Danger :: la technique n’est pas neutre

petit oiseau

 Technique : s’il y a bien un élément qui caractérise notre monde moderne, c’est la technique. Elle est partout. Si on la remercie quand elle permet de nous soigner, ou si grâce à elle, je peux me passer de faire la vaisselle, on a aussi toutes les raisons du monde de la craindre ou au moins de s’en méfier.


Émiettement : La technique participe au morcellement de la pensée. Quelle a été ma surprise quand j’ai découvert sur les bancs de la fac des étudiants multitâches. L’étudiant lambda réalise en cours pas moins de trois activités : il écoute le professeur, joue aux échecs ou au solitaire sur son ordinateur ; et il répond aux textos. Je met grandement en doute notre capacité à enregistrer notre cours en pensant ainsi à trois choses différentes. L’émiettement de la pensée empêche toute réflexion approfondie !

Cerveau : on empêche donc notre cerveau de réfléchir plus d’une heure sur un sujet donné. On ne fait que survoler des idées ultra-simplifiées et les étudiants voient leur capacité de concentration réduite. On a critiqué la décomposition et l’uniformisation des tâches du taylorisme qui réduisait l’ouvrier à une machine, aujourd’hui faisons le procès des nouvelles technologies qui nous abrutissent !

Humain : Sommes nous encore des êtres humains si nous sommes réduit à des esclaves de notre téléphone et de notre ordinateur? Nous ne sommes plus acteurs de nos vies, si nous ne faisons que réagir constamment à nos petits gadgets.

Neutre : Beaucoup pensent que la technique est un immense progrès et que chaque nouvelle version de l’IPhone est une révolution. Il faut prendre un peu de recul et se rendre compte que l’explosion et la démocratisation massive de la technique est toute récente. Nos parents ont commencé à utiliser des téléphones portables avec parcimonie quant ils avaient trente ans, nous les utilisons tous les jours depuis notre plus jeune âge. Il faudrait être aveugle ou stupide pour ne pas s’interroger sur les conséquences de telles pratiques.

Isolement : Oui, à l’ère de la communication est aussi l’ère qui a vu naitre SOS Amis. Malgré un carnet d’adresses et un répertoire remplis à bloc, nous n’avons jamais été aussi seuls. Emails, SMS, Skype, Facebook… ne sont que de piètres sources de réconfort pour celui qui n’a pas de véritables amis.

Qualité : L’hypertrophie de la technique nuit à notre qualité de vie et à notre santé. Nos yeux fatigués par l’agression constante des images souffrent et ne savent plus apprécier la beauté de leur environnement. Certains enfants passent des heures devant leur ordinateur au lieu de courir avec leur camarade en plein air… et les enquêtes sur le nuisibilité des téléphones portables sont bien vite étouffées.

Uniformisation : la technique uniformise les modes de pensée et nuit à l’imagination à cause de la place des images préconçues que nous subissons à longueur de journée. Notre potentiel de création est singulièrement appauvri.

Écran : les écrans qui se multiplient autour de nous (publicité, horaires, portables, télévision…) nous rendent dépendants. Nos yeux sont sous l’emprise de la lumière qu’ils diffusent, de la même façon que nous recherchons la lueur d’une étoile dans un ciel obscure. Il suffit de prendre un verre avec un ami dos à une télévision… quelque soit ce qui s’y raconte, et malgré toute la bonne volonté du monde, vous pouvez être sur que les yeux de votre ami feront de constants aller-retour entre l’écran et vous même.

Savoir-vivre : j’attends avec impatience celle qui écrira Le Savoir-Vivre des Nouvelles Technologies. Je ne supporte plus les cafés à trois : mon ami, son portable et moi.

Dommage que le mot technique ne soit pas plus long, il y aurait encore beaucoup de chose à dire. En bref, dominez la technique avant que ce soit la technique qui vous domine !

Diane Prullée-Rousseau

 

8 commentaires pour "Danger :: la technique n’est pas neutre"

  1. nanou dit :

    Un truc à dire ? : comme d’habitude, excellent article, 100% d’accord avec vous. La technologie oui mais à dose homéopathique. Essayer de faire sans dans la mesure du possible bien évidemment !!

  2. Prudence dit :

    Etant d’un autre âge (celui des dinosaures qui utilisent un portable pour téléphoner si urgence ou contretemps méga important – j’ai connu le fixe à la maison à 18 ans et croyez-moi fallait demander la permission d’appeler ses copines ) , je me suis fait la réflexion un jour en voyant trois jeunes (enfin trois jeunes adultes, 25/28 ans) autour d’une table en terrasse : ils ne se parlaient pas , ils étaient chacun rivés sur leur portable : pourquoi donc aller prendre un verre ?
    et dans les transports en commun: pourquoi se parler pour se dire si peu de choses ou à l’inverse raconter des choses que je considère comme intimes et que tout le monde va entendre ?

  3. Antigone ♥ dit :

    Hey ! Pas mal l’acrostiche ! J’avoue ne l’avoir remarquée qu’à la fin, grâce à votre conclusion… Mais bien vu ! ;-)

    Et pour ce qui concerne les amis, c’est triste à dire mais malheureusement tellement vrai… :-(

  4. Bérénice dit :

    D’ailleurs, je vais fermer Internet !

  5. Arthemisia dit :

    Super article ! Mais comment échapper à son temps ?

  6. sedris yehuda dit :

    Mais en réalité, il est plus long le mot, car ce n’est pas de la TECHNIQUE que cet article traite, mais de la TECHNOLOGIE … Et je suis bien d’accord avec lui, simplement ce n’est pas contre la technologie qu’li faut pester, mais contre soi meme, et par la meme, entrainer sa capacité a lutter contre l’appel de la facilité et de la fainéantise, et de la jouissance solitaire, pauvre et béate a laquelle elle invite. Moi le premier.
    C’est notre fainéantise qui nous rend dépendant, pas la technologie en soi. Il faut JUSTE lutter contre soi meme avant tout. Et enseigner ce savoir faire a nos enfants.
    Pas la peine de “couper internet” … Ce serait dommage de se priver d’une telle source de savoirs. Il vaut mieux apprendre a se maitriser face a cela. Bien plus sain, bien plus noble, bien plsu meritant …

    • Balibulle dit :

      Tout à fait d’accord avec sedris yehuda.

      Je trouve que techniquement, nous vivons une époque fantastique, qui nous permet tant de choses! La culture à portée de tous, le gain de temps pour tout un tas de choses au quotidien qui permet de se consacrer à l’essentiel… pour peu qu’on le veuille bien! Ce n’est pas la technologie qu’il faut blâmer, mais notre paresse, notre égocentrisme… La technologie est à notre service, à nous de savoir l’utiliser à bon escient!

      Personne nous oblige à céder à la médiocrité ambiante…

  7. RdB dit :

    Un petit poème de Leconte de Lisle intitulé “Aux modernes” pour enrichir la réflexion.

    Bien à vous.

    “Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein,
    Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,
    Châtrés dès le berceau par le siècle assassin
    De toute passion vigoureuse et profonde.

    Votre cervelle est vide autant que votre sein.
    Et vous avez souillé ce misérable monde
    D’un sang si corrompu, d’un souffle si malsain,
    Que la mort germe seule en cette boue immonde.

    Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin
    Où, sur un grand tas d’or vautrés dans quelque coin,
    Ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches,

    Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits,
    Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,
    Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches.”

    Extrait de « Poèmes barbares »

    Charles-Marie LECONTE DE LISLE
    (1818 – 1894)

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