Du rôle des filles de pub dans l’homosexualisation du jeune mâle

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La féminisation des hommes dans la pub est connue : éphèbes attardés au torse glabre, bellâtres au fourneau, workingman au volant d’une voiture de Barbie, avec comme axe directeur ce message de moins en moins subliminal : hommes, libérez la femme qui sommeille en vous.

La conséquence, sinon l’objectif, ne fait pas mystère  : l’homme modèle, celui que doit choisir la femme – la publicité consiste bien à dicter des choix de consommation – est faible (physiquement : il est filiforme et lisse ; moralement : il ferme sa gueule quand madame parle et c’est elle qui décide de tout), ridicule (il ne sait rien faire de plus compliqué que poêler des raviolis, qui est sans doute la pire manière de les préparer), il a les doigts carrés (c’est madame qui repeint la plafond, ce qu’elle fait sans se tacher et en buvant une tasse de thé), impuissant (il a forcément des problèmes d’érection), soumis à belle-maman, perd la face devant ses enfants rois, bref, haro sur le mâle viril, fort, déterminé, décisionnaire, actif, responsable, qui ne serait qu’un beauf macho et violent, par ailleurs incapable d’éduquer sa progéniture.

C’est le premier strate d’une démarche entamée voici quelques années, qui consiste à casser les relations du couple hétérosexuel, auquel on a tout vendu, en plusieurs exemplaires (deux voitures par famille, trois télés, quatre ordinateurs, cinq smartphones), qui a consommé ras la gueule, n’a que des dettes et plus une goutte de jus dans le citron. Il fallait donc ouvrir de nouveaux marchés.

Il y eut, un temps, celui des célibataires, magnifiés et parés de tous les attraits (les hommes célibataires étaient réputés dynamiques – et plus friqués que les mariés, forcément -, les femmes étaient indépendantes – entendez : elles vont partager les restos, la chambre d’hôtel, ne vous harcèleront pas ensuite et dans le pire des cas, elles avorteront puisqu’elles sont libérées) avant qu’on ne découvre au fil des expériences en laboratoire que ces satanées bestioles finissaient par convoler ( pire que des bêtes ! ) dès qu’on les mettait ensemble dans un espace confiné (afterworks, croisières pour célibataires), pour finalement réintégrer le premier marché : mômes, crédits, bagnoles, télés… Or, comme déjà dit, le couple hétéro, ça eut payé, mais avec la crise, c’est plus ça.

Voici venu le temps de la troisième voie, celle de la gay attitude.

Le gay est une cible revendiquée : label gay comfort, fashion, voitures séries limitées bicolores, clubbing. Le gay possède la qualité du célibataire – il dépense tout son pognon pour sa gueule – et un atout supplémentaire : il est accro au shopping et aux tendances. Bref, un excellent pigeon. Dont les revendications au mariage n’inquiètent guère les publicitaires, car le mouvement gay étant né dans les années 70 sous le signe majeur de la « disponibilité sexuelle », l’adultère et le divorce ont de beaux jours devant eux.

Mais quoi que prétendent les lobbys gay, lesbien, trans et bobos (parce que la sodomie entre mâles, contrairement à celle entre homme et femme, est politiquement correcte, voire tendance), les hommes qui n’aiment que ce que les hommes ont en commun avec les femmes sont peu nombreux, entre 1% (chiffre ONS) et 6% (fantasme du lobby GLBT) des consommateurs. Il faut donc susciter des vocations. C’est là que la pub intervient : afin de transformer les jeunes coqs en chapons, elle commence par les dégoûter des poulettes, le but étant de substituer les dessins de Tom of Finland aux posters de Brigitte Bardot dans l’iconographie sexo-mentale des candidats au dépucelage.

Décryptage.

La publicité nous propose deux catégories de femmes, toutes filles de pub sauf ma sœur et ta mère.

