Rendez-nous l’amour courtois!

L'accolade Edmund Blair

Les petits garçons se drapent de costumes de chevaliers, de héros, de mousquetaires. Pourfendent à leur façon leur démon, ou tout homme qui en voudrait à sa chère mère. Armé d’une épée de bois et d’un bouclier fleur de lysé, leur tête arrivant juste aux genoux de maman, ils terrassent tout être, objet, homme, osant s’approcher de celle qui occupe tout leur petit cœur d’enfant.

 Les petites filles, vêtues de grandes robes scintillantes roses ou bleues se nouent les cheveux, les agrémentant de couronnes de fleurs. Elles bavardent, discutent avec leur ours en peluche, en préparant consciencieusement le thé pour leurs « invités ». Mais de quoi discutent-elles ?

Dans le cœur de chaque petite fille, brille déjà l’image d’un gentilhomme, d’un héros, d’un chevalier venant la sauver d’une catastrophe dont seuls les enfants ont le secret, et l’imagination, pour structurer tout cela devant leurs petits yeux en un temps record.

Notre petit héros solidement préparé à cette situation par d’innombrables combats, et, une armure indestructible, n’hésite alors même pas une seconde à prendre toute sa place dans la bataille, pour sauver et se glorifier auprès de sa princesse. Il occit tout ce qu’il y a de vivant ou non qui pourrait perturber la jeune princesse. Il occit tout en rassurant la demoiselle « effrayée ».

Une fois ce lourd combat terminé, il se retourne vers la princesse pour lui faire part de sa joie d’avoir brillé à ses yeux. La princesse infiniment redevable offre un sourire, un geste bien placé de remerciement qui comblera notre preux chevalier.

Ainsi vont les cœurs des petits enfants : courtois, sensibles, généreux.

Mais les petits enfants grandissent, ils changent, ils contemplent le monde qui les entoure, ils expérimentent.

Ainsi nous retrouvons nos chevaliers et princesses de 7ans et demi dans des mises en scène et costumes bien différents. Aujourd’hui plus d’armures, plus de mots doux, plus de gestes attentionnés.

Aujourd’hui plus question de combattre. Plus question de transpirer, de saigner, de s’armer, pour briller aux yeux de celle qui fait battre votre cœur. Maintenant seul le résultat compte, et le résultat rapide.

La récompense tout de suite ou rien du tout !

Comme si le temps était compté. Comme si séduire était devenu ringard. Comme si la passion était devenue quelque chose de négatif.

Hier nos parents apprenaient des poésies sur l’amour courtois à l’école. Ils regardaient les filles assises de l’autre côté de la classe avec admiration, avec des yeux d’enfants même s’ils n’en étaient plus.

Aujourd’hui on apprend à nos enfants comment bien enfiler une capote pour ne pas risquer de donner la vie. Comme si seul le plaisir d’une nuit comptait, comme si l’amour unique ne pouvait exister.

Les scènes et paysages ont bien changé : plus de pont-levis, plus de châteaux-forts, plus de champs de batailles, plus de grand bal.  Aujourd’hui l’amour ou plutôt « l’attraction vers l’autre » se montre, se prouve, dans des lieux sordides, tamisé comme pour moins bien apercevoir ce qu’il s’y passe. Des lieux où la boisson est le seul « remède » pour réussir à décrocher de sa bouche plus de deux mots à une fille venue elle aussi se perdre dans ces univers aussi étranges que sans but réel.

Les tenues ont bien changé : plus de grandes robes de princesse, plus de belles couronnes dans les cheveux, plus d’armures, plus de grands chapeaux, plus d’épées mises au service de sa douce. Aujourd’hui seule compte la chair. La tenue d’une fille se juge aux formes qu’elle laisse entrevoir et, perversion suprême, deviner-imaginer-interpréter. Il en va de même pour l’autre sexe, car il n’est plus nécessaire de l’appeler gentilhomme ou chevalier, on veut voir toujours plus, deviner encore et encore, toucher, sentir de près. De trop près…

Les enfants grandissent trop vite, et n’emportent pas avec eux les plus beaux sentiments qu’ils possèdent.

Où est passé l’amour ?

Où est passé la courtoisie ?

Où est passé le plaisir d’offrir, de se faire désirer, aimer ?

Les femmes d’aujourd’hui qui étaient les princesses d’hier se plaignent sans retenue de leurs « mecs ». Les hommes d’aujourd’hui qui étaient les chevaliers et gentilshommes d’hier insultent avec « humour » leurs « copines ».

La femme d’aujourd’hui ne se satisfait que d’un homme matériel et « bien foutu ».

