“Mes amours, ma télé et moi”

télé réalité

Ah la télé-réalité…  Phénomène télé très en vogue depuis quelques années et fort critiqué dans l’excellent documentaire Le temps de cerveau disponible, diffusé par France Télévision. Il y a bien sûr plusieurs genres de télé-réalité. Des émissions culinaires, sportives ou amoureuses. Tous ces genres de télé-réalité ont un point commun : c’est un jeu qui n’a qu’un gagnant à la fin, le but est donc d’éliminer au fur et à mesure les autres concurrents…

Depuis début janvier, la chaîne NT1 – appartenant à TF1, la chaîne la plus intellectuelle comme chacun sait – a décidé de remettre au goût du jour une émission née au début des années 2000, Bachelor, gentleman célibataire. Le concept : un homme PARFAIT (j’insiste bien) cherche la femme de sa vie, parmi vingt jeunes femmes qu’on lui présente, toutes plus belles les unes que les autres. Au fur et à mesure des épisodes, il élimine celles qui lui ont déplu, et espère à la fin trouver l’Amour (avec un grand A : cette chose un peu mystérieuse qui fait que l’on a le cœur qui bat, que l’on ne trouve plus ses mots, que l’on dit des choses qui en temps normal nous paraitraient idiotes.) Pourtant après quelques épisodes, le verdict ne peut qu’être le suivant : on est bien loin de l’idéal de l’amour courtois mis en valeur au Moyen-Age !

Voici une petite liste de 10 bonnes raisons de ne pas regarder ce genre de télé-réalité censée offrir l’amour à la fin de l’aventure.

 1. L’homme parfait est un mythe…

Il suffit de regarder la bande-annonce de l’émission pour être agacée. On nous promet l’homme parfait, « Il est l’homme dont rêvent toutes les femmes : il est séduisant, il a une belle situation, il a tout pour lui… » Euh ouais ! Je ne suis pas convaincue là. Selon la télé, ce charmant jeune homme correspond à un canon esthétique que toute femme normale est censée aimer, et en plus il est friqué. Bref, que demander de plus ?

Et si moi, je préfère un brun au regard ténébreux (c’est un peu cliché, mais vous m’excuserez), plutôt que ce blond aux airs de bourge, en bermuda devant son yacht ? Et si un homme riche ne me suffisait pas, et que je préférais un homme qui partage les mêmes goûts, le même idéal ? Sérieusement, ce n’est certainement pas à la télé de me dire quel mec serait bien pour moi, et ni de me faire croire qu’il existe un idéal d’homme qui correspondrait à n’importe quelle femme. Et puis au passage, merci pour l’image de la femme, vénale, qui ne peut qu’aimer un homme ayant une belle situation !

 2. Monde artificiel et futile, bienvenue !

Dès le début on nous en met plein la vue, avec de belles chaussures, de belles robes, de nouvelles tenues à chaque fois, et puis des jeunes filles qui doivent mettre au moins une heure chaque matin à se maquiller, se coiffer… C’est vrai qu’en ce temps de crise où l’on a du mal à boucler les fins de mois, les tenues estampillées haute couture ont de quoi nous faire rêver : on se croirait un peu dans un Cendrillon des temps modernes…

Mais le naturel dans tout ça ? Si je pouvais discuter avec le Bachelor j’aurais bien envie de lui fournir quelques suggestions pour être un peu plus sûr de trouver une jolie femme : aller surprendre tout ce beau monde au réveil, un lendemain de cuite. Si avec ça elles ont encore ce petit quelque chose qu’on appelle le charme, et si elles sont fraiches et attirantes, peut-être auront-elles une chance de lui plaire au quotidien. Parce qu’être belle après trois couches de fond de teint, une mise en pli parfaite, et une robe de couturier, j’ai envie de dire que c’est la moindre des choses !

3.  L’amour n’est pas un marché !

L’homme est ici tel un sultan dans un conte des mille et une nuits, qui peut passer en revue un nombre incalculable de jolies femmes qui sont à son entière disposition. Les filles font tout pour lui plaire, et lui n’a plus qu’à éliminer ce qui lui déplait tout comme il pourrait dire au marché « Oh non, vos pommes ne sont pas assez rouges, elles sont un peu petites, montrez-moi un peu vos melons et vos pastèques… je peux goûter pour voir ? » Et puis il goûte. L’une, l’autre, et la belle que voilà. Après tout, il aurait tort de s’en priver : toutes ces belles marchandises sont là pour lui, et n’attendent qu’une chose, c’est qu’il les mette dans son panier.

 4. L’amour en mode fast-food…

Avec la télé-réalité la société du tout, tout de suite est poussée à son paroxysme. Le beau gosse de l’émission n’est pas si bien loti qu’il en avait l’air au premier abord, car on ne lui laisse que très peu de temps pour profiter de chacune de ces charmantes femmes, et à la première émission après deux heures avec les 20 et un petit brunch avec quelques unes, il doit en éliminer huit d’un coup… Déjà rien que connaître les prénoms de chacune et les retenir sans les confondre, ça me paraît assez galère ! Conséquences : si les filles veulent se faire remarquer, elles ont plutôt intérêt à se démarquer au plus vite. C’est d’ailleurs pour cela que dans la suite de l’émission il ne cesse de les mettre en garde « Ouvres-toi à moi, je veux te connaître, je veux que tu sois transparente pour moi, dépêches-toi car on a peu de temps, et d’autres ont pris de l’avance ! » Et les filles le laissent lire dans leurs âmes comme dans un livre ouvert, alors que pour la grande majorité, elles finiront par se faire jeter, vu qu’il n’y aura à la fin qu’une gagnante !

 5. Homo homini lupus.

Je devrais plutôt dire Femina feminae lupa. Eh oui je n’ai pas pu m’empêcher de caser une petite phrase latine : dans cette émission, on espère en vain une quelconque solidarité féminine, car les rivales s’entredéchirent avec férocité. Quoi d’étonnant ? Quand on est vingt pour un seul mec, normal que de temps à autres il y ait quelques frictions ! Et comme le dit bien une des participantes : « Je ne suis pas là pour me faire des copines ou jouer aux cartes, je suis là pour trouver l’amour ». Du coup on a droit à critiques, ragots et crêpages de chignon à longueur de temps ( ce qui je l’avoue m’amuse énormément), mais lorsque de temps à autres cela revient aux oreilles de notre prince charmant, il se dit « saoulé ». Vingt filles pour lui tout seul, et Monsieur ne s’attendait qu’à des avantages ? La production a dû oublier de lui expliquer que c’était un total package et qu’avec les filles arriveraient forcément les disputes, les chamailleries et les jalousies.

6. L’homme parfait qu’on nous a vendu n’est en définitive qu’un mâle comme les autres.

Eh bien oui, il ne fallait pas se leurrer. Le prince charmant qui nous ouvre la porte, qui est prévenant et gentleman, cela n’existe que dans les films. Dans la réalité, quand le beau gosse aperçoit la super bimbo avec sa bouche pulpeuse, ses décolletés prononcés et ses dessous imprimés léopard, il se dit que c’est open bar, et que son membre préféré va bientôt être de sortie !

7. L’amour-cliché !

« Je veux vibrer pour une femme, sentir que je ne peux pas vivre sans elle, lui parler chaque petite minute de ma vie ». Voici la présentation que le beau jeune homme fait de lui. Et les filles se croient un peu vite dans un conte de fée. Le problème : comment construire une vraie relation en si peu de temps, et surtout alors que les apparences sont de mise. En effet, lorsque l’homme parfait se dit que la femme qu’il convoite a toutes les qualités d’être une bonne mère parce qu’il l’a vue  cinq minutes jouer avec des enfants, cela me fait quand même bien rire ! Et comment peut-il savoir qu’elle ne joue pas la comédie ? Le but du jeu c’est de gagner, et il y a sûrement un paquet d’argent à l’issue, donc il y a de quoi mettre en doute la sincérité des demoiselles.

 8. Un peu d’esprit pratique que diable !

Toutes ces jeunes filles sont charmantes, ont une conversation agréable, sont souriantes lors de ces rendez-vous fantastiques que leur offre le prince (ou plutôt la production), mais de là à dire que l’une d’elle est son âme sœur, et que passer sa vie auprès d’elle sera aussi cool que les moments romantiques partagés avec elle…

Il faudrait mieux voir ce que ça donne au quotidien, car c’est  facile d’être sympa quand on est dans un hôtel de luxe au bord d’une plage avec champagne à volonté. Logée à cette enseigne moi aussi je suis capable d’être la femme parfaite (si, si, je vous assure !). Mais à part ça, elle sait faire la cuisine ? Elle n’est pas trop bordélique ou au contraire maniaque ? Et quelle sera son humeur lorsqu’elle reviendra crevée d’une journée de travail, qu’il faudra encore qu’elle fasse les devoirs avec les mômes, qu’elle fasse à manger, et qu’elle repasse les chemises du beau trader ?

 9. C’est au final un jeu plutôt cruel…

Le but : s’amuser à regarder des filles se ridiculiser pour plaire à un homme soit-disant parfait. Et les filles paraissent assez rarement intelligentes. Je ne dis pas qu’elles sont bêtes, mais la caméra ne les met pas en valeur et se plait à les caricaturer. Imaginez un peu être filmée H24, et qu’au final on ne diffuse que les moments où vous n’êtes pas très futée (en général, les moments où elles doivent exprimer leurs émotions) ! Et par dessus tout s’amuser à observer ces filles se critiquer les unes les autres, se rabaisser, se manipuler, et finalement se faire éliminer une à une.

10. Intérêt intellectuel ?

Voir la vie artificielle d’autres personnes défiler devant soi plutôt que de vivre sa propre vie ? Non merci !

Bien entendu cette liste est loin d’être exhaustive. Mais je voudrais pour conclure encourager les féministes qui sont au pouvoir à se liguer contre ce genre d’émissions plutôt que d’ennuyer la planète avec des histoires du genre “Mademoiselle : quel terme machiste !” Je ne suis pas féministe pour deux sous, mais tout de même, avoir vécu des années de féminisme pour en arriver à des émissions où la femme est une potiche bonne qu’à se pomponner et prête à toutes les bassesses pour le plaisir d’un seul homme, c’est un peu malheureux…

Marie Vermande

 

 

2 commentaires pour "“Mes amours, ma télé et moi”"

  1. Young Maxwell dit :

    Et ça, dans le monde dans lequel on vit aujourd’hui, ce n’est plus possible. Les hommes ont perdu le pouvoir du choix. Le choix du partenaire est maintenant dans les mains des femmes. Pourquoi ?

  2. Didier dit :

    Excellent article…Je rajouterais juste une chose pour dire que l’exact opposé du bachelor existe également : Cela s’apelle ” la belle et ses princes presque charmants”.Je le précise car je suis tomber dessus récemment…les 10 points que vous avez soulevé sont valables de la même façon….

Un truc à dire ?