Au commencement était l’action

Les copines

Nous sommes dans une société anonyme, où règne l’anomie. Des amis ? 534 sur Facebook. Une réputation ? 4590 followers sur Tweeter. Un réseau professionnel ? Jetez un coup d’œil à mon profil Viadeo.

La discussion autour de la machine à café se contente du match de foot de la veille pour les mecs et du dernier épisode de « Sex and the City » pour les femmes. Même si les mecs sensibles ont plutôt opté pour la série américaine.

Où rencontrer l’Autre lorsqu’on est un urbain, esclave de la Défense et des horaires de RER?

Monde virtuel où l’Autre n’existe que derrière l’écran, pire, sur l’écran. Mais où rencontrer l’Autre lorsqu’on est un urbain, esclave de la Défense et des horaires de RER ? On est resté seul tellement longtemps que l’on a fini par se choisir une moitié sur Meetic. Avant de se rendre compte qu’un pavillon et un fox-terrier n’étaient pas des fondations très solides pour un amour durable. Et de se réfugier sur Gleeden. « Le site des relations extra-conjugales pensé par des femmes ». La bonne excuse. Ainsi la vie se passe sur le net : virtuelle, des mots, du vent. Mais sans la magie de l’imagination, la puissance des paroles et le souffle du Mistral sur la peau.

Tout passe par la communication, l’image. L’important n’est pas ce que l’on fait. Mais l’image que l’on donne de soi. Peu importe le fond. Le Verbe prime sur l’Action. Que nous sommes loin de Goethe. Am Anfang war die Tat. Au commencement était l’Action.

Plus qu’une civilisation de l’image, nous sommes une civilisation du reflet

Nous ne connaissons plus l’action. Nous ne cuisinons plus, nous achetons des plats cuisinés. Nous ne fabriquons plus, nous importons ce qui a été produit ailleurs. Nous ne battons plus monnaie. Une instance supérieure l’invente et la spécule.

Plus qu’une civilisation de l’image, nous sommes une civilisation du reflet. Celui du passé que nous essayons de traduire dans le monde qui est maintenant le nôtre. On ne crée plus, on réagit. Il n’y a plus de vie politique, c’est-à-dire de vie de la cité, portée par une vision du monde, une Weltanschauung. Il n’y a que des paroles mensongères qui maintiennent en place un système qui est une bulle de savon. Mais ce n’est pas parce qu’elle occupe tout l’espace qu’elle n’éclatera pas demain.

« Parce que demain, trois poules et un potager seront plus utiles qu’un Iphone et un profil Facebook »

Il y a des forces qui peuvent permettre cela. Ce sont celles du local qui s’oppose au global, du réel qui s’oppose au virtuel, de la chaleur humaine qui s’oppose à la froideur des marchés financiers et des instances coupées de la Terre. « Parce que demain, trois poules et un potager seront plus utiles qu’un Iphone et un profil Facebook » comme dirait Olivier Maulin.

Recréer nos propres réseaux, ancrés dans des territoires, adaptés aux hommes qui les habitent et non sortis de l’imagination de technocrates. Repensons l’espace public. Au lieu de rentrer chez soi le soir pour se mettre devant la télé, trouvons des alternatives sociales. Réinventons la veillée. Pas forcément celle que vous vous imaginez d’une lecture d’un conte par un vieillard à la voix chevrotante et à la lueur d’une bougie. Quoique nous ayons à apprendre de nos contes immémoriaux et de nos ancêtres. Mais repensons nos soirées, en occultant le petit écran et en mettant en place des moments privilégiés entre mari et femme, parents et enfants, entre voisins.

Repensons l’espace public.

Pourquoi ne pas utiliser l’espace public ? Pourquoi la place centrale d’un village ne devrait-elle servir que de lieu de passage ou de parking ? Le peuple n’a besoin que de pain et de jeux ? Donnons-lui ! Mais pas la télévision et le burger. Plutôt les jeux de dés et le saucisson partagé autour d’un verre de vin. Plutôt un banquet collectif et un bal. Bref, plutôt des activités qui se font à plusieurs. Parce que l’homme est un animal social, ce que la technologie a tendance à lui faire oublier. La société de l’information et de l’instantané lui permet de s’apitoyer sur le sort d’une tribu du bout du monde et lui fait oublier son voisin. Qui crève de solitude.

Le local et non le mondial.

Créons des lieux publics communs. Ils seront des facteurs d’évolution et influencerons la société de façon plus saine et plus durable que les changements qu’on veut lui imposer par le haut. Le premier échelon de la subsidiarité, c’est le village ou le quartier, bref le local et non le mondial comme on voudrait nous le faire croire. Les solutions aux problèmes de l’humanité sont multiples et ne peuvent se décider à l’ONU ou au FMI. Tout simplement parce que ces institutions raisonnent par principe général et appliquent la même politique au petit village africain de la brousse qu’au quartier bondé d’une favela ou qu’au gouvernement d’un pays comme la Grèce. Et que ça n’a pas de sens car cela nie les différences culturelles qui structurent une société.

Investissons-nous. Réfléchissons. Créons. Agissons.

Mathilde Parsimpieri

6 commentaires pour "Au commencement était l’action"

  1. carlin dit :

    Juste pour dire : excellent . Je vais partager et commenter sur FB

  2. Fanny dit :

    Oui ! C’est à nous de (re)créer notre propre monde, celui que nous aimons … plutôt que plaintes et lamentations !
    Participons à ce que nous aimons, faisons vivre les bals populaires, chantons et rions entre amis!
    Notre monde commence au pas de notre porte ! (en sortant …)

  3. Roark dit :

    Un bon article mais aujourd’hui, pour beaucoup, cela semble plus facile à dire qu’à faire. Retrouver une convivialité perdue passe par la création d’endroits et l’organisation d’activités où rencontrer des gens qui nous ressemblent et partagent avec nous des envies communes. Certains y travaillent et je pense que nous assisterons dans les prochaines années à l’émergence de tout un réseau de lieux alternatifs qui permettront de renouer avec une sociabilité alternative et plus réelle que virtuelle.

  4. FredR dit :

    Que de bonnes idées. Toutefois, pourquoi ne pas commencer, avant de reconquérir de nouveaux endroits, par occuper, non, habiter plutôt ceux qui sont déjà nôtres ? Notre immeuble, notre quartier, notre rue, pour recréer les solidarités et les liens traditionnels dont nous avons besoin. Mais c’est clair que l’idée d’une veillée sur la place du village est plaisante…

Un truc à dire ?