Internet n’est pas fait pour débattre

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Belle et Rebelle provoque visiblement la polémique… Sous certains articles s’amoncellent les commentaires. Le principe du commentaire est en fait, ici comme ailleurs, assez narcissique : il sert essentiellement à ce que le lecteur puisse faire part d’une réaction souvent immédiate et irréfléchie à quelque chose.

Soit il est enthousiaste, soit il est ulcéré. Plus rarement, il apporte une pierre à l’édifice, grâce à un peu de recul et à une remarque frappée au coin du bon sens. Bref, disons que le commentaire est un mal avec lequel le patron d’un site accepte de composer pour un bien aléatoire. Loin de moi l’idée d’exiger la fermeture des commentaires : ils font partie du jeu, jouons donc avec…En revanche, il serait temps que ces mesdames et ces messieurs prennent un peu de recul sur cet usage et perdent toute illusion. Tout le monde y gagnerait un temps précieux : sur internet, on ne débat pas. On assène sa réflexion, son opinion, son sentiment, son « ressenti » dans le pire des cas. Mais on ne débat pas.

Parce que le débat (autrefois on disait disputatio ; c’était plus chic, et on acceptait d’emblée, et virilement – comme dans toute époque digne de ce nom – que le désaccord fasse partie de la vie et qu’on puisse en tirer un avantage pour l’humanité toute entière en acceptant de le prendre à bras-le-corps), bref, parce que le débat suppose la confrontation de personnes incarnées. C’est-à-dire de personne dont on connaît l’identité et la position. Ce n’est pas la même chose de papoter avec Suzanne, éleveuse de canards du Périgord, René Girard, philosophe théoricien de la violence mimétique, et Martin, étudiant du NPA en pleine révolte intérieure (je ne lui ferai pas la grâce d’appeler ça révolution).

Il y a un contexte à ces échanges incarnés, de la table du bistrot à la salle du colloque. Il y a un moment et un lieu qui marque la dispute. Le débat qui dure le temps de descendre trois pintes de Guiness n’a pas exactement la même valeur que celui qui s’étend sur des années et oppose Saint Augustin à Rome sur la nature et la grâce. Attention, belles âmes, ne vous émeuvez pas, je n’établis pas forcément de hiérarchies entre ces deux types de discussion (ce serait discriminatoire). La postérité seule établit cette échelle qui fait d’un débat un moment fondateur ou au contraire la simple occasion d’une jouissance masturbatoire pour ceux qui s’y frottent.

Bref, il faudrait arrêter de penser qu’un échange sur un site internet produit quoique ce soit de durable et d’utile. Ce peut être distrayant, joyeux, rigolo, mais cela reste sans conséquence. Donc, halte à l’esprit de sérieux. Notre époque en crève. Il est devenu banal et très « tendance » de citer Philippe Murray mais il faut reconnaître que s’il a apporté quelque chose à nos tristes années, c’est bien cela : la remise en cause de l’esprit de sérieux. Si un texte peut éveiller un début de réflexion chez le lecteur, tant mieux (ou – parfois – tant pis) ; c’est à cela que sert un webzine digne de ce nom ; mais l’échange de commentaires n’apportera que rarement quelque chose de plus.

Donc, commentez, chers lecteurs, jouons ensemble mais n’espérons pas mieux. Car je ne connais personne qui ait changé d’avis ou fait évoluer un tant soit peu sa position sur un sujet important après un échange de commentaires sur internet.

Irène

7 commentaires pour "Internet n’est pas fait pour débattre"

  1. Marie dit :

    Notre époque me semble davantage crever du manque de réflexion sérieuse que de l’esprit de sérieux – mais on ne va pas faire un débat là-dessus !

    C’est vrai, les débats sur internet, c’est rarement de haut niveau, mais Internet est encore si jeune. N’a-t-il pas surtout besoin d’être domestiqué ? Il y a une autonomie du texte qui devrait permettre d’en débattre en ne connaissant son auteur qu’à travers lui. “Belle et rebelle” lui-même pourrait créer une rubrique spéciale “débat” et se montrer impitoyable dans sa modération. Soit en ne gardant que les messages “rigolos” (et alors mon message va être refusé !) soit en ne gardant que les messages “sérieux”, soit encore en ne gardant que 2 ou 3 internautes sélectionnés, les autres étant spectacteurs. Bref: en régulant les échanges.

    Marie (qui continue à “espérer mieux”, et qui est même prête à faire évoluer sa position, ben si – comme ça vous en connaissez une !)

  2. Louis dit :

    Et bien moi j’aime les débats qui n’aboutissent à rien et qui ne servent à pas grand chose tant que cela se fait dans la courtoisie et le respect. C’est aussi une manière d’être léger.

  3. AXL dit :

    Internet c’est le tout à l’ego.. Personne n’est là pour apprendre, réfléchir et évoluer… Pour cela il a des bibliotheques, des colloques, des revues, des conférences… depuis longtemps totalement délaissés… Car cela demande du travail, de l’effort, de la concentration, de l’humilité… Ici c’est pour faire le malin derrière son clavier ou espérer dragouiller… Croire qu’il peut en ressortir quelque chose d’utile ou d’efficient est d’une très grande naïveté… Internet c’est l’opium des peuples en phase terminale de décomposition…

  4. Marie dit :

    Heu cher AXL, que faites-vous sur internet alors ? Vous composez, vous vous décomposez ou vous vous droguez ?
    Marie, qui aime bien internet, les bibliothèques, les colloques, les revues, les conférences, la Guiness, Rome, Saint Augustin, les débats qui ne servent à rien, ceux qui servent à quelque chose, et Prévert…

  5. AXL dit :

    Je me distrais… et me drogue sans doute aussi un peu.. Dénoncer une tare ou un vice n’induit pas que l’on s’en prétende épargné.

    Sinon dommage que votre énumération de goûts soit gâchée par la présence de l’insignifiant et si scolaire Prévert…

    «L’intelligence n’aide en rien à écrire de bons poèmes ; elle peut cependant éviter d’en écrire de mauvais.»
    Michel Houellebecq – “Jacques Prévert est un con “

  6. ROSSEL dit :

    Moi je trouve que les commentaires publiés sur ce blog sont plutôt au-dessus de la moyenne (les miens surtout !). Je ne vois pas ce qui turlupine Irène. Que les débats interminables ou pas sur le net n’aboutissent pas à grand chose ,c’est une évidence. Qu’ils ne constituent qu’une simple source d’amusement ce n’est déjà pas si mal. Le but d’un blog n’est-il pas d’échanger des points de vues ? A moins que dans l’esprit de nos brillantes petites camarades ils ne s’agisse que de s’entre admirer entre copines sans l’intervention de malotru(e)s plus ou moins en désaccord avec leurs opinions. Cet article me laisse mi-figue mi-raisin et j’ai du mal à saisir son intention. Ce qui est regrettable ,c’est que comme toujours dans notre galaxie fafounette ,des individus à l’ego visiblement sur-dimensionné prennent leur pied en s’excommuniant mutuellement. Tare congénitale qui nous a couté pourtant cher depuis Alésia.

  7. Sarah Brunel dit :

    “A moins ne s’agisse que de s’entre admirer entre copines sans l’intervention de malotru(e)s plus ou moins en désaccord avec leurs opinions. ”

    Bingo! C’est exactement! ça!

    :)

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