Thibault a neuf ans

Famille

Comme tous les dimanches son papa et sa maman ne travaillent pas. Ils prennent cette journée pour leur famille, pour se reconcentrer sur l’essentiel de tout couple : être ensemble.

Thibault aime bien ce jour, le dimanche.

Il sait dans sa tête d’enfant que c’est le jour où ses parents ne sont ni stressés par leur travail, ni préoccupés par les bouchons du périphérique, ni en train de travailler tard chez eux au coin d’une table en même temps qu’ils dînent.

Il aime d’autant plus cette journée, parce que c’est durant celle-ci qu’il arrive à voir combien ses parents s’aiment encore. Papa apporte le petit déjeuner de maman au lit, pendant que Thibault range sa chambre pour leur faire plaisir. C’est pendant cette journée qu’il voit ses parents s’embrasser, se tenir la main en sortant de l’immeuble, se chamailler comme des enfants en rigolant.

Oui, Thibault aime bien le dimanche, plus qu’un autre jour.

Après le déjeuner, la petite famille décide de sortir se promener dans le square de son quartier, jouer avec son enfant, prendre une glace, et pourquoi pas même faire quelques photos pour les futures cartes de vœux.

Thibault enfile ses rollers, maman son bel imperméable beige, et papa n’oublie pas sa pipe et son journal.

Arrivé au jardin, Thibault patine le plus vite possible, comme pour impressionner tous les autres enfants, et revenir ensuite vers ses parents pour leur dire « vous avez vu comme je vais vite ? ».

Papa s’assoit sur un banc, allume sa pipe, et commence à feuilleter son journal.

Maman va saluer la famille voisine de leur immeuble se trouvant au même endroit.

Décidément pour Thibault, cette journée est parfaite

 Il continu à faire des tours dans le parc, tentant de faire des petites figures sur les marches, retournant régulièrement vers papa et maman pour montrer qu’il va bien.

Les familles continuent d’affluer dans le jardin, toutes accompagnées de leurs enfants.  Thibault les regarde à chaque fois, espérant qu’un de ses amis franchira la grille du jardin pour jouer avec lui.

A chaque nouvelle famille qui arrive Thibault s’approche pour voir s’il connaît quelqu’un. Il lui semble reconnaître son ami Louis qui arrive. Il s’approche à toute vitesse de la grille pour mieux voir…

 Raté, ce n’est pas lui. Thibault s’apprête alors à repartir faire ces tours quand quelque chose l’interpelle et le fait s’arrêter brusquement.

Le petit garçon, que Thibault avait prit pour son ami Louis, ne rentre pas seul dans le parc. Il est suivi par deux messieurs.

Mais ce n’est pas ce qui frappe Thibault. Ce qui le frappe c’est que les deux hommes se tiennent la main en marchant.

Ils se tiennent la main comme papa et maman, se sourient comme eux, se chamaillent comme eux.

 Thibault ne comprend pas bien. Mais il y a beaucoup de choses qu’à 9ans Thibault ne comprend pas, et il le sait. Il reprend donc sa course un peu surpris par cet événement qui sera probablement oublié d’ici quelques minutes.

 En faisant le tour du parc il remarque que les deux hommes qui accompagnent l’enfant s’assoient sur un banc au milieu de la foule. L’un met le bras autour de l’autre homme, qui celui-ci pose la tête sur son épaule. Le petit garçon qui accompagne les deux hommes vient les voir, il prend un paquet de gâteaux et repart jouer.

Thibault décide d’aller le voir au milieu des attractions du jardin.

Rapidement ils se mettent à discuter ensemble, se trouvent des passions communes, des matières préférées, des jouets.

Mais Thibault n’a pas perdu de vu l’objet de sa curiosité qui l’a incité à aller parler au garçon.

Il se met à le questionner sur les deux hommes qui l’accompagnent.  L’enfant est gêné, comme trop habitué à cette question.  Mais il répond tout de même à Thibault : « ce sont mes parents ».

Thibault ne comprend pas, où est la maman du petit garçon, ni pourquoi les deux hommes semblent si proches.

L’enfant a du mal à répondre à toutes les interrogations de Thibault. Il est blessé.

Thibault comprend qu’il vient de poser des questions qui embarrassaient l’enfant et le faisaient se sentir mal à l’aise. Suffisamment mal pour que celui-ci décide de partir en courant se cacher derrière un buisson, pour ne plus en ressortir. Thibault repart en passant devant les deux hommes en les regardant, en se questionnant. Il s’assoit sur un banc plus loin et continue de les regarder avec le regard que tout enfant de 9 ans a lorsqu’il ne comprend pas quelque chose mais a décidé de le comprendre à tout prix.

Il scrute chaque geste, essaye de deviner chaque parole.

Thibault regarde les deux hommes se sourire et… s’embrasser.

Il commence à avoir peur, une peur qui le prend au ventre, comme lorsqu’il a fait une bêtise et ne sait comment la dissimuler à ses parents.  Il regarde autour de lui, avec en même temps la peur et le soulagement de peut être voir arriver ses parents.

Les deux hommes continuent de s’embrasser, quand l’enfant revient vers eux. Ils continuent  pendant qu’il s’assoit à côté d’eux.

Thibault regarde bien, à la foi effrayé et  perdu. Il regarde en espérant qu’un des deux hommes se changera en maman.

Les deux hommes prennent l’enfant dans leurs bras, tout en continuant de se chamailler.

Les larmes commencent à envahir Thibault. Il regarde l’enfant entre les deux hommes, celui-ci est encore meurtri des questions qu’il lui a posées. Il aperçoit Thibault qui regarde ces « parents » et repart se cacher.

Il est l’heure de partir. Papa et maman viennent chercher Thibault toujours assis sur son banc. En sortant Thibault donne la main à ses parents, se retourne regarde les deux hommes, puis regarde en direction de l’enfant parti se cacher qu’il entend pleurer au loin.

Thibault n’a toujours pas compris.

Mais Thibault aime le dimanche car il est avec son papa et sa maman et tout le monde le sait…

G de L

1 commentaire pour "Thibault a neuf ans"

  1. Tancrède dit :

    Bonjour à vous,

    J’ai découvert votre site hier et je le trouve vraiment très bien. Enfin des vraies filles comme les hommes trad les aime.
    Bonne continuation.

Un truc à dire ?