De l’infidélité :: compétitivité d’une société inconsciente

Infidelité

La tentation rôde, permanente, espionnant et attendant la moindre de nos faiblesses. Laquelle d’entre nous ne s’est jamais extasiée devant un « beau mec »? Laquelle d’entre nous n’a jamais lorgné avec envie le beau brun musclé de l’immeuble d’en face? L’attirance pour les représentants de l’autre sexe est inévitable, même lorsqu’on est en couple. Mais pour autant faut-il y céder? Peut-on assouvir toutes ses pulsions, sans les passer au filtre de la raison ?

Trahit-on un engagement, une promesse, pour un étourdissement souvent temporaire ? Réponse évidente durant des siècles qui aujourd’hui est remis en cause ! (Entre autres choses… On a vraiment l’impression d’être des martiennes !)

En effet, où que se posent nos regards, tout pousse à l’infidélité :

  • Si vous doutiez encore de l’intérêt de la tromperie, les magazines féminins vous rappellent à l’ordre et livrent les témoignages de femmes en couple, ô combien « épanouies » qui enchaînent les amants. A la poubelle l’éducation, les activités extrascolaires, et le grand air… Actuellement, l’épanouissement de la femme passe avant tout par son épanouissement sexuel, nouveau diktat de la modernité.
  • La faiblesse est là, mais vous doutez d’arriver à cacher votre relation à votre amoureux ? Ce petit bâton dans les roues vous aide à résister? Les mêmes magazines vous proposent LE moyen pour ne pas vous faire griller par Jules, comme « Glamour » et ses Dix commandements de la femme infidèle. Comble tout de même d’une certaine schizophrénie, vu l’article précédent… titré « Comment être une fille bien ? ».
  • Vous cherchez à convaincre vos amies que VOUS avez fait le bon choix. Et là, c’est plus difficile.

Les copines : une arme contre la bétise !

  • Mais voilà qu’un allié inattendu débarque, telles les anglaises un jour de paie : le quai du métro ! C’est là qu’aux yeux de mon oncle, comme ceux de ma nièce de 10 ans, on retrouve des affiches qui déballent sur les bienfaits de l’infidélité. Je vous parle de LA Campagne d’affichage du site de rencontre Gleeden: « Être fidèle à deux hommes c’est être deux fois plus fidèle ». (Je vois surtout ça comme être deux fois moins fidèle… Doit-on faire un rappel sur les divisions ? Je viens de l’espace, je vous rappelle !) Mais pour les thuriféraires de l’infidélité, voilà de quoi clouer le bec à tous les radoteurs de principes…
  • Puis, toutes les femmes sont infidèles maintenant ! Y a qu’à voir sur Internet où les sites de rencontres pullulent. Citons Ashley Madison, « leader mondial des rencontres extraconjugales discrètes », qui affiche sur sa page d’accueil une femme portant une alliance  et cette phrase : « La vie est courte, tentez l’aventure ».Visez un peu l’aventure : l’adrénaline de ne pas se faire prendre ? La culpabilité d’avoir triché ? Charmant ! Il y a aussi le site « Air adulte » ou encore « Femme infidèle » (dans le top 3 de la vulgarité). Sans oublier Gleeden et son symbole: la pomme croquée. Rappelez-vous, c’est le site dont les affiches vous ont déjà bien aidée à faire prendre conscience à vos amies des aspects uniquement positifs de l’adultère… Parce que se faire « larguer par son copain », seul tout petit risque en fait, ça ne compte pas. Après tout, s’il n’est pas capable de comprendre que votre épanouissement personnel passe par là, sans doute ne vous méritait-il pas, tant pis pour lui a ce salaud, hein !

Et ce ne sont là que quelques gouttes d’eau dans le marécage !

Il suffit d’évoquer encore les émissions télévisées (l’Île de la Tentation), les films (Les Infidèles) ou les romans, pour comprendre à quel point la notion d’infidélité est désormais banale…

Votre relation extraconjugale passagère s’est muée en véritable double vie ? Votre copain commence à avoir des doutes ? A moins que ce ne soit vous qui soupçonniez votre partenaire de vouloir vous imiter pour vous punir (l’excuse de la vengeance!) ? Pas d’inquiétude, la notion d’infidélité est devenue si banale que les concepteurs de l’iPhone ont inventé plusieurs applications qui permettent d’espionner son conjoint ou de cacher une double vie.

