle du jeu, sans compromis, son style. Il ne tente que les aventuriers assez libres pour ne pas craindre de rencontrer la liberté…

L’essentiel reste l’aventure, dans la grande nature sauvage, une cure de silence et le face à face avec soi-même, le dépouillement sans compromis des inutilités, la fraternité vécue des raiders.

C’est exercer son corps à l’endurance physique, à la force souple, au courage, sans se perdre en pulsions velléitaires. En même temps, exercer son esprit à la prise de recul à l’observation, à la volonté ; le désintoxiquer de l’hypnose et des réflexes de masse ; lui rendre sa pleine puissance de jugement et de décision. Les raiders ne croient pas aux discours, aux défilés encadrés, aux slogans miracles : ils croient aux actes.

L’homme vit mieux et plus intensément lorsqu’il est debout et qu’il marche que lorsqu’il se vautre ou rêvasse. C’est ça le style raider : être debout et marcher.

Ce qui trouble quand on voit passer les raiders avec leur sac et leur boussole, c’est qu’ils ont l’air d’aller quelque par. Leur sillage crée un souffle sourd d’aventure folle qui sent le souffre.

 

2 commentaires pour "Ode pour une fuite en avant"

  1. Tancrède dit :

    Bonsoir,

    Marchez, partir en raid, camper dans la nature, chanter, jouer de la musique, danser, se cultiver, partager tout cela avec d’autres camarades…

    Connaissez-vous les OIseaux-Migrateurs ?

    • Gabrielle dit :

      @Tancrède

      Oui, j’ai entendu parler de ces troupes héritières du “Wandervogelisme” mais j’ignorais que les Oiseaux Migrateurs existaient encore. Si c’est le cas, je serais vivement intéressée par plus d’informations sur ce mouvement qui regroupe nombre de mes centres d’intérêts !
      N’hésitez pas à me recontacter :)

      gabrielleci@outlook.fr

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