Des effets secondaires du bisphénol dans le biberon :: par Gabrielle Cluzel

feeding bottle

Publié le 27 juin 2011 par Gabrielle Cluzel

Cette fois, c’est fait. Interdiction absolue. Le bisphénol, accusé de perturber l’équilibre endocrinien, ne rentrera plus dans la composition du plastique des biberons.

En voilà une bonne nouvelle pour les bébés occidentaux : l’hypovirilité, ben tiens, forcément, ça devait être pour ça. Eric  Zemmour et quelques autres qui rejetaient méchamment la faute sur les femmes castratrices et sur l’Eglise Catholique aux vertus amollissantes, quand il fallait chercher tout simplement du côté du bisphénol… Car la  virilité, ces derniers temps, se porte mal, c’est un fait. Même s’il faut nuancer le propos.

L’hypovirilité, c’est comme la gastroentérite et la grippe en décembre, il y a des pics épidémiques en rouge sur la carte, mais aussi des régions de France tout à fait épargnées.

En grande banlieue, tout va très bien merci. Bagarres, altercations, courses poursuites, viols et agressions en tous genre, l’expression de la virilité est… débridée et le taux de testostérone moyen ne donne aucune inquiétude. L’ouest parisien en revanche, les quartiers cossus des villes bourgeoises que sont Lyon, Lille, Bordeaux, Nantes sont en revanche durement touchées. Les spécialistes appellent les victimes des « chals ». « Chal » comme « chalom », parce que les premiers cas auraient été détectés chez les jeunes gens très « vérité si je mens » du XVIème arrondissement, les David et Jonathan de la rue de Passy extrêmement attachés à l’apparence, aux marques, à l’image qu’ils véhiculent, au soin de leur corps et en particulier de leur chevelure foisonnante. Le phénomène se serait étendu au quartier tout entier, dépassant les clivages religieux, puis aurait passé le périphérique, usant du vecteur classique des épidémies : les écoles. En particulier les écoles privées fréquentées par une clientèle aisée. Saint Jean de Passy et  Stanislas à Paris, Passy Buzenval à Rueil, Saint- Jean-Ulst à Versailles.

On le voit cette épidémie a ceci d’original qu’elle frappe  préférentiellement une population aisée à fort pouvoir d’achat. Et le chal se décline de diverses façons, selon qu’il évolue dans l’univers plutôt bourgeois et nouveau riche d’une ville comme Neuilly, ou plutôt vieille France et aristocratique comme Versailles.Mais certains symptômes sont pathognomoniques.

Le Chal a le cheveu long.

Attention pas le cheveu long et filasse de Francis Cabrel au début de sa carrière. La chevelure du chal n’a du reste  rien à voir avec la tignasse embrouillée et pelliculeuse, exhalant des odeurs de puberté de l’adolescent des années 70. Le casque d’or façon Jean Sarkozy, cela se mérite : shampooing et après-shampooing traitant. Si le chal vous paraît légèrement décoiffé, ne vous méprenez pas : Le mouvement chiffonné de la mèche, – la même que celle de Justin Bieber-,  a été parfaitement contrôlé  par un long modelage au gel. Une chevelure sécurisée sur laquelle on peut investir du temps, de l’argent et de l’huile de coude puisque grâce à Dieu et à Jacques Chirac, – surtout grâce à Jacques Chirac-, elle se trouve totalement protégée de la méchante tondeuse du ci-devant sergent instructeur.

Le chal porte volontiers des slims taille basse sur ses hanches maigrelettes façon Mika (ce chanteur dont la voix est si aiguë qu’on le compare au Freddy Mercury des Queen) et les plus classiques d’entre eux adorent les chemises Ralph Lauren et Tommy Hilfigher, ou encore les polos Vicomte Arthur. Ah ! Vicomte Arthur !  Emblème par excellence du chal chic et de bon goût. La couleur fétiche de cette marque est le fuchsia. Par ses couleurs « flashy », Vicomte Arthur a su réveiller une garde-robe masculine par trop austère.

Arthur de Soustrailt, alias « Vicomte Arthur », pourrait du reste être le symbole de la réussite, l’objectif à atteindre de « la génération chal » : Des études laborieuses dans une école de commerce peut-être pas à haut potentiel mais sûrement à hauts frais de scolarité, de l’entregent, de l’aisance surtout  à l’oral, (le chal se présente comme un parfait gentleman au téléphone mais est extrêmement médiocre en orthographe et  possède un niveau de culture générale proche du néant), un amour de l’argent assumé et sans complexe, un nom qui peut encore faire frémir  la clientèle de Palm Beach (c’est là qu’a été  ouverte sa première boutique). A à peine plus de 25 ans, grâce à un sens aigu du commerce et un épais carnet d’adresses, Vicomte Arthur a gagné en l’espace de 5 ans beaucoup d’argent, ce qui lui a permis d’ouvrir une boutique de vêtements rue du faubourg Saint-Honoré (se  rapprochant ainsi des chals version canal historique du Sentier et de la rue de Passy, preuve s’il en fallait de la  filiation). Symbole de cette consécration : « Vicomte Arthur » fournit le polo officiel de l’Université d’été du Medef.