La mondaine (prononcer : pute de luxe) : elle est grande, maigre, marche en croisant les pieds (ATTENTION : ne faites pas ça chez vous, personne ne peut marcher comme ça, surtout avec des talons de 35 cm), fait la gueule, allume les vieux beaux qui roulent en Aston Martin, fait bander le zoom des photographes de mode, taille une bavette à George Clooney et quand finalement elle accueille un mâle dans sa couche, c’est un mixte de Querelle de Brest et d’Axel Bauer, marin d’eaux troubles à voile et à vapeur. Bref, c’est une belle salope mais surtout, elle est inaccessible au jeune gars qui regarde la pub (le genre de types qu’on voit dans ces pub là ne regarde pas les pubs, jamais). A la limite, ce style de pouf frustre la libido du post-ado, qui en vient éventuellement à haïr le genre féminin. C’est toujours ça, mais un serial killer n’est pas un bon consommateur car, à l’instar du footballeur, il est réputé avoir une courte carrière.

La véritable star, la femme qui incarne l’avenir du gay, la Jeanne d’Arc censée convertir l’abbé Cauchon en bonne sœur du couvent de la Perpétuelle Indulgence, c’est l’autre : la femme « normale » (la pub est en avance sur la politique, puisque depuis Séguala, un homme politique est un produit marketing). Plutôt jolie (pas la peine de chercher à dégoûter les jeunes gars des tromblons, ils font ça très bien tout seuls), souriante (au contraire de la pute de luxe), bonne mère : au premier abord on pourrait presque songer à l’épouser. Mais passé un tunnel de pubs, le jeune mâle en phase de sexualisation (Christophe Willem lui a expliqué qu’il doit prendre son temps pour choisir son « je ») est définitivement édifié sur la véritable nature de la femme, cet obscur objet d’un glauque désir primitif, qui n’évoque plus chez lui désormais qu’aversion et répulsion.

En effet, à en croire la pub TV (et si c’est vu à la télé, c’est vrai), la femme est sale : elle utilise des déodorants à effet 48 heures, voire 72, pour éviter de se laver.

Elle pue : on lui recommande expressément de ne pas se tenir trop près des gens quand elle a ses règles, sauf à utiliser les serviettes qui masquent ses effluves de femelle indisposée. D’ailleurs, la femme saigne, fréquemment et en abondance, et peu importe que ce soit pour purifier son corps en vue d’abriter un foetus car de cela on se contrefout (les cours d’éducation sexuelle se préoccupent infiniment plus de l’avortement et de la contraception que de la gestation et l’accouchement).

Elle est constipée : elle doit s’empiffrer de yaourts aux bifidus et au pruneau pour assurer son transit.

Conséquence prévisible : elle chope la diarrhée, ce qui « risque de bouleverser l’harmonie de votre corps », formule euphémistique censée édulcorer le message, mais ses inventeurs savent pertinemment que la constipation et ses suites constituent de puissants antidotes au désir érotique.

La femme a mauvaise haleine : elle avale des pilules mentholées pour masquer les remontées stomacales qui empestent ses baisers.

Elle a des cors au pied (aussi, à marcher tout le temps dans des escarpins trop serrés montés sur des échasses…)

Elle a des champignons sur les ongles des orteils.

Elle se ride à vue d’oeil et surtout, ça la rend moche (puisqu’on vous le dit, on sait mieux que vous ce qui est beau ou pas).

Elle dissimule son gros cul dans des collants de maintien (car la croupe callipyge, au même titre que les attributs qui durant des millénaires ont incarné la féminitude, est stigmatisée depuis les années Coco Chanel).

Elle rigidifie sa poitrine (encore une tare féminine, que les gays, toujours poètes lorsqu’ils sont entre eux ou croient l’être, désignent avec un mépris dégoûté sous un vocable emprunté à l’industrie laitière) à l’aide de soutien-gorges aussi hypocrites qu’elle (car en plus d’être physiquement repoussante, la femelle est menteuse).

Elle traîne sa mère partout, laquelle se permet de la ramener et de donner des leçons à son gendre (voir ci-dessus : l’homme que doit choisir la femme).

