Troisième voie

pin up wedding

Un ami me demandait hier pourquoi je ne « couchais pas » le premier soir (ni le second d’ailleurs). Il peut y avoir à cela diverses raisons :

1)      Je n’en ai pas envie. C’est une excellente raison qui clôt le débat.

2)      J’en ai envie mais j’ai justement envie d’avoir envie (comme dirait Johnny) un peu plus longtemps, de tester la profondeur et l’intensité de ce désir, de faire durer cette agréable fièvre  avant de me rendre compte que, ma foi, c’est plus ou moins comme d’habitude et qu’il n’y avait pas de quoi en faire tout un plat et ricaner comme une midinette en se tortillant devant le poilu convoité.

3)      J’en ai envie et je sais que le garçon (par définition) en a envie aussi mais comme ce garçon me plaît particulièrement et m’intéresse beaucoup, j’aimerai bien savoir si cet intérêt est réciproque et ne se limite pas aux prurits du bas ventre. En général, c’est le moment  où je révèle être catholique et lui signifie qu’avec moi, il ne faut rien espérer avant  au moins les fiançailles et  même sans doute le mariage. C’est un excellent test. Certes, je ne vous cache pas qu’il y a une forte proportion de disparition immédiate du coquin, mais s’il vous rappelle, c’est quand même plutôt bon signe quant aux intentions du jeune homme.

Plus sérieusement, en réalité, dans le domaine de la sexualité, comme dans celui de la politique d’ailleurs, j’ai toujours été à la recherche et favorable à une « troisième voie ». Il est vrai que les autres m’y ont bien aidé, les camps opposés s’ingéniant à me rejeter réciproquement avec le même sectarisme.

Les stakhanovistes du libertinage

Très vite, en effet, j’ai été considérée comme une gourgandine par les sépulcres blanchis du puritanisme bourgeois et comme une ringarde moralisatrice par les stakhanovistes du libertinage. Pas ma faute pourtant si ces deux antagonismes me paraissaient être les facettes d’une même névrose, donnant une centralité excessive à l’acte de chair dans lequel je voyais pour ma part un agréable et joyeux accomplissement et non une fondamentale obsession, qu’elle soit hostile ou favorable. Ne coucher avec personne ou coucher avec tout le monde me semblait une alternative absurde, ne laissant que bien peu de place à la mesure, à la raison et au bons sens qui devaient, selon moi, prévaloir dans ce domaine qui, une fois encore, ne me paraissait pas mériter toute l’emphase qu’il suscitait.

Pour autant, bien sûr, je ne dédaignais ni ne moquais la chasteté, bien au contraire, mais à condition que celle-ci soit une véritable démarche volontaire et consciente et non le fruit blet d’une obligation sociale bancale (et d’ailleurs bien souvent détournée). A mes yeux, la chasteté ne peut pas être une norme sociale générale. Elle est un parcours élevé et ardu réservé à une minorité d’êtres d’une grande force et d’une grande spiritualité.

Si admirable soit-elle (ce que je pense sincèrement), elle ne peut être qu’une exception.

Sarah, une idiote sentimentale ?

A l’opposé, je n’ai jamais eu la moindre indulgence pour la sexualité réduite à une animalité sans âme, pour ces corps s’offrant au grès de leur alcoolisation à des hommes de passage aussitôt oubliés, pour ces instants d’une gymnastique ludique vaine et souvent sordide.

Indigne de mon catholicisme pour les uns (bien que ce que l’on découvre en grattant un peu les jupes plissée et les blazers des donneurs de leçons ne soit pas toujours très ragoûtant…), idiote coincée et  sentimentale  pour les autres, quelles perspectives s’offraient à moi ?

C’est alors, comme souvent, la littérature et l’étude des textes qui me permirent de conceptualiser ce que je ne ressentais jusque là qu’instinctivement, à savoir que la sexualité n’était ni bonne ni mauvaise en soi, pas plus qu’elle ne devenait automatiquement belle dans le mariage et laide en dehors, mais que tout dépendait de l’amour qui s’y exprimait ou pas. L’amour de l’autre, l’amour chrétien donc, ce délicat mélange de don et de respect, de contrôle de soi et d’abandon.

La sexualité ne devient intrinsèquement négative que lorsque, comme trop souvent aujourd’hui, elle devient une fin en soi, ou bien un moyen de pouvoir, d’instrumentalisation, de domination, au sein duquel « l’autre » est réduit au rôle d’objet au service exclusif de mon plaisir personnel et égoïste.

La plupart de mes lectures, de mes découvertes et de mes références de l’époque je les ai retrouvées récemment réunies dans un remarquable petit ouvrage de Jean-Pierre Siméon intitulé « L’accueil joyeux du monde et de cette existence charnelle ». Je ne peux qu’en conseiller vivement la lecture, c’est une réponse magistrale, appuyées sur les textes, à la fois aux hédonistes amoraux et à tous ceux qui, souvent profondément ignorants d’ailleurs, se plaisent à présenter le christianisme comme une religion marquée par des interdits, appelant à fuir le péché et les plaisirs de ce monde, méfiante à l’égard du corps et de la sexualité.

Toutes ces réflexions m’ont donc peu à peu permis de dénicher cette fameuse « troisième voie » qui mène à la joie et à l’équilibre et permet de vivre son « existence charnelle » dans le respect à la fois de soi et des autres.

Sarah Brunel

2 commentaires pour "Troisième voie"

  1. Géraldine dit :

    Je suis en plein accord avec ce qui a été dit!
    Je suis récemment tombée sur un livre qui reprend la plupart de tes idées, et j’ai adoré!
    Je le conseille donc: La profondeur des sexes : Pour une mystique de la chair, de Fabrice Hadjadj

  2. Emilie dit :

    J’approuve totalement et en redemande… Bravo!

Un truc à dire ?