Journée de la fierté Parisienne :: témoignage d’une provinciale à la capitale.

Journée de la fierté parisienne

 Le 12 janvier dernier, l’une de nos rédactrices s’est rendue à la journée de la fierté parisienne, organisée par l’association Paris Fierté. Soucieuse de transmettre ses impressions à Belle et Rebelle, elle nous raconte sa journée riche en émotions.

UN(E) MONSTRE(SSE) A PARIS

Francilienne d’adoption depuis quelques années maintenant, le rythme épuisant du “métro-boulot-dodo” avait fini par entamer gravement mon enthousiasme pour les joies de notre capitale. Pourtant, une association – Paris Fierté – semble avoir lu dans mes tristes pensées de ces derniers mois… En prenant l’initiative de redorer le blason de la capitale et de mettre un peu de baume au cœur de ses habitants, elle organisait le 12 janvier dernier, sur la péniche de la Baleine blanche (13e), une journée de la fierté parisienne. N’était-ce pas un peu osé pour une provinciale d’aller taper dans ses mains en chantant le refrain “Si t’es fier d’être Parisien…” ?

LE MONSTRE MET SA CASQUETTE GAVROCHE

Qu’à cela ne tienne ! Si j’ai passé une partie de ma jeunesse à gueuler “Parigot, tête de veau !” à chaque plaque immatriculée 75 que je croisais en vacances, je ne suis pas stupide au point de m’entêter sur des querelles stériles et enfantines. D’autant qu’au vu des enjeux actuels, je dirais qu’on a d’autres chats à fouetter que d’entretenir des rivalités entre villes ou régions !

Curieuse d’infiltrer le camp de ceux que j’avais longtemps perçus comme des ennemis, j’enfilai donc, telle une espionne de pacotille, ma casquette gavroche pour passer inaperçue au milieu des Titis…

J’aurais pu m’attendre à ce qu’une manifestation de ce genre rassemble bien plus que les 200 ou 300 personnes croisées à bord. Mais peut-être est-ce justement l’étroitesse des lieux qui lui a conféré ce caractère à la fois intime et intense. J’ai été surprise d’être saluée sans chichi ni manière, comme une habituée de ces vieux troquets où l’on appelle les gens par leur prénom en leur servant directement au comptoir la boisson qu’ils viennent siroter chaque jour à la même heure… Moi qui me disais que le Parisien était snob… me trompais-je ?

VIN CHAUD, BIERE ET CAUSERIES DE COMPTOIR

Là, une jeune fille au sourire franc et angélique vous sert un petit vin chaud. Et puis on trinque avec un inconnu, désolé de vous avoir bousculé en se retournant avec un peu trop d’enthousiasme, et qui pour s’excuser vous invite à déguster la même bière que lui : la fameuse Gallia, une belle blonde brassée dans la région.
On se faufile donc entre les mômes de Panam’ (le stand consacré aux petits poulbots du coin), bien trop occupés à dézinguer l’envahisseur pour faire attention à nous (un jeu de “chamboul’tout”, le but consistant à dégommer une pyramide de boîtes de conserves représentant l’armée des Huns qui menaçait la capitale au temps de Sainte-Geneviève…).

On poursuit notre route en longeant un stand consacré au sport et à la défense de ses valeurs viriles. La foule ne nous permettant pas d’évoluer rapidement, mes oreilles saisissent au vol les discussions passionnées des amateurs de football et de rugby : “Mais on ne peut pas les laisser faire ! Vous vous rendez compte de tout ce que ça implique ?  Car il ne s’agit pas de quelques mots qu’on remplace par d’autres : il s’agit d’un nom qu’on détruit sciemment. Et vous savez pourquoi ? Un nom, c’est la base d’une identité : c’est ce qui définit une chose ou une personne. Quand on retire son nom à quelqu’un, on lui retire une partie de lui-même. On lui retire une partie de son âme… Et bah là, c’est pareil !”

