Des célibataires loin du couloir de la mort!

Apollon et Daphné

Aujourd’hui, dans notre monde de libertés, où tout est permis, et où la seule interdiction est celle d’interdire, Il existe bien des normes, pas clairement définies ni obligatoires, mais qui vous exposent aux quolibets et pressions de votre entourage si vous ne les respectez pas… Celle du moment ? Être en couple !

Le couple : gage de bonheur ?

Le couple, aux yeux de nos bien chers contemporains, est gage de bonheur et de réussite, tant sur le plan amoureux que social. Une fille charmante, intelligente et sympa (comme moi) ne peut qu’être en couple (pas comme moi, vous l’avez compris) ! A contrario, quel homme aurait envie de vivre avec une moche, une idiote, une caractérielle, ou même une salope infidèle qui couche à tout-va ?

De ces deux constats assez simples en découle un malheureux sophisme, qui accable celles qui ne correspondent guère à ce critère sociétal : si tu es seule, c’est parce que personne ne veut de toi (tu es moche), soit parce que tu fais la difficile (tu es moche et exigeante) ou que tu as peur de t’engager (tu es moche, exigeante et volage : t’as vraiment rien pour toi…). La célibataire est une anomalie, atteinte d’une maladie dont il faut la guérir. Face à elle, un mélange de peur et de pitié…

Et ce mélange conduit à des comportements inattendus :

- Si la célibataire rôde  à la recherche d’un gibier frais, les autres femmes s’accrocheront à leurs hommes telle une tache de vin sur un chemisier préféré.

- Côté amies bienveillantes, elles se mettront très vite en quête de trouver l’âme sœur à sa place – puisque visiblement elle n’en est pas capable –, lui prodiguant conseils souvent inutiles, ou essayant absolument de la caser avec telle ou telle de ses connaissances.

Parfois, je me demande ce que pensent tous ces grands tolérants qui se permettent de juger les charmantes célibataires que nous sommes – forcément ! – du fameux adage : « Mieux vaut être seule que mal accompagnée ».

Mal accompagnée plutôt que seule ?

Ce qui serait intéressant, c’est de comprendre en profondeur la raison de cette coutume étrange de vouloir une vie à deux à tout prix.

Peut-être s’agit il d’une peur de la solitude. On est en couple pour ne pas être seul. Être seul, c’est être capable d’affronter – au moins quelques soirées de temps en temps – de longues heures de tête à tête avec soi-même. Alors, se mettre en couple, c’est peut-être aussi une façon de se fuir soi-même en s’imaginant que l’autre nous apportera un bonheur hypothétique que l’on est incapable de se trouver pour et par soi-même.

La peur de la solitude n’est sans doute pas la seule explication. En effet, la nature nous pousse à rechercher un autre avec qui passer sa vie, et peut-être fonder une famille. La volonté d’être en couple est donc parfaitement naturelle. La pression d’être en couple tout le temps et trop vite n’est-elle pas le reflet de notre société : impatiente ?

D’accord, la célibataire n’a pas vocation à le rester de façon permanente – ou rarement –, mais elle veut prendre son temps.

- 50% au rayon infidèle !

Si l’amour est fait d’attente, de construction lente et patiente, notre société de consommation ne peut s’en contenter et pour tromper la solitude même passagère, on est prêt a tout, même à construire des relations superficielles et instables ! D’ailleurs, si la célibataire d’aujourd’hui n’a pas encore cédé aux pressions de son entourage, les magazines féminins et les sites de rencontre sur Internet sont là pour la rappeler à l’ordre. Sur ces sites, on répond à des petits questionnaires, on coche des cases. Il s’agit de voir quelles sont nos attentes pour mieux mettre les articles masculins dans un Cadddie… VIRTUEL !

Comme si une relation pouvait se construire en deux temps, trois mouvements ! Le couple n’est plus qu’un objet de consommation comme n’importe quel article de prêt-à-porter.

La beauté du couple disparaît et devient d’une banalité ennuyeuse, conventionnelle, une addition de deux solitudes qui se côtoient, de deux égoïsmes qui cohabitent.  Les soldes passés au rayon couple, beaucoup ne peuvent plus se contenter de cette relation « conventionnelle », où manque la construction d’un idéal commun.

