Critique ciné :: 11.6, en ce moment au cinéma!

Rappelez-vous les faits.

Le 5 novembre 2009, un convoyeur de fonds dérobe à la Banque de France la modeste somme de 11,6 millions d’euros. Deux jours plus tard, la police découvre dans un garage loué sous une fausse identité une partie du butin : 9,1 million d’euros. Une semaine plus tard, Toni Musulin se rend à la police monégasque. Remis le lendemain à la justice française, il reconnaît le détournement de fond mais nie s’être servi dans les 2,5 millions d’euros manquant.

Où est passée la différence ? Personne ne le sait encore aujourd’hui…

Le film commence par la fin, ça tombe bien, celles qui ont suivi l’affaire connaissent cette partie de l’histoire… Plus important, le suspense du film ne se résume pas à une fin carabinée, sortie de derrière les fagots afin de vous faire comprendre qu’il est l’heure pour vous de plier bagage et de laisser la place aux suivants ! (Bah oui à 10 balles 1h30 de projection faut bien être rentable, plus vite que ça !)

Alors qu’est ce qui nous maintient en haleine si la fin est déjà connue ?

Dans l’adaptation « du casse » de Toni Musulin, il y a de la romance c’est sûr : il faut bien faire un film ! Mais pas de cascade, pas de voiture qui explose, pas de cadavre qui s’accumule. Pour un braquage on n’a jamais entendu si peu de coup de fusil à pompe !

Pourquoi tant de sobriété ? On va vous éclairer, un tout petit peu, mais faîtes-vous votre propre opinion en regardant le film !

Cette histoire est celle d’un homme comme vous et moi, appartenant à cette même réalité, dure et qui un jour décide de mettre fin à la mascarade permanente de son asservissement quotidien. Il s’agit de la lecture du réalisateur Philippe Godeau sur un homme qui reste un véritable mystère. Le décalage entre la réalité et la fiction est impossible à palper. Cependant ce film est à classer parmi les œuvres humanistes et naturalistes, celles qui tentent de retranscrire le quotidien d’un homme dans ce qu’il a de plus banal. 

Toni Musulin employé modèle depuis 10 ans dans une entreprise de transport de fonds se voit refusé une première fois une demande de congé d’un jour pour se rendre aux obsèques d’un proche. Première frustration pour un homme qui n’a jamais demandé beaucoup à ses patrons.  

Mais l’élément déclencheur de son choix est la découverte fortuite d’une différence de salaire observée sur la feuille de paie de son coéquipier. Toni Musulin, interprété brillamment par François Cluzet, souhaitant des explications sur cette différence, est reçu par un patron aimable comme une belle mère « oui, oui je verrais ça plus tard », « tu vas pas nous faire chier pour 3 minutes », « si t’es pas content la porte est là ». Puis « va voir les syndicats » insulte suprême pour cet homme éduqué plutôt à base de « marche ou crève » ou « résous tes problèmes par toi même. »

Une colère palpable.

Qui n’a jamais été berné un jour par son employeur ? Mais l’acteur devant tant d’iniquité garde le contrôle de lui même : on est berné. Preuve s’il en est, que le silence punit bien l’insolence. Toni Musulin, se transforme d’employé modèle, discret et ponctuel en un Arsène Lupin. Dès lors, il n’a qu’un objectif en tête : les faire payer.

Mais ce craquage plus communément appelé « pétage de plombs », il ne va pas le faire au détriment de ses voisins. Il ne va pas passer sa colère en brûlant des voitures, en pissant dans les cages d’escaliers communes, en se faisant passer pour une « vicos » Excuse bien connue pourtant de par sa récurrence au 20h de Chazal. Au contraire, Toni va mettre un point d’honneur à faire payer la vraie responsable. Ceux qui pompent les précieuses heures de sa vie sans plus de considération qu’un vieux mouchoir.

L’insolence avec laquelle il opère montre bien que l’intelligence n’est pas synonyme de compte en banque ou de fiche de salaire et que la revanche des petits sait se faire avec panache !

Organisation minutieuse…

Commence alors la préparation du casse aussi bien matérielle qu’affective. Pour protéger ceux qu’il aime, il déchaine une certaine capacité à se faire haïr. Par sa femme prétextant une liaison qui n’existe pas. Par son meilleur coéquipier, en blessant son amitié.   Le film décrit le portrait d’un homme fidèle à lui même, qui dans ses actes n’a jamais voulu engagé que sa seule responsabilité. Plutôt audacieux dans une société où l’excuse « c’est pas de ma faute, c’est les autres » est monnaie courante.

Avec peu de moyen et une seule vie à laquelle il tient, il s’organise de façon minutieuse : fourgon, chronométrage, entrainement de sport, moto…  Il vide ses comptes, fait des prêts dans plusieurs banques différentes et organise sa cavale !

Son acte d’escroquerie est une réponse à l’escroquerie qu’il a subi, au rabaissement quotidien des conditions de travail dans une société où la production et le résultat importe plus que l’humain. Confrontation permanente entre vendetta et solitude parfois nécessaire pour pouvoir se regarder dans un miroir.

Alors les belles, rebellez-vous ! Il est temps de mettre à mal les injustices permanentes qui sapent le quotidien. Enfin, n’oubliez jamais,  ni votre âme ni votre cœur n’appartiennent à ceux qui prennent sans jamais rien donner !

Alice

1 commentaire pour "Critique ciné :: 11.6, en ce moment au cinéma!"

  1. Bref, a Calamity Jane revival ?
    critique bien étayée, je l’ai lue entière (je lis rarement les critiques, ça me gonfle…) , merci

Un truc à dire ?