Vos amies ne sont toujours pas convaincues ? C’est pourtant étonnant ! L’infidélité est tellement en vogue ! Il suffit de constater quelques données sur Internet… Un sondage Ifop réalisé en 2000 révélait que 39% des hommes avaient été infidèles au moins une fois, pour 24% des femmes. Le même institut de sondage, la même année, réalisait une enquête pour le magazine féminin « Elle » et dévoilait que 42% des femmes interrogées trouvaient l’infidélité normale, et qu’elle était « obligatoire » pour 11% ! La proportion de divorces pour faute a considérablement diminué, passant de 37% à 10% entre 2004 et 2010, signe peut-être d’une acceptation de l’infidélité conjugale, de moins en moins considérée comme une rupture du contrat. Le bug de Facebook à la rentrée est un indicateur, lui aussi, de cette augmentation de l’infidélité, trop de personnes ont craint de voir apparaître leurs messages privés sur leur mur. Et l’on se doute bien que pour provoquer une telle vague de panique, les messages en question ne devaient guère être très innocents ! Enfin, il suffit de constater le succès des sites de rencontres évoqués plus haut: crée en décembre 2009, Gleeden (décidément, celui-là…) revendique aujourd’hui près de 1.500.000 membres.

On pourra objecter que l’infidélité existe depuis des lustres, probablement même depuis toujours.

Soit ! Et loin de nous l’idée de le nier. Ce que nous dénonçons c’est la promotion qui en est faite aujourd’hui. Jusqu’au XX ème siècle, l’infidélité restait généralement cachée, secrète (et risquée); elle est aujourd’hui étalée au grand jour, banalisée et promue ! De déshonneur, l’adultère a été hissé au rang d’épanouissement sexuel et personnel. La fidélité et l’engagement sont devenus ringards, l’infidélité est devenue « in », c’est une mode sur laquelle on peut surfer.

Notre société, ayant perdu toute valeur morale, a fait de l’adultère un acte inconséquent, « normal » ; le capitalisme débridé allant jusqu’à en faire un véritable marché. Rentable, qui plus est. Et vous, vous en êtes les cibles !

 Alaïs Vidal

 

10 commentaires pour "De l’infidélité :: compétitivité d’une société inconsciente"

  1. Marine dit :

    Tout à fait d’accord… Peut être faudrait il redéfinir l’Amour, le vrai… Qui semble cruellement mis à mal!

  2. Mateus dit :

    L’infidélité dans le mariage n’a plus aucune valeur juridique. Le divorce, puis le pacs, ont tués la notion d’engagement, de parole donné et du coup de fidélité.

    L’article dit vrai, on assiste aujourd’hui à une commercialisation de l’infidélité. Les métro parisiens sont une plaie, avec les pubs récurrentes pour les sites “extra conjugaux”. Paye ta concentration à 8h du mat…

    Mais ça ne date pas d’hier, et les “réunions sextoys” des petites bourgeoises dans leurs salons n’auront été que le prémisse de cette culture fesse-tive où l’on s’amuse à casser les relations hommes femmes !
    A vous, mesdemoiselles, de relever le niveau !

    Jupes et serre têtes power :D

  3. audren dit :

    Je pense que nous assistons, certes par l’entremise peu délicate des sites de rencontres et des magazines féminins, à l’agonie de l’idée archaïque que le corps d’une femme est la propriété de son mari. Pendant longtemps les incartades de Monsieur étaient monnaie courante (et carrément banales s’agissant de ses visites aux pensionnaires des maisons closes) tandis que celles de Madame étaient punies sinon de mort véritable, du moins de mort sociale et familiale.
    On a ensuite assisté à un nivellement par le bas de la liberté sexuelle, quand le corps des hommes est aussi devenu la propriété de leur femme. Mais je pense que ce n’est pas tenable très longtemps. S’il fallait un seul indice que l’exclusivité sexuelle est une épreuve quasi surhumaine : pourquoi y a-t-il toujours des femmes infidèles dans les pays où elles savent pourtant qu’elles seront mises à mort (et pas très joliment d’ailleurs) si elle prennent du plaisir dans d’autres bras que ceux de leur gentil mari ?
    Ainsi donc, ces injonctions irrévérencieuses à la liberté sont pour moi le signe d’une nouvelle libération de la femme. Et elle va amener bien des couples à réfléchir sur ce qu’est un couple, sur ce qu’ils veulent vivre ensemble… et chacun.
    Le reste de mes élucubrations est sur mon blog.

    • Berkana dit :

      Dans un monde où toutes les valeurs sont inversées, il est de bon ton de s’écarter de la foule et d’observer la fourmilière avec recul et objectivité.