L’homme d’aujourd’hui n’est guère mieux, une bonne paire de seins, une tête pas trop laide et ça « fera l’affaire ». L’homme dans ce monde en pleine course a oublié ce qui faisait de lui un grand homme. L’homme aujourd’hui a oublié que la femme n’est pas un capital coté en bourse.

Rendez-moi ces belles scènes de Roméo et de Juliette bravant tout pour se retrouver.

Rendez-moi ces femmes de chevaliers attendant fidèlement durant des années le retour de l’être aimé parti combattre.

Rendez-moi le plaisir d’un beau langage face à une jeune femme, la découverte de l’autre, la déchirure de la voir s’éloigner parce que vous savez que vous ne l’avez pas encore conquise.

Rendez-moi ce feu intérieur qui brûle tout votre être lorsque pour la première fois vous posez vos lèvres sur les siennes et que rien d’autre ne peut plus vous satisfaire.

Rendez-nous l’amour courtois !

Lorsque vous tapez amour courtois sur internet vous pouvez tomber sur la définition suivante : façon réglementée de se comporter en présence d’une femme de qualité, dont on retrouve des traces au Moyen-Âge dans la poésie et la littérature.

Que nous faut-il de plus ?

L’homme au service de sa dame, prêtant son épée, et joutant pour elle. Rien à voir avec les portraits barbares que les livres d’aujourd’hui tentent de nous faire croire.

Bien plus qu’un amour : une passion poussant l’homme à répondre aux moindres désirs de la dame n’étant même pas encore son épouse. Amour désintéressé. Amour hors-mariage, un amour chaste. Nul besoin de voir la chair pour aimer, nul besoin de mini-jupe, de décolleté, de préservatif, de pilule ! Seuls comptent alors les beaux gestes et les paroles. Ces mêmes paroles qui deviennent des armes de séduction, d’attention, de tendresse verbale. Un tourment à la fois plaisant et douloureux comme le sont les véritables amours.

Sans doute la seule drogue légale encore à ce jour et poussant les deux êtres au bien, à un seul souhait commun : une famille

Qui de vos petits copains ou copines aujourd’hui ont ce souci du bien commun ? Ringard vous dites ? Dépassé ? Démodé ?

Que dire de vos familles recomposées, que dire de vos regards sur toutes les filles et hommes « potables », que dire de vos mots envers celle ou celui que vous êtes censé aimer ?

Vous êtes ringard, dépassé, démodé !

 Les codes de bonnes conduites d’aujourd’hui sont dictés, approuvés, mis en avant par la société dans laquelle nous vivons. Et quelle société mesdemoiselles, mesdames, messieurs ! Celle de la corruption, de la liberté sexuelle, des familles éclatées, de la violence, des médias. C’est de cette société en constante perturbation que vous tirez vos codes de bonnes conduites ? Qu’a construit de positif cet univers ? …

Regarder en arrière n’est pas synonyme d’échec mais d’avancée constructive.

Si nous pouvions parler d’amour courtois hier, je dirais qu’aujourd’hui nous pouvons parler d’amour cantine ! Vous n’êtes pas satisfait, prenez un autre « plat » !

Je suis un homme enfermé dans un esprit d’enfant qui rêve.

G de L

 

 

17 commentaires pour "Rendez-nous l’amour courtois!"

  1. Drimacus dit :

    Très bel article! Cependant, une confusion est entretenue entre la passion amoureuse et le mariage, qui ne sont pas indispensable l’un à l’autre et n’ont pas la même finalité. Désolé d’être moins poétique!

  2. de Linares dit :

    Bien, mais , parler d’amour sans expliquer son Origine ? son pourquoi et sa finalité, c’est restreindre l’amour a des sentiments, or l’amour est don! certes, critiquer, la notion d’amour de nos contemporains est louable, mais il ne faut pas en rester là !!! l’amour a une Origine , le Créateur.
    l’amour dont vous parlez ne doit pas être celui du romantisme à la “Michelet” du XIX°, il n’y a pas de perfection ici bas, il n’y peut y avoir que sa recherche.

    Bon courage pour la suite, si vous le souhaitez , je possède de bons livres à ce sujet, on apprend plus par la lecture que par la sourie ( sans misogynie aucune…)

    SP

  3. Prudence dit :

    Oui c’est vrai tout n’est que marchandise désormais, l’amour (ou supposé tel), les enfants (la PMA)… tout est kleenex, je te prends et je te jette parce que tu voulais des spaghetti bolo et que je voulais du gratin de macaroni…Il n’y a plus de preux chevaliers, ni de princesses amoureuses et patientes, il n’y a plus de rêve, plus de désir, plus de résignation devant un désir inassouvi, c’est tout tout de suite parce que j’y ai droit et que je suis moi et que le moi est plus important que le nous.
    et les petits garçons d’aujourd’hui ne jouent plus à la prise du chateau fort ou à combattre le dragon et les petites filles d’aujourd’hui ne soupirent plus en pensant que Messire Godefroy a gagné le tournoi en accrochant leur couleur à sa lance…
    alors dans dix ans…je n’ose même pas y penser

  4. phCarlin dit :

    Lorsqu’il m’arrive d’évoquer l’amour courtois avec des jeunes femmes, je le faisais encore récemment avec une dame de qualité qui, surprise, connait le sujet (ce qui est déjà rare), cela les fait sourire, et si je leur offre des fleurs, ça les perturbe. Puis lorsqu’elles comprennent que je ne plaisante pas, elles ont peur. Un sentiment qui pourrait se résumer par “ça cache quelque chose, ce type est un pervers particulièrement tordu qui développe une stratégie machiavélique dans le seul but de m’attirer dans un piège, peut-être un cachot, dans lequel il m’infligera des tourments infernaux avec des instruments médiévaux tout en me violant en récitant des le pater à l’envers sur fond de heavy metal”. Quant à écrire une lettre avec un stylo plume sur du papier parchemin, c’est la plainte en justice assurée pour harcèlement sexuel et moral. Les chevaliers pratiquaient l’amour courtois avec leur Dame et le sexe avec des ribaudes. Le féminisme, avec volontarisme et persévérance, a abouti à l’inverse. En tant qu’homme, je me lave de toute responsabilité dans cette dérive.

  5. Agnès dit :

    @ phCarlin : j’adore votre commentaire, c’est tellement vrai

  6. Marina dit :

    Wesh mademoiselle t as pas un 06!

  7. Mimi dit :

    Pour la saint-Valentin, faites l’amour pas les magasins ! ♥

  8. Nico dit :

    Les femmes ont tout sali. Elles veulent des bad boys, des plans culs et tutti quantti…

    Le chevalier pour les conquérir s’est transformé en queutard

    Merci le feminisme !

  9. Lili dit :

    Magnifique article, je n’aurais pas mieux écris!

  10. Bruno dit :

    bonjour à tous, j’ai un truc à dire !!

    Est ce que tout cela, en plus des actes de chevalerie, de dévotion, de l’accomplissement d’une volonté naturelle à s’unir et à s’aimer, de devenir à travers l’union, l’amour, le partage, cette réalité inaliénable de l’association de deux être qui ont pour vocation de mettre au monde, celui ou celle qui représentera au mieux, l’art de l’amour ?
    Cette Art né dans notre coeur, n’y est que par et pour la vie !

    La vie avait prévu la manipulation des uns sur les autres, la multiplication des uns sur les autres, elle avait même envisager la dérive des uns sur les autres…

    Petit chevalier que je suis, tout à commencer par l’envie de bâtir un monde ou mon courage naïf combattrais les donneurs de tristesses, les générateurs de peurs, jusqu’à probablement chasser les géniteurs de la terreur…
    Mais là s’arrête mon parcours de chevalier, blessé par le rapport de force, mise à mal par le manque d’ambition, perdu par cette omission croissante de la vertu, je me suis mis à briller par et pour levi’s…
    Facteur de peur, produits des erreurs, une équation qu’on à rendu indescriptible tant l’inconnu occupe la place de la fraction au sein des divisions…

    Un homme sans femme est un homme sans âme, nous pouvons accepter de vous perdre, mais nous refusons d’y perdre notre âme… c’est ce que beaucoup d’entres nous doivent ressentir.

    un combat perdu d’avance car d’après nos sens nous aurions déjà trouver l’amour, mais d’après le bon sens il faudrait que celui ci brille par l’or…

    Longue vie à ceux qui savent encore rougir… ;)

  11. Laure dit :

    Non mais faut arrêter hein! L’amour Courtois…. c’est très joli en effet…. dans les grandes lignes!

    Je vous invite par exemple à lire les Lais de Marie de France, qui sont très belles, mais qui montrent toujours la femme comme un être dans l’attente de son “bad boy”, car les “bad boys” de l’apoque, bah c’est ces chevaliers. Des chevaliers qui n’ont absolument rien de Courtois! Prenons par exemple Lancelot…. En 1 livre, il se tape combien de filles? mieux vaut ne pas compter…. Par contre la fille, elle, doit attendre.

