La fête des Rois ou Epiphanie

L'adoration des Mages - Botticelli

Le 6 janvier, l’Eglise catholique fête l’Epiphanie, le jour où le Fils de Dieu incarné se manifeste de façon publique aux hommes. Cette manifestation est fêtée de façon différente à travers le monde : en Europe, elle est symbolisée par la visite des trois rois mages qui venus de loin viennent adorer l’Enfant-Dieu.

Mais ce n’est pas le cas partout, dans l’Eglise byzantine par exemple, l’Epiphanie est la fête du baptême du Christ, et dans l’Eglise arménienne, qui ne fête rien le 25 décembre, il s’agit de la naissance de Jésus.

D’ailleurs, aux premiers temps de l’Eglise, la fête de l’Epiphanie était la plus importante. On l’appelait aussi « Théophanie » c’est à dire manifestation de Dieu, et l’on y célébrait toutes les manifestations publiques de la puissance du Christ, allant de sa naissance, à son baptême, en passant par le miracle de Cana. Ce n’est qu’à la fin du IV e siècle que l’on fêta la naissance du Christ le 25 décembre, et que dans l’Eglise latine, l’Epiphanie se consacra à la venue des Mages.

Mais pourquoi cette date ?

Comme pour beaucoup de fêtes chrétiennes, l’Eglise plaça l’Epiphanie à la date d’une ancienne fête païenne.

Pour les celtes, à partir du 22 décembre, l’on entre dans un cycle qui s’entame avec le solstice d’hiver et s’achève le 6 janvier, jour où l’on peut remarquer sensiblement que les jours s’allongent. Mais c’est en particulier de coutumes romaines que s’inspire cette fête : en effet, durant la période du solstice d’hiver les Romains fêtent les Saturnales en l’honneur du dieu Saturne.  Le mot « Epiphanie » vient d’ailleurs du grec qui parle des dieux Epiphanes, dieux qui se manifestent auprès des hommes et dont les plus importants sont les 12 dieux qui trônent à l’Olympe.

Des coutumes qui nous viennent des Romains

En France, pour chaque fête des Rois, nous avons coutume de servir une galette, dans laquelle est cachée une fève. Celui qui gagne la fève est alors roi de la journée, et bien souvent, c’est le plus jeune convive, qui caché sous la table, décide de la distribution des parts.

Tout comme la date, l’habitude de « tirer les rois » nous vient en réalité des Romains ! En effet, durant la période des Saturnales, les hiérarchies sociales étaient jetées à bat, dans chaque maison, un esclave était désigné comme maître le temps d’un jour, et il dictait ses ordres. Tous les gens de la maisonnée s’assemblaient, et votaient à l’aide de fèves pour choisir leur roi d’un jour. Peu à peu la coutume changea, et les Romains prirent l’habitude de tirer au sort leur roi, en cachant la fève crue dans une pâtisserie. Très souvent, c’était même un enfant -symbole de l’innocence- qui se cachait pour désigner le parts. Pendant le rituel l’enfant était appelé Phébé, en référence au dieu Apollon, dieu de la lumière également appelé Phoebus.

Cette fête fort populaire ne tomba pas dans l’oubli lorsque l’ère du christianisme arriva. La coutume elle-même se christianisa peu à peu au fil des siècles : au XIIIe siècle, le gâteau était coupé en une part de plus que le nombre de convives. Cette part était appelée « part du Bon Dieu », ou « part de la Vierge » et était destinée au premier pauvre qui viendrait à passer.

Certains artistes rendirent hommage dans leurs tableaux à cette fête conviviale qui était même fêtée à la table du roi de France. A la cour, les femmes qui tiraient la fève étaient nommées reine de France d’un jour et elles avaient le droit de réclamer une faveur au roi. Cependant Louis XIV qui n’aimait guère qu’on lui dicte des ordres abolit cette dernière pratique.

Interdite par les sans culottes

Sous la révolution française, on voulut interdire cette fête des rois, jugée anti-républicaine, elle fut remplacée momentanément par la fête des sans-culotte, et la galette des rois fut rebaptisée « galette de l’égalité », mais ce fut peine perdue, et la coutume perdura.

Ce n’est qu’au XIXe siècle que la traditionnelle fève fut remplacée par une petite figure de porcelaine qui prit d’abord les traits de l’enfant Jésus, puis de tous les santons de la crèche, et pour finir la figurine se mit à représenter un peu tout et n’importe quoi, allant du petit porte-bonheur, aux héros de dessin animés, ou de bandes dessinées. Ces fèves en porcelaine font la joie des collectionneurs, et un nouveau « sport » vient de naître portant le nom de fabophilie.

Selon les régions, ou les pays, les habitudes divergent. Par exemple dans le sud-ouest de la France, la galette n’est pas de mise, mais remplacée par un gâteau brioché en forme de couronne et recouverte de fruits confis, on l’appelle « gâteau des rois ».

Dorénavant en dégustant votre galette (ou gâteau des rois) sans doute penserez-vous aux Romains qui s’en régalaient autrefois, ou au mendiant du Moyen-Age ravi d’avoir une part toute prête pour lui dans chaque maison. Votre part n’en sera que meilleure ! Bon appétit à toutes !

Marie Vermande

 

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