On avait beau s’éloigner, celui-là s’indignait avec une telle fougue et une telle conviction qu’on a pu profiter de son monologue jusqu’aux escaliers et en déduire le cœur du sujet : “Non, ce n’est pas du détail, c’est très important ! Quand on voit déjà la corruption du sport par l’argent, donner le nom d’une banque à un stade, à NOTRE stade, je suis désolé, mais c’est piiire que de la folie : c’est du masochisme suicidaire ! C’est tendre le fouet à son ennemi en le suppliant de nous achever… “

APRÈS LE SPORT, LE RÉCONFORT

Concentrée sur ses mots dont j’essayais de comprendre la portée, je n’avais même pas vu que nous étions arrivés au stand dégustation jusqu’à ce que mon inconnu me tende une bière et un morceau de fromage ! Mmmh : du brie de Meaux ! Tiens, et ça qu’est-ce que c’est ? Oh, un carnet de chants ! Euh… bon, je ne connais pas grand’ chose ! Certains titres peut-être ? Et encore… Là c’est sûr, je me retrouve bien vite dans la peau de la petite provinciale qui ne connaît rien de la capitale ! Eh bien tant pis, il n’est jamais trop tard pour apprendre et se cultiver !

En me perchant sur la pointe des pieds, j’aperçois au fond de la salle bondée que ce que l’on entendait n’était pas enregistré mais bien deux belles accordéonistes accompagnées de deux chanteuses et d’un charmant guitariste. Rien à voir avec les crincrins crasseux qui croassent dans le métro ! Et la complainte de la butte chantée en live dans sa version originelle, ça a quand même une autre gueule que les adaptations pitoyables et grotesques de ces dernières années : entre un Bruel mou et aphone et la version guimauve américanisée du Moulin Rouge de Baz Luhrmann…

PARIS JE T’AIME

Heureusement, sur le moment, loin de moi ces vilaines pensées. Profitant pleinement de l’instant présent, je me suis laissé porter par cette ambiance chaleureuse, agréable et bon enfant. Et malgré mon côté gauche quand il s’agissait de taper dans mes mains (bah oui, avec le carnet de chants dans une main et la bière dans l’autre, l’élégance et la dextérité du pingouin n’étaient pas loin !), je me suis laissé convaincre par l’inconnu -qui n’en était plus vraiment un- d’aller participer au petit bal de fin de journée sur le quai avec les danses de nos régions. Juste le temps de demander un autographe à Claude Dubois pour son livre “Je me souviens de Paris” et hop, nous voilà sur le quai, formant une immense ronde de filles et de garçons la main dans la main. Comme diraient nos amis d’outre-Manche, férus de la gaité parisienne telle qu’elle existe encore dans l’inconscient collectif et les images d’Épinal : “So frenchy !”

Puis, après tant d’émotions et malgré la vitesse à laquelle le temps était passé cette après-midi, j’ai dû rentrer. Telle une Cendrillon des temps modernes, j’abandonnai lâchement le prince charmant fraîchement rencontré et renonçait à contrecœur à la marche aux flambeaux qui suivait pour retrouver le stress horripilant des horaires de mon carrosse en commun tagué et cabossé…

Quoiqu’il en soit, je garderai au cœur le souvenir de cette journée riche en rencontres et en émotions. Comme disait Sacha Guitry,

“Être parisien, ce n’est pas être né à Paris, c’est y renaître”…

Eh bien dans ce sens-là, loin des stéréotypes des minets bobos lobotomisés, je peux m’y reconnaître et dire que je suis désormais fière de ma capitale ! Même s’il y a encore du boulot pour redorer totalement le blason…

En tout cas, encore un immense merci à l’association Paris fierté à l’origine de cette fraîche initiative, et à Belle et Rebelle pour la publication de ces élucubrations lutéciennes !

Sophie P.

 

2 commentaires pour "Journée de la fierté Parisienne :: témoignage d’une provinciale à la capitale."

  1. Agathe (Zepower) dit :

    Oui !
    Moi aussi j’y étais ! ;-)

    D’ailleurs, il y avait aussi une exposition sur les catacombes… Je crois que vous aviez déjà publié un article sur l’artiste. Mais il y avait tellement de monde ! C’est dommage car du coup, les toiles n’étaient pas vraiment mises en valeur.

    Mais sinon, une chouette journée !

  2. Suz dit :

    Merci d’être venues !
    et Merci pour ce joli témoignage

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