      La dénonciation de la promotion de l’infidélité par Alaïs Vidal est un fait, et rien n’est plus rassurant de lire pareille chose aujourd’hui. (Au passage, merci Alaïs de pointer toutes ces choses avec coeur et justesse). Rien ne me dégoûte plus que ces publicités ignobles qui commercialisent des rencontres froides dénuées d’amour, au sens le plus sacré que j’accorde à ce terme ! Mais la sexualité reste un sujet qui me titille… Et n’y voyez aucune image obscène ! :)

      Et Audren, vos remarques demeurent particulièrement pertinentes à mes yeux.

      Ce n’est pas que je veuille me laisser tenter par le démon de l’infidélité, mais c’est que j’essaye d’envisager les choses sous un angle différent. Les idées proposées par exemple dans “le supplément au voyage de Bouguainville” ne m’ont pas laissée de marbre depuis mes 17 ans et certaines évocations cheminent toujours dans mon esprit à la recherche d’une réponse.
      Le couple est une grande question et l’entretenir sur la durée, un défi de tous les instants !

      Mais l’Amour et ses mystères restent encore indéfinissables… Et quelle(s) vérité(s) la morale apporte-t-elle ? Une sécurité pour ceux qui en suivent le dogme ? Une reconnaissance sociale ?
      Je ne remets pas tout en question car je reste fidèle à l’éducation traditionnelle que j’ai reçue. Mais malgré tout, je m’interroge… Et réfléchir, c’est déjà désobéir. Donc tromper.

      Je suis mal barrée ! Hum.
      C’est quoi donc votre blog ?

    • Clochette dit :

      Juste une petite observation au passage : je ne suis pas sûre que, dans les pays où l’adultère est puni de mort, les femmes aient toujours pu choisir leur conjoint (ce n’est pas toujours vrai dans l’autre sens, mais pour l’homme, ce n’est pas pareil). Et je ne parle pas de la façon dont certains maris doivent considérer ou traiter leur “chose”. Alors, quand, enfin, ces femmes ont l’impression d’être quelqu’un et d’être aimées(de “rien” devenir “tout”), oui, sans doute sont-elles prêtes à prendre le risque…
      Mais ce n’est peut-être pas le cas de toutes, il est vrai.

      Je suis d’accord sur l’ancienne inégalité dans le rapport hommes-femmes.

      En ce qui concerne le fait de réfléchir à ce qu’est un couple, il me semble en effet que c’est la première chose à faire à deux avant de se mettre ensemble. Dans une société où on est libre de choisir son conjoint, je pense quand même que des gens y ont déjà pensé…
      C’est néanmoins encore plus essentiel à une époque où, manifestement, tout le monde n’en a pas la même définition. Et ensuite, il faut avoir le courage de tourner les talons si l’autre est adepte des relations libres quand on est soi-même pour la fidélité…alors qu’on est amoureux (et inversement, me direz-vous).

      Personnellement, je ne me sens pas plus libre depuis qu’on me dit que je peux tromper joyeusement mon conjoint (en ignorant ses sentiments). Je ne crois pas que, dans notre société où l’adultère des femmes n’est plus puni depuis quelques années quand même, elles aient (eu) besoin de l’autorisation et des encouragements de qui que ce soit pour être infidèles… à moins de les prendre encore pour des cruches qui ont besoin qu’on les” aide” à faire le premier pas pour leur prétendu épanouissement (mais qui les a obligées à se mettre et à surtout à rester avec l’individu avec lequel elles vivent ?) . A ce propos, c’est à se demander si elles ne restent pas avec leur conjoint juste pour le confort matériel… belle inversion de la situation, me direz-vous aussi…
      Quant à l’épanouissement, si la chose vient à être découverte par l’autre, j’imagine ce qu’il va être. Un sacré retour de boomerang.

      Ensuite, l’infidélité non réfléchie ou liée à un coup de foudre inattendu, alors qu’on est déjà en couple, est une chose, mais celle-ci, totalement planifiée et présentée comme sans conséquence (ou presque, à condition d’être malignes), tout ça pour permettre à certains de s’enrichir , avec la complicité de journaux achetés par ces boîtes (probablement, en tout cas), moi ça me dérange un brin.
      Et je ne parle pas des jeunes (enfants, ados, …) qui lisent ce genre de choses (sur les murs, bus, revues) présentées sous un jour riant, innocent, etc. Quelle image auront-ils du couple, de la fidélité à la parole donnée, etc…?
      Parce que si on se moque de celui avec qui on vit, alors que dire de la parole donnée à l’ami, à un collègue, etc…. ? Bonjour la société qu’on se prépare (et elle est déjà en bonne route).
      Le plus rigolo étant que, pendant qu’on nous dit que la parole n’a aucune importance pour faire de nous des consommateurs (aussi parce que déprimés par cette société sans valeurs), cette même société de consommation n’oublie pas de nous faire signer des contrats pour être bien sûre que NOUS restions FIDELES à la parole donnée !! arf, arf, arf…

  4. Ah, les tests de Glamour, les dossiers de Elle, les chroniques psy de Cosmo… Plus jeune, ça me faisait rire. Puis ça m’a fait pitié. Maintenant… ça me gonfle juste de n’avoir que ces conneries à lire dans les salles d’attente.