Entre chals, on se fait la bise comme des filles, on est bavard comme des filles. On parle de tout et de rien. De chiffons (les polos Vicomte Arthur !) et de soirées. On  passe des heures au téléphone ou sur msn, ce qui  laisse fort peu de temps au chal pour lire, réfléchir, s’instruire ou nourrir toute espèce de vie intérieure. Ce qui n’a rigoureusement aucune importance puisque la vie intérieure est bien la dernière chose utile dans le business. Ce qui compte c’est la vie extérieure : Les relations, les relations, les relations. Tout se fait par relations, tel est le credo du chal, qui a pour bréviaire Facebook et ne connaît qu’un seul péché mortel : la misanthropie.Le chal n’arrête à la rigueur de communiquer que dans l’obscurité cinéma, parce qu’il y est forcé. Mais il préfère aller voir Lol avec des copines que Gladiator avec des copains.

Le chal a très peu de convictions politiques, (qui obligeraient à des prises de position entières, malséantes, et potentiellement blessantes pour ses relations dont on a dit toute l’importance),  mais quelquefois un soupçon de religion. Une religion aseptisée, souriante et conviviale. Il aime les grands rassemblements festifs des JMJ, les missions humanitaires qui font voyager dans des pays exotiques et peuvent faire l’objet d’une mention  au bas d’un CV,  professe quelquefois sa foi dans un « Jésus t’aime » consensuel et inoffensif. Il espère simplement que Benoît XVI ne va pas encore jeter un froid par l’une de ses déclarations intempestives.

Pour être hypoviril, le chal n’est cependant pas homosexuel. Mais rien dans ses manières, son allure et son comportement extérieur ne prouve le contraire. La frontière est fondue, et là réside peut-être la victoire « gay ».

Mais pourquoi me direz vous s’en prendre à ces braves garçons bien souriants, bien arrangeants qui ne font pas de mal à une mouche ? Parce qu’ils ne font pas de mal à une mouche justement. Parce qu’ils sont censés incarner les forces vives, la jeune garde de nos ghettos bourgeois de culture « judéo-chrétienne », et que le jour, -puisse-t-il ne jamais arriver !-,  où les viriles populations des banlieues  auront décidé de sonner l’hallali et de fondre sur nous comme sur les fermiers du Zimbabwe, je crains que le polo cintré Vicomte Arthur, le jean slim et la  mèche souple Justin Bieber dans les yeux ne se révèlent guère commodes pour résister à l’assaut.

C’est ballot, quand même, que personne n’ait pensé à interdire plus tôt  le bisphénol.

Gabrielle Cluzel

1 commentaire pour "Des effets secondaires du bisphénol dans le biberon :: par Gabrielle Cluzel"

  1. André dit :

    Tout plastique est dangereux, quelque soit sa composition, comme vous le savez certainement. Concernant les banlieuses, entendons-nous sur la terminologie, brûler une voiture n’est pas un acte viril. La virilité, dans la Rome antique, incluait les trois composantes de la philosophie, de la politique et de l’exercice martial ; mais la notion de “virtus” a évolué dans notre histoire et s’est malheureusement transformée en une sorte d’apologie de l’homme bourré de protéines de synthèse, anabos ou autres saloperies (ce n’est pas mieux que le bisphénol, d’ailleurs, et pourtant ça fait gonfler les muscles !).

    Certes, la chimie joue sans doute un rôle énorme dans la dévirilisation actuelle. Mais vous observerez que dans votre comparatif : bobos du XVIème et banlieues “hallal”, si je puis dire, les personnes jouissant du meilleur régime alimentaire sont théoriquement les bobos du XVIème (je le suppose, tout du moins). Par conséquent, en l’occurence, ce n’est pas simplement la chimie qui les rend ainsi. D’autre part, la femme peut posséder des vertus viriles, alors que précisément, elle est une femme. La virilité dépasse donc les considérations chimiques, même un eunuque peut être viril. Seules des études d’endocrinologie très poussées pourraient sérieusement nous montrer la gravité du lien entre l’infertilité et la manque de combativité, d’esprit de défense, et autres vertus souvent décrites comme masculines.

    Le fait social, à savoir les idoles musicales décérébrées, comme vous dites, parmi d’autres exemples comme l’éducation (théorie du genre, récemment), est au moins aussi fort que le manque de testostérone dans le phénomène de dévirilisation. Mais, j’en conviens – et c’est terrible – la nourriture frelatée dégénérative et génératrice d’infertilité est un problème tout à fait cosmique.

Un truc à dire ?