Critique de film :: Nés en 68

Voici un film peu connu du grand public. Si les idéaux qu’il véhicule sont controversés et contestables, il tente cependant d’être le témoin d’une époque et c’est pourquoi on peut en retenir certains éléments qui le rendent intéressant.

« 1968. Catherine, Yves et Hervé ont vingt ans, sont étudiants à Paris et s’aiment. La révolte du mois de mai bouleverse leur existence. Gagnés par l’utopie communautaire, ils partent avec quelques amis s’installer dans une ferme abandonnée du Lot. L’exigence de liberté et la recherche de l’accomplissement individuel les conduisent à faire des choix qui finissent par les séparer. 


1989. Les enfants de Catherine et Yves entrent dans l’âge adulte et affrontent un monde qui a profondément changé: Entre la fin du Communisme et l’explosion de l’épidémie de sida, l’héritage militant de la génération précédente doit être revisité. »

Un film long mais réaliste

Certes, c’est un film long, mais plutôt réaliste. Il s’attache en effet à montrer l’histoire d’une génération entière. Il ne s’arrête pas à l’arrivée joyeuse des soixante-huitards commençant leur nouvelle vie à la campagne, fort d’images bucoliques et champêtres : il poursuit l’investigation en mettant en scène la vie de ces enfants nés des amours soixante-huitardes ainsi que leurs difficultés à vivre à partir des idéaux de leurs parents.

C’est justement tout l’intérêt du film qui met en avant la lente descente aux enfers de ceux qui avaient rêvé de changer le monde. Cette jeunesse, malgré tout ce qu’on a pu lui reprocher, a rêvé de construire un monde nouveau. Je ne parle pas des jeunes qui ont participé aux manifestations pour le plaisir de semer le trouble dans la cité, mais de ceux qui sont partis après les manifestations parisiennes et ont essayé de mettre en pratique leurs idées politiques. Des régions de France, comme la Lozère ou le Berry ont vu arriver de nouveaux habitants pleins d’espoir, qui rêvaient de créer un nouveau monde à leur échelle.

L’exode citadine

Il y a dans cet échec une des clés qui permettent de comprendre pourquoi 68 reste encore mal compris. Car si on n’en retient que les slogans tels que « interdit d’interdire », c’est qu’une autre part des idéaux de 68 est passée à la trappe, ou a été accaparée et transformée par les bobos naissants. Au delà d’un désir nouveau de liberté, on oublie ce que cherchaient ces jeunes partis vivre à la campagne. Ils ont illustré un besoin qui est encore présent aujourd’hui.  Ces jeunes aspiraient à une vie plus simple et plus proche de la nature, et rêvaient de fonder une communauté pour créer des liens qui durent et qui transcendent la famille.

Ce film montre aussi la diversité du mouvement soixante-huitard. On parle souvent des ouvriers et des étudiants, mais sans faire les distinctions nécessaires. Peu de personnes au fond savaient pourquoi elles manifestaient vraiment. Très peu étaient politisées et avaient vraiment lu Gramsci. Quand on exclu les fainéants, les jeunes avides d’aventure et de nouveauté, les révoltés, les obsédées du sexe et les aigris, il reste peu de réels militants de gauche. Et Nés en 68 met même en avant la diversité de ces minorités marxisantes, celles pour qui l’engagement était surtout intellectuel et les autres qui, loin de vouloir vivre recluses préféraient un militantisme politique.

Un des derniers aspects qui donne son authenticité au film est qu’il montre bien à quel point la réalité de tels groupuscules se fonde sur l’existence d’un chef charismatique, d’un leader et ce, même à  gauche ! Ici, c’est une femme qui fédère la communauté et qui tente jusqu’au dernier moment de faire tenir tout cet ensemble hétéroclite. La cellule se maintient grâce à la volonté d’un seul personnage. Si cela fait la force de la communauté au début de son existence, c’est aussi ce qui en souligne sa faiblesse, puisque dépourvue de toute idéologie véritable et fondée sur l’affectif créé entre chaque membre, cette communauté ne survivra pas à Catherine.

Quelles sont les leçons à tirer de ce quasi-documentaire ?

 Tout d’abord, je dirai que pour espérer changer le monde qui nous entoure, il faut être armé idéologiquement et se confronter à la réalité, pour ne pas être relégué au statut de doux rêveur.

Enfin, c’est grâce à la volonté qu’on peut changer les choses et j’ajouterai que c’est sur la durée. Ce sont souvent ceux qui crient le plus fort qui disparaissent le plus vite. Si nous chérissons cette énergie vitale propre à la jeunesse, n’oublions pas de l’associer à une culture et à un raisonnement construit. C’est comme ça que nous y serons fidèles le plus longtemps possible.

Diane Prullée-Rousseau

1 commentaire pour "Critique de film :: Nés en 68"

  1. berger brigitt dit :

    Je trouve vos choix et propos bien peu rebelles et tout simplement réactionnaires ! Belle et conservatrice serait plus juste !

Un truc à dire ?