Y’en a des bien…

caroline aigle y'en a des biens belle et rebelle

Pour paraphraser la citation du philosophe Didier Super, et malgré la pouffiasserie ambiante, des femmes, y’en a des biens…

La jalousie étant, qu’on le reconnaisse ou non, l’un des éléments constitutifs majeurs de la nature féminine, nous avons généralement la dent très dure envers nos sœurs de misère et une tendance difficilement contestable à discerner beaucoup plus facilement leurs défauts que leurs qualités.

Par ailleurs notre époque égotique et égoïste n’aime pas les admirations, l’individu-roi ayant le sentiment de se diminuer lui-même lorsqu’il admet et reconnaît les mérites et talents d’un autre.

Pour faire bien, faut être méchante

La combinaison de ces deux facteurs fait que nous nous complaisons davantage dans le portrait au vitriol, la dénonciation véhémente et la critique atrabilaire que dans la louange, le compliment respectueux ou l’éloge passionné.

N’étant pas, loin s’en faut, la dernière à développer ce travers, je souhaitais aujourd’hui profiter de la tribune que m’accorde généreusement notre belle et rebelle en chef Louise Demory pour tenter de rectifier le tir et évoquer quelques instants ces femmes de notre temps qui suscitent en moi une vive émotion et un éblouissement admiratif non feint.

Car même notre modernité sordide et crépusculaire, où le quotidien ressemble davantage à une sentine qu’un chemin glorieux, voit éclore, à de très rares occasions il est vrai, des héroïnes dignes des plus grandes figures féminines passées.

Modèle

Caroline Aigle fait incontestablement partie de celles-là. Plus qu’une sportive de haut niveau, plus qu’un officier haut gradé, plus qu’un pilote de chasse chevronné,  plus qu’une mère passionnée et dévouée, Caroline Aigle est l’incarnation lumineuse d’une féminité complète et conquérante, à la fois traditionnelle et moderne, un modèle de courage, de force, d’amour et d’humilité. Caroline Aigle c’est le féminisme sans la névrose revancharde et le prurit d’indifférenciation,  c’est la réussite sans le carriérisme, c’est l’exploit quotidien sans la vaine gloriole, c’est le goût du devoir et du service sublimé dans la vie personnelle comme professionnelle… Par son sacrifice ultime (Enceinte et atteinte d’un cancer, elle refusera l’avortement conseillé par les médecins, préférant donner une vie que prolonger à tout prix quelques temps la sienne…), son attachement viscéral à la maternité et à la vie, elle aura transformé son existence en destin de Sainte dont le souvenir à la fois sublime et écrasant peut être un phare pour toute femme désireuse d’élever un tant soit un peu son âme et ses jours.fe

Sexy Sushi ?

Autre figure de mon panthéon personnel, la résistante Aung San Suu Kyi… Alors là, j’entends déjà le chœur des scrogneugneu : « Quoi ? Aung San Suu Kyi !! Figure pour bobos… droits de l’homme et tout ça !!! Pourquoi pas Bettencourt pendant qu’on y est ! On l’a vu à la télé c’est donc une compliiiiiiiice du syyyyyyyyyyyyyystème ! ». Alors on se calme, on essuie la bave qui pendouille aux commissures de ses lèvres, on desserre ses petits poings rageurs et on écoute tata Sarah… La (relative) médiatisation d’Aung San Suu Kyi et le prêchi-prêcha humanitarisant de certain de ses « défenseurs » occidentaux ne change absolument rien à cet indiscutable constat : elle est une grande combattante identitaire qui lutte depuis des années avec courage et intelligence pour le droit des peuples minoritaires à vivre selon leurs lois et leurs traditions. Il convient également de ne pas oublier que la Birmanie a l’un des régimes les plus  absurdes, les plus corrompus, criminels, délirants (Le général Ne Win qui a dirigé la Birmanie de 1962 à 1988 a notamment, du jour au  lendemain, décidé de changer le sens de la circulation, sur les conseils d’un astrologue) et  génocidaires du monde et ce dans l’indifférence quasiment générale du fait de la complicité de nombre de grandes sociétés capitalistes occidentales au premier rang desquelles la firme française Total. Le combat d’Aung San Suu Kyi est noble et exemplaire, son engagement total et sa fidélité sans faille. De plus, je la trouve élégante et belle, ce qui ne gâche rien.

Sarah Brunel

10 commentