Mince et rebelle !

Culte du corps

« Mais pourquoi tu t’infliges ça ? » Voilà ce que j’entends quand, le manteau retiré, « j’avoue » un corps qui a peu subi le temps et les nombreuses grossesses, et c’est vrai avec volonté, effort et une certaine privation. Une belle centaine de kilos de pur embonpoint pris, portés (et souvent aimés !), mais finalement perdus, qui font baisser les regards et interpellent.

« Mais pourquoi tu t’infliges ça ? » revient alors telle une litanie, agrémentée de gros mots tels que coquetterie, perfectionnisme  ou même le terriblement blasphématoire «culte du corps ».

Arrive ensuite, en cette période pré-estivale où fleurissent dans les kiosques les dernières trouvailles diététiques et autres photos de nombrils, cette critique – formulée ou non – que je serais une victime de notre société du paraître, une adepte de ce culte de la maigreur qui est, certes, le canon de beauté actuel, mais un canon tout autant encensé par l’image qu’il est critiqué  par les mots ; une dichotomie totalement nouvelle dans la recherche du beau à travers l’histoire.

Or se laisser s’envelopper d’un gras jadis signe de flemme ou de richesse – selon les époques -,  est défendu par certaines comme un véritable acte de rébellion : « la pub, les magazines, Dukan et photoshop, vous ne m’aurez pas ! Grosse je suis, grosse je resterai ! »

Pardon… On ne dit plus grosse, il est vrai.

Le bien pensant dit « ronde », « voluptueuse »… Du pur Obélix dans le texte !   Par contre, on peut dire maigre. La preuve que la « société actuelle »ne désavoue pas le surpoids tant que cela, et c’est bien normal puisque c’est elle qui séduit, engraisse, affaiblit et endort ces nouveaux corps léthargique et dénaturés.  « Dénaturés », le mot est fort, mais comment décrire autrement ces ventres tombants, ces goitres, ces jambes en X, et ces phalanges en creux. Tous ces corps qui s’essoufflent et s’abîment sous leur propre poids sont comme des machines déréglées  Ô combien éloignées de « l’homme naturel ». Cet homme préhistorique qui pour manger devait  chasser, courir ou marcher durant les migrations des troupeaux ou  l’homme cultivateur qui devait, lui, travailler la terre.

Il se peut qu’un jour nous devions y revenir, mais pour le moment nous en sommes loin. Malgré tout, ce sont ces images qui résonnent en moi : chaque parcelle de corps mou chez moi me fait penser que je ne suis pas à ma place, pas « vraie »  et que je triche avec  la nature. Que certes la facilité d’approvisionnement de nourriture existe et qu’il serait fou de s’en priver, mais qu’il faut rester attentive et « rebelle » à cette société providentielle qui nous abreuve jusqu’à plus soif en nous permettant de  remplir des chariots  tels des zombies poussant un déambulateur, qui se délecte de nous voir succomber à ses pièges marketing, ses emballages soignés, sa musique d’ascenseur. La rébellion s’éprouve là aussi ! Derrière un paquet de chips ou de céréales ! On crée chez nous des désirs, des addictions. On nous ment en nous vantant les bienfaits des produits laitiers, bifidus ou autres poudres de perlimpinpin, de céréales où le sucre se cache derrière des mentions  aguicheuses de  vitamines, fer, etc.

Mon corps comme premier rempart!

Je suis mince car je suis rebelle à cette mascarade. Je suis mince, car je veux rester en alerte et que mon corps est mon arme première (ne serait-ce que pour fuir !).  Non ,mon idéal n’est pas une Paris Hilton mais une Aki ( « Ao le dernier Néanderthal ») : un humain en adéquation avec ce qui l’entoure. Un bel humain. Qui a déjà vu une panthère obèse ? Si ce n’est, éventuellement, enfermée dans un zoo… Le corps peut être la première des prisons. Certains ne le savent que trop bien. Alors, à mon tour de demander « pourquoi s’infliger ça ? »

Voilà pour la théorie. Mais quand on grossit, que ce soit dans les temps heureux et calmes de l’attente d’un enfant, ou d’autres, comment revenir en arrière ?

Je ne suis pas diététicienne. Et je suis persuadée que la plupart des gens savent pourquoi ils fabriquent ce gras : Ils ont bien conscience de la disparité entre ce qu’ils mangent et le peu d’exercice qui entame à peine ce capital énergétique.  Je ne donnerai pas ici des idées miracles, je ferais simplement une remarque sur un outil qu’a mis en place Dame Nature et que l’on a relégué au rang des indésirables …

Je veux parler de la faim.

La faim que l’on présente dans tous les régimes comme une chose anormale, insurmontable ou au contraire, pour ceux qui n’en n’ont pas peur, comme une déviance aux relents inquiétants de délires anorexiques. Réapprendre à ressentir ses besoins passe pour moi par la sensation de la faim. Plus qu’une sensation, elle est un signal : l’organisme puise dans ses réserves,  l’estomac rétrécit…

Ressentir la faim, c’est s’écouter, c’est s’éprouver aussi. Le mental aide et grandit.

En affûtant mon corps, j’endurcis mon âme.

Se rassasier devient alors source de joie et le fruit, la simple noix, se font bonbons tandis que l’eau nettoie et purifie. Les aliments de qualité, les recettes savoureuses et équilibrées  remplacent la quantité, dans un vrai respect de la nourriture, surtout si celle-ci est d’origine  animale. Cela devient évident  si l’on se souvient que l’aliment et l’acte de se nourrir ont été considérés comme sacrés pendant plus de 10000 ans…

Mais aujourd’hui nous nous nourrissons de la même façon chaque jour, par habitude, facilité et embourgeoisement.  Nous anesthésions nos corps dans nos routines, nos actes compulsifs, nos drogues sucrées  (mais aussi nos cigarettes, aspirines…).  Nous refusons de ressentir ! (Comment ne pas s’étonner que les jeunes en mal de sensation aillent  chercher du côté des drogues dures !)

Mais ça n’est pas ça la vie !

Il faut se sentir vivre, ressentir le manque et l’abondance,  faire bombance avec les gens que l’on aime, sans retenue, parce que la vie c’est les autres, les fêtes, les célébrations. C’est la galette des rois et la bûche de Noël, un gâteau d’anniversaire, un verre levé pour un ami qui revient…

Laissons aux autres ces plaisirs  solitaires, cette  culpabilité morbide de se bâfrer seul devant leur télé…

Ada Larson

 

11 commentaires pour "Mince et rebelle !"

  1. Poil de Carotte dit :

    superbe texte, félicitations à l’auteur, foi d’homme qui abuse un peu trop des bouées abdominales…

  2. andossan dit :

    J’ai rarement entendu dire “sale maigre” alors que “sale grosse” oui, voilà toute la différence du pourquoi ça ne choque personne de dire maigre.

    Ensuite chacun a un métabolisme différents, des vies différentes et des santés différentes. Certains naissent avec des estomacs et des faims sur dimensionnés… leur destin est déjà tracer. Pour d’autre, manger macdo tous les jours ne posent aucun problème car malgré tout ils resteront, minces. Nous sommes inégaux devant la nature et que tu le veuilles ou non ce n’est pas une histoire de se laisser aller. Faisant beaucoup de sport, 2H par jours, je suis bloquée à un poids que je n’arrive pas à dépassé et je suis considérée comme grosse alors que d’autre passe leur temps avachit sur leur canapé et ne dépasse jamais les 45Kg.

    Quand une grosse dit qu’elle ne se laissera pas avoir par les pubs, les regimes ect c’est pas pour le plaisir d’être grosse, c’est juste que leur vie ne serait sans doute pas meilleure en se privant constamment. Cela n’empêchera par leur compagnon de les tromper, cela ne le permettra pas d’avoir une promotion et j’en passe. Tout simplement, être mince ne veut pas dire être heureux, et des exemples j’en ai à la pelle dans mon entourage.

    Ton post raisonne comme une sorte de leçon que tu te permets de donner aux autres et je trouve ça légèrement déplacé. Ça me déçoit un peu de trouver ça sur ce site. Et malheureusement l’obésité n’est pas l’apanage des gens se goinfrant seul devant leur télé …

    • Liz dit :

      De la même façon, j’entends rarement les hommes dire qu’ils préfèrent les maigres aux femmes avec de l’embonpoint!

      Je pense sincèrement qu’Ada n’a pas voulu faire une leçon de vie au sujet de la minceur et encore moins la morale!
      Elle donne simplement son point de vue et quelques conseils qui sont d’écouter son instinct en ce qui concerne la nourriture, plutôt que d’acheter compulsivement comme sauveur le dernier Biba spécial régime.

      Pour ma part quand ça ne va pas j’ai tendance à ne pas l’écouter pour fondre facilement devant un pot de nutella plutôt que de me prendre à bras le corps.

      Je crois également qu’en cette période de carême le thème de la privation est tout à fait d’actualité et cette article sonne comme un écho!

      Alors les filles, pas de stress vous êtes enchanteresses!

  3. S dit :

    “Du pur Obélix dans le texte !”, c’est pas très constructif comme commentaire, mais j’adore cette formule !

    • Maude dit :

      Top bien cet article!

      Rien avoir avec une leçon de vie, juste un clin d’oeil pour celle qui galère a perdre quelques kilos.

      Merci pour les conseils, je vais plus écouter mon ventre que mes émotions
      Bisous

  4. Héloïse dit :

    Assez d’accord avec andossan , je n’ai pas de problèmes de poids mais le côté “leçon de vie” est assez désagréable …

  5. jeanne dit :

    j´ai beaucoup aimé cet article, et je ne crois pas qu’il s’adresse aux personnes en surpoid, mais à ceux qui se laissent aller, et qui se retrouvent avec des problèmes de santé comme le cholesterol, le diabète, l’obésité, problème cardiovasculaires, qui pourrait être évités en faisant ce qu elle dit dans cet article – ecouter son corps plutôt de se jetter sur le dernier régime à la mode ou ces 4 pots de nutella en promo…

  6. Femme sans haine dit :

    Superbe article qui redonne à l’Homme (donc aussi à la Femme ^o^) la valeur de sa VOLONTÉ au-delà du fatalisme qui se contente de blâmer la génétique et le métabolisme des individus pour mieux déculpabiliser…

    Notre corps est le reflet de notre âme.

    Cessons de nous pencher sur les symptômes (trop maigre, trop grosse, trop pâle, peau trop sèche, trop d’acné, cheveux gras, ballonnements, mauvaise haleine etc.) mais demandons-nous si nous prenons en compte notre santé.
    La qualité de notre nourriture sera la qualité de notre énergie. Tout comme la qualité de l’air que nous respirons. Voilà ce qui nourrit notre corps et notre âme. ET c’est effectivement cela être rebelle : être à l’écoute de son corps et de ses besoins réels plutôt que de succomber aux sirènes de la société de consommation.

    (Cela dit, j’adore les chips… Gros gros dilemme ! XD)

  7. Willofly dit :

    Minceur ou poids de forme? La nuance est de taille vu que les deux notions ne véhiculent pas la même philosophie.
    La minceur et ses pseudos vertus nous sont vendus et ventées à longueur de publicités, magazines, crèmes miracles, compléments alimentaires, vêtements d’un goût de plus en plus douteux : ne pas être mince (et ce modèle renvoi de plus en plus à une silhouette androgyne, éventuellement siliconée…) est devenu une véritable tare.
    Les personnes qui surveillent leurs poids deviennent véritablement obsédées par la discipline qu’elles s’infligent, sans parler de la peur grandissante des maladies censément liées aux quelques kilos “en trop” que la plupart des quadras voient s’installer naturellement.
    Je ne saisi pas où se situe la rébellion si l’on cède à cette tyrannie à but hautement lucratif.
    On culpabilise les femmes, mais aussi les hommes, sur des critères de beauté et de santé basés sur le métabolisme idéal d’une personne de vingt ans mais les besoins changent avec l’âge et rien ne prouve que l’on doive peser le même poids et avoir le même niveau de cholestérol toute la vie.
    Ne comptons pas sur les laboratoires de recherches pour l’étudier objectivement, ils sont financés par l’industrie pharmaceutique!
    Nos arrières grands-mères n’étaient pas des brindilles et elles étaient capables d’abattre bien plus de travail que nous sans le moindre confort et possédaient une résistance que nous sommes loin d’égaler, si la vaccination, les antibiotiques et de bonnes conditions pour accoucher avaient existaient, elles auraient surement vécues très très vieilles.

    Bref, chacun voit midi à sa porte mais personnellement, je porte ma rébellion également dans mon 95 bonnet C, mon popotin arrondi et même quelques petits capitons qui sont un signe secondaire de fécondités mesdames (j’ai pas dit bloc de cellulite ;) ).
    Je précise que je ne fais pas l’apologie du surpoids, de la grosseur ou de l’obésité mais d’une vraie femme avec un corps féminin, nantie d’un cerveau bien alimenté et donc suffisamment armé pour résister aux sirènes de la standardisation et autres appels au panurgisme de masse.
    Belle et rebelle? Oui alors!

  8. Marion dit :

    Ah… Qu’il est beau de s’inventer de belles excuses… La nature, l’Homme de cromagnon blablabla… Alors qu’on le sait toutes, si on veut être belle et mince, c’est surtout car on veut se faire désirer par l’homme… ;)

  9. Arwen dit :

    @Marion: dans le mille!
    Mais texte intéressant je trouve. Il est évident que la décadence des moeurs se reflète aussi fréquemment dans les corps.
    D’un côté, on vend du rêve avec la chirurgie esthétique, photoshop , régimes, etc mais d’un autre, on se laisse aller à nos envies, on se jette sur la junk food et on se fait des plateaux télé…
    Paradoxe contemporain! Prendre soin de son corps réside dans la mesure. Le respecter, c’est lui donner une bonne hygiène de vie.

Un truc à dire ?