Tandis que l’on nous incite à croire au bonheur absolu de la vie à deux – faite de passion auprès d’un homme pas trop mal foutu – en parallèle, on encourage ces couples empâtés dans une monotonie épuisante à tromper leur ennui dans des relations extra-conjugales. Quel magazine féminin ne propose-t-il pas à la femme d’essayer d’aller voir ailleurs pour renouveler ses plaisirs sexuels et espérer rebooster son couple ? Rares sont les unions d’aujourd’hui qui tiennent bien longtemps…

J’ai donc de plus en plus de mal à croire que le couple est gage de bonheur. D’ailleurs, comme le dit si bien le père de la pensée philosophique européenne – je veux parler d’Aristote : « Le bonheur est à ceux qui se suffisent à eux-mêmes ». Et si Aristote le dit…

Et si nous ne voulions pas de ce demi-amour que nous propose la société ?

N’allez pas pour autant penser que je suis absolument opposée à la vie à deux et que je mets tous les couples dans le même sac.  Je veux seulement critiquer cette façon normée de nous imposer le couple, en brûlant des étapes. En effet, je ne veux pas être en couple juste pour combler une solitude que je ne serais pas capable d’assumer, ou pour faire comme tout le monde et tenter d’introduire de toute force de la romance dans ma vie, avec le premier venu, le premier qui accepte de faire un bout de chemin avec moi, et pour me remettre sur le marché quelques mois après.

J’en viens à penser qu’avant d’espérer construire un couple idéal, stable et heureux, il faut d’abord se connaître soi-même, et s’épanouir. La case célibataire est un rite de passage pour la construction de soi et on ne peut pas donner ce qu’on n’a pas !

Que pourrait apporter un être insatisfait de lui et de sa vie à cet Autre idéalisé, vu comme un sauveur ?

Célibataires, profitez donc de cette étape de la vie si importante, votre tour viendra bien assez tôt !

Marie Vermande

 

17 commentaires pour "Des célibataires loin du couloir de la mort!"

  1. Folle-quiche ♫♪ dit :

    Bravo !

    Votre réflexion me rappelle une brève vidéo de Fabrice Luchini qui résume le couple par l’addition de deux êtres incomplets (qui se mettent à deux pour tenter de retrouver leur unité originelle – une moitié féminine – une moitié masculine), ce qui forme cette chose, une sorte de troisième entité androgyne mais toujours aussi incomplète finalement…

    Vous avez raison pour votre conclusion. Rien n’est plus important pour un individu que de se connaître lui-même (GNÔTHI SEAUTON) avant de s’engager dans une relation. Car si la plupart des couples sont creux, c’est parce que chaque individu le constituant projette sur l’autre l’idéal de sa partie manquante.

    Il existe un excellent bouquin de Pierre Daco qui explique cela. Je tacherai de vous retrouver les références…

    Mais en effet, tâchons de ne pas tomber dans les pièges que nous tend la société. Le couple ne doit pas être une solution de facilité ou un refuge pour les âmes faibles et effrayées par la solitude. Et ne blâmons pas non plus les célibataires qui prennent plaisir au goût de la chair. Tant qu’elles ne brisent pas les coeurs de leurs conquêtes, où est le mal à se faire du bien ? ;-)

  2. Poil de Carotte dit :

    je me reconnais complètement dans cet article

  3. nanou dit :

    Sans parler de toutes ces émissions de téléréalité pour trouver l’âme soeur à n’importe quel prix !!!

  4. chapi chapo dit :

    j’ai également souvent vécu les situations exposées: cette espèce de surprise du célibat qui entraîne à des questionnements en tout genre… somme toute assez vexant voire stigmatisant sur le long terme, comme si au final on avait un problème.

  5. Liz dit :

    Je ne sais pas si je me reconnais en revanche la Saint Valentin fût une réussite. Des fleurs à n’en plus finir devant ma pizza de célibataire.

    Voyez-vous on est jamais autant demandé que quand on est seule. Un peu de retenue et de patience et je trouverais le bon j’en suis sûre!

    bisous les copines**

    • Folle-quiche♫♪ dit :

      Je suis surprise par votre commentaire car du temps où j’étais célibataire, j’avais l’impression qu’on ne voulait de moi que pour tirer un coup. (Désolée pour le côté un peu trash mais je ne dois pas être très loin de la vérité).

      En revanche, du jour où j’ai été maquée, c’est comme si j’avais une nouvelle aura ! Impressionnant ! Comme si le fait d’être en couple me rendait “visible” aux yeux des célibataires… Comme si d’un coup, je devenais un gibier plus intéressant ! Comme si les gens se disaient “ah bah elle doit pas être si mal que ça finalement si elle a réussi à se caser !”