  5. Le kurde dit :

    @Audren.

    Plusieurs erreurs dans ton ton argumentaire. Je ne parle pas du blog, qui ressemble plus du porno chic à la sauce SM, qu’à une étude scientifique du sentiment de l’infidélité à travers les siècles et/ou à l’heure actuel.

    S’il fallait décortiquer point par point tes postulats de base (faux) :
    1. le corps de la femme est la propriété de son mari : en effet. Comme celui de l’homme est propriété de sa femme. Bien évidemment, les termes d’homme et de femme renvoie à celui du mariage, de la parole donnée, de l’exclusivité (du coeur/du corps) et de la fidélité.. c’est la force du mariage que de pouvoir assurer stabilité et engagement à long terme d’un foyer. Ne me parlez pas de PACS, de vie “à la colle” ou d’autre fumisteries : à force de rabaisser la notion d’engagement, on en vient à rabaisser l’amour lui même… Ainsi donc, l’homme appartient à sa femme, la femme à son homme. A peu de choses près, je reprends les codes de St Paul, l’infâââââme apôtre machiiiiste. Certes. Mais justement, la civilisation Européenne (gréco/chrétienne) en favorisant une monogamie stricte et officielle, à permis la stabilité et l’unité au sein du couple.

    2. La fidélité est contraignante d’un point de vue du vagabondage sexuel ? En effet. Mais elle favorise aussi (et surtout) la confiance mutuelle, la tranquillité des cœurs et des âmes, la délicatesse vis à vis de l’autre, l’écoute mutuelle, la stabilité pour les enfants… Alors certes, cela peut être pénible au bout de 20, 30, 40 ans. Évidemment. Mais l’amour dans un foyer évolue, change petit à petit, se fait moins fusionnel pour être plus quotidien, routinier, moins charnel. c’est comme ça. Et puis merde, qui a dit que l’amour était une sempiternel partie de jambes en l’air ?? C’est un peu plus exigeant. Et terre à terre. Les pétasses modernes de 40 balais, les cougars et autres garces en manque de jeunots, ne sont que des vieilles ayant manqué le coche, et pensant retrouver dans le cul ce qu’elle n’ont pas su trouvé dans le couple stable, le foyer, la famille, la communauté. Bref, un mirage.

    3. Le pseudo modèle de l’infidèle épanoui est un leurre : le cul, les histoires d’un soir et/ou les tromperies occasionnelles n’apportent que du plaisir, pas le bonheur. Ce qu’il récoltera à la fin de sa vie, ce n’est ni la chaleur d’un foyer, ni le sourire du patriarche. Ce sera le divorce, les mensonges, la haine, la séparation, les courses à droite à gauche… une vie au final bien terne. Je préfère m’ennuyer avec celle que j’ai aimé pendant 20 ans (et que j’aime alors, différemment certes) que de courir après un pseudo bonheur rêvé, mais jamais vécu.

    4. ” sur ce qu’ils veulent vivre ensemble… et chacun.” Un foyer meurt à partir du moment où l’un des deux pense d’abord à soi, et plus à l’autre. On aime une personne car on veut le/la rendre heureuse, pas parce que l’on veut se faire “plaiz”, tirer son coup, lui mordiller les doigts de pied (#nanmaisalloquoilestarés!) ou parce que ça fait pouic pouic dans son cœur…

    Bordel, un peu de virilité, d’exigeance, de souffrance et de volonté !
    No pain, no gain !

  6. Le kurde dit :

    ps: j’apprécie beaucoup l’article sur les Lyonnaises. En effet, ce sont les plus Belles ! (et Rebelles)
    #finesse

  7. Extraconjugale.com dit :

    Juste une précision :

    Ce ne sont pas les concepteurs de l’iPhone qui ont inventé différentes applications pour espionner ou pour cacher une double vie, mais plutôt des développeurs / entreprises tiers.

    Sinon article intéressant et agréable :)

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