Application contemporaine de la poésie!

Le loup et le chien

  J’avais oublié que la poésie pouvait parfois être incroyablement éclairante. Déjà au XVIIème, La Fontaine écrivait : «L‘Adversaire du vraie liberté est un désir excessif de sécurité »

Il ne savait pas que 300 ans plus tard, nous avons été vaincus sans même combattre. La guerre a été foudroyante, mais aussi insidieuse et invisible. L’ennemi s’est approché par derrière et a imposé ses conditions sans que nous puissions faire un geste.

L’ennemi, pour certains, c’est l’ordinateur, les jeux vidéos, Facebook, et la télé quand vraiment je me fait ch***. Pour d’autres, c’est le diner de 20h orchestré autour du JT et du film du soir, les chaussons et la bouillotte quand il fait froid, et la perspective d’un week-end posé. Pour d’autres encore, la sécurité se résume à l’argent. Mon 4×4 en pleine ville, c’est vrai que c’est difficile à garer, mais en cas de course-poursuite au jardin du Luxembourg, je pourrais rouler sur l’herbe.

En quelques mots, nous avons décrit notre prison dorée. Nous avons à manger à volonté (d’ailleurs on devient gros). La question la plus difficile que l’on se pose dans un supermarché est de savoir si l’on prend du jambon ou du blanc de dinde pour diner.  La mauvaise nouvelle de la journée, c’est l’ascenseur en panne… Hé, oui, j’habite au 2ème.

Alors, pour une fois, 5 minutes, prenez le temps et faites l’effort de lire un peu de poésie. C’est une jolie histoire, qui nous rappelle que la liberté n’a pas de prix. Et aujourd’hui, nous l’avons vendue à notre bonheur matériel. Maintenant, je me demande vraiment si cela valait le coup ?

Diane Prullé-Rousseau

Le Chien et le loup,

Un Loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
“Il ne tiendra qu’à vous beau sire,
D’être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l’épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. “
Le Loup reprit : “Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.”
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
“Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
- Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. “
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

Jean de La Fontaine, livre I

Alors chien(ne) ou loup(ve) ?

 

6 commentaires pour "Application contemporaine de la poésie!"

  1. Morenita dit :

    J’ai appris cette poésie en primaire :-).

  2. nanou dit :

    Et oui, comme on dit ; la liberté n’a pas de prix !!!

  3. Gator Ali dit :

    Amusante cette image du 4×4… Mais pour ce qui arrive un 4×4 sera très utile

  4. Flore de Lune dit :

    Ahouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu………

  5. Bubulle dit :

    Mille fois louve, et parfois un peu chienne… ; )

  6. diane dit :

    bien écrit, drôle, lucide, bravo!!! :)

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