De toutes façons, le jeune mec – s’il n’est pas encore définitivement écoeuré par ce tas de bidoche flasque qui saigne et qui pue – n’a aucune chance avec la fille « normale », pas plus qu’avec la salope de luxe, puisque la jeune femme « tendance » recrute exclusivement ses amants ou futurs conjoints sur Internet (Meetic, Attractive World, Adopteunmec.com), au motif que « les belles histoires, ça se trouve partout mais surtout ailleurs » (ben alors casse toi là-bas, con…) Mais en tous cas ni au boulot, ni chez une copine, ni au resto… Bref, circulez, y a rien à voir (ndla : si vous en redemandez, l’amour virtuel sera l’objet d’un prochain article).

Ne reste alors au garçon maintenant édifié sur la nature diabolique de la femelle, qu’à devenir à son tour fille de pub, espèce d’icône (oui, elle est facile, celle-ci) de contrefaçon, le Ken gay de Barbie Femen, avec pour seule alternative de pouvoir choisir entre devenir l’esclave cuir de GI Joe ou Atatürk régnant sur son harem d’eunuques.

Philippe Carlin

7 commentaires pour "Du rôle des filles de pub dans l’homosexualisation du jeune mâle"

  1. Ada dit :

    Wouhaou, ça décoiffe!
    Très bien vu, la vision de la femme dans la pub… Qu’un homme s’en fasse l’écho montre bien le malaise! Qui n’a jamais engagé une conversation banale quand une pub nana commençait? Merci de le dire!

    Quant à moi mon combat, ce sont les blagues sur les blondes… Là aussi la femme, la femme blonde, la femme du Nord ne s’en trouve pas grandie! Je pense qu’il y a derrière un vrai nettoyage du cerveau fomenté et programmé…

  2. Cuisiniste dit :

    Excellent, tout en humour et, je trouve, tellement vrai.

    Bien-heureux que je suis, ma femme aime être un maman et avoir un homme qui ne soit pas un homo refoulé. Non pas qu’elle ai quelque chose contre les homos mais plutôt qu’on préfère tous deux le côté vielle France.

    Et vieille France, pour nous, c’est l’avenir.

    Mes hommages aux Femmes et aux Hommes.

  3. Folle-Quiche ♫♪ dit :

    J’ai une pensée émue pour toutes les Barbie girls qui n’auront jamais la chance de vous lire sur adopteunmec.com…

    En tout cas, j’apprécie la pertinence de votre analyse qui passe au scotch-brit la couche de vernis qui recouvrait si bien “notre” publicité… J’aime cette levée de voile sur la monstruosité de l’hypocrisie et la justesse des mots que vous employez !

    MERCI !!!

  4. Folle-Quiche ♫♪ dit :

    Au fait, pour info, un bouquin sorti il y a peu de temps :

    “L’agonie des grands mâles blancs sous la clarté des halogènes”.

    http://www.amazon.fr/Lagonie-grands-blancs-clart%C3%A9-halog%C3%A8nes/dp/2362010732

  5. BlueValentine dit :

    Mon père travaille dans la publicité (corporate, autrement dit il ne vend pas des raviolis mais crée des images de marques).
    La publicité se divise en plusieurs catégories facilement identifiables. Les produits “quotidiens” des spots publicitaires sont présentés par des familles “parfaites” selon des critères communs au plus grand nombre. Les beaux enfants, le couple qui s’entend bien et partage les tâches (un homme qui cuisine, c’est un message tout bête : “c’est tellemement facile que même un homme, qui n’est pas traditionnellement lié à la cuisine familiale, peut le faire”).

    Les spots pour des produits de luxe, ce qui est hors de commun, jouent quant à elles sur le rêve. Le rêve des ménagères un peu rondouillardes peut-être de se sentir aussi belle qu’une mannequin à l’air pseudo mystérieux en se mettant du parfum. Le rêve d’être sous les projos.
    La femme qui a besoin de pilules contre les maux de ventres, de baume anti ride et de stick anti gercures… c’est loin d’être nouveau. Une petite histoire de la pub depuis le XIXe suffit pour le constater.

    A mon sens, avant d’être politique la pub est économique. Ce n’est pas l’outil de propagande le lus efficace : son but premier est de faire vendre. Pas de faire accepter à la population de nouvelles moeurs loin de là, puisqu’elle joue avant tout sur l’identification du spectateur.

Un truc à dire ?