    Tous ces jolis textes se terminent avant le mariage, ou pour la nuit de noce, et à ce moment là on tombe dans des textes pornographiques “Il prit sa plume dur pour écrire les les pages encore vierge”. Pourquoi s’arreter avant le mariage? bah parce qu’après, y’a plus rien d’intéressant…. “ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfant”…. Qur font l’homme et la femme? L’homme, chevalier, part gagner sa croute pendant que madame reste à la maison. Certains livres parlent de l’après mariage. à ce moment là, Madame profite de l’abscence de Monsieur pour aller fricoter à droite et à gauche avec son valet, son voisin, son amant, tandis que le mari qui s’absente va dévergonder quelques jeunes femmes par des promesses de mariages impossible, puis après les relâche les jettes après les avoir mises enceinte.

    Il faut aussi discerner le roman de la réalité. La condition des couples au “moyen-âge”, et principalement a partir du XIIème (où le mariage chrétien est “instauré) n’est pas aussi idillyque que dans les romans. pourquoi?
    1. Les romans ne parlent que des classes aristocratiques, bourgeoises, seigneuriales. Et non des classes populaires.
    2. De très nombreuses annulations de mariages avaient lieu. Et si elles ne marchaient pas, on a quand même quelques cas de meutre de la femme car jacteuse, et qui était toléré en France.

    Bref, je pourrais parler de tout ça pendant des heures, mais je vais m’arrêter là.

    Arrêtez donc de croire que l’amour courtois a existé. Et arrêtez de croire que l’Homme ou la Femme ont changé. Depuis l’invention du feu, rien n’a changé, rien.

    • Arthur dit :

      En effet. La bêtise, elle, semble toujours d’actualité.

      (entre l’amour de l’homme préhistorique et celui du XIX°, pas mal d’eau a coulé sous les ponts… séduction, galanterie, morale sexuelle, normes du mariage…. hé oui, tout cela à un impact sur l’Homme et la Femme !)

    • Bruno dit :

      Il faudrait commencé par donner un sens à la courtoisie, pour voir celle ci prendre tout son sens.

      “Conduisez-vous toujours avec respect, courtoisie et modestie.”
      Ostad Elahi
      “Des pensées élevées sont placées au coeur de la courtoisie.”
      Philip Sidney
      “J’ai vu souvent des hommes incivils par trop de civilité, et importuns de courtoisie.”
      Michel Eyquem de Montaigne
      “La vie est courte, mais elle nous laisse toujours du temps pour la courtoisie.”
      Ralph Waldo Emerson
      “Une menace, une promesse, une insolence, une courtoisie: cette balance est celle des affaires.”
      Henry de Montherlant

      Après ces quelques exemples de courtoisie dans la pratique, on devrait pouvoir mieux se rendre compte de l’intérêt des courtisans, voir des courtisanes.

      Si on postule pour une courtoisie qui fait débat, on s’évertue à tuer dans l’oeuf nos rêves d’amour au profit des illusions.

      La courtoisie est déjà défini, elle à un sens, elle est ce petit plus qui à permis entre autres exemples, à enseigner à l’homme la vertu du temps ! et fini de convaincre la femme, que les qualités d’un homme ne se mesure pas à son degré de violence…
      Certes, la courtoisie sert de radeau de survie pour quelques naufragés du temps, comme elle sert de prétexte à une myriade de colporteurs/teuses.

      Mais pour moi le titre “Rendez nous l’amour courtois” ne s’adresse pas à l’individu, il s’adresse à ce que cela concernent, à savoir les rapports entre un homme et une femme.

      alors ok, je viens de me souvenir d’une phrase qui peut tuer le sens de ce que je dis.

      “la raison c’est l’intelligence en action, l’imagination c’est l’intelligence en érection”

      mais en commençant par l’imagination, c’est la raison qui donne du sens à la courtoisie.

  12. Sophie dit :

    On en est treeeeeees loin! malheureusement! dés qu vous sortez l’argument de la galanterie, ils nous balance le désormais mythique “vous avez voulu votre féminisme alors assumez”!
    Sauf que…. moi je n’ai rien demandé du tout! et même a mère qui a connu ces bouleversements féministe ça l’agace au plus haut point!

    Aujourd’hui les hommes ne sont même pus capables de nous laisser leur places assises dans le train! non surtout pas! nous on fait le voyage debout, tandis que ces Messieurs sont assis, tranquilles… et ils vous font savoir leur goujaterie en plus…. !

    Même plus capables de vous laisser passer en premier lorsque l’on rentre ou sort d’un endroit…. quand à nous tenir la porte… alors là!!! Arrêtez définitivement de rêver les filles!!!

    Epoque de m**** !!!

Un truc à dire ?