      Ah la la ! Les questions existentielles qu’on peut se poser sur soi, l’amour etc. C’est fascinant ! Et votre article m’en rappelle beaucoup…

      • Liz dit :

        Bah y’en a bien qui viennent pour mes fesses seulement mais eux je les repousse direct. Les autres attendent de ramasser mes mouchoirs que je laisse rarement tomber. Et oui les mouchoirs en tissus, ça n’existe plus malheureusement…

  6. Matthieu dit :

    En fait Marie Vermande, t’es moche, exigeante, littéraire et casse c***lles :D

  7. Bo dit :

    Bonsoir, j’aime beaucoup cet article je découvre juste votre site.
    Puis je me permettre de demander l’âge de la rédactrice de cet article qui me ressemble tant??
    Histoire de savoir si je suis un cas isolé (je ne le pense pas) dans ma tranche d’âge…

  8. Marie Vermande dit :

    Ben Matthieu, ce n’est pas très gentil tout ça !

    Sinon Bo, j’ai 23 ans. Oui je sais c’est jeune, mais nos “amis” n’attendent pas bien longtemps pour nous mettre la pression. Et puis après tout, l’amour n’a pas d’âge !

  9. Matthieu dit :

    @ LIZ : et après ? On chérie d’abord sa famille. Sois pas impatiente :D

  10. Matthieu dit :

    (et laisse trainer tes mouchoirs !)

  11. Delphine dit :

    Bonjour !
    Je découvre votre blog et ce billet sur le célibat. Mariée, je ne suis plus concernée, mais je tiens à vous partager cet article intéressant sur le sujet, de la part de Thérèse Hargot que vous connaissez peut-être (ou pas, dans ce cas je vous invite vivement à découvrir son blog, qui vous intéressera et vous rejoindra sûrement sur beaucoup de points… elle est sexologue ;-)) : http://theresehargot.com/2013/07/10/phenomene-belle-intelligente-et-celibataire/
    Je continuerai la visite de votre blog qui m’a l’air original, dans ses points de vue et son ton pas piqué des vers ;-) J’aime découvrir ce genre de pépite.
    A bientôt,
    Delphine

  12. Bruno dit :

    Bonjour,

    Effectivement on est bien loin du couloir de la mort, merci pour cette article qui souligne convenablement notre impuissance à comprendre les rouages du couple.

    Cependant, une idée persiste dans mon consciencieux/dispendieux esprit, et si on informés les femmes que les hommes ont parfois plus tendance à construire une “relation”, plus qu’un couple à proprement parlé, croisant expériences personnels, confrontant courage et peurs, distillant la raison par l’adjonction de coordination…?

    On à certes pas la même philosophie, ni les mêmes hormones, mais quand même il s’agît à terme de porter sur nos épaules cette notion de couple !

    Histoire d’étoffer un peu plus votre imaginaire, je vous invite à consulter ( allez au hasard Wikipédia ) la description de couple, puis celle de relation.

    Personnellement je trouve la “relation” bien plus riche en références, que celle du “couple”. ;-)

    Amicalement.

  13. Solenn dit :

    Votre article me laisse songeuse.
    C’est vrai que d’un côté, il y a une espèce de pression de “mise en couple”, par exemple chez les jeunes de 13 à 20 ans. On existe en tant que couple plus qu’en tant qu’individu, et être un couple devient un impératif social comme avoir un téléphone portable, suivre certaines séries TV… Je m’occupe de jeunes et j’ai souvent eu un choc en constatant que x sortait avec y puis avec z deux jours après sa rupture avec y, puis avec w dès que y est allé(e) voir ailleurs. Bref, il *faut* être en couple, le copain/la copine devient un genre de gage de normalité.
    La conséquence : tout est bon pour sortir avec qqun, quel qu’en soit le prix. Je vous laisse imaginer les dérives et dégâts que cela ne manque pas d’occasionner.

    De l’autre, on a des gens, pas dans votre tranche d’âge Marie-Vermande, des quadra, des cinqua, qui n’ont jamais trouvé “chaussure à leur pied”, des célibataires qui aimeraient bien trouver l’âme sœur, et qui, en désespoir de cause, s’inscrivent sur Meetic ou Adopte un mec . com, qui font des speed dating (quoi que la mode soit un peu passée maintenant). Bref, qui font tout pour trouver qqun. Pour ces personnes, oui le temps presse. Notre société est dure avec les célibataires “endurcis” (endurcis par quoi ? par des années de solitudes ?), l’horloge biologique est dure avec les femmes de 40 ans qui n’ont pas profité de leurs “années 30″ pour procréer…

    Faut il pour autant regretter le bon vieux temps des rencontres arrangées, des plans familiaux ? Pas forcément la meilleure solution, ces situations n’étant pas toujours les plus satisfaisantes.

Un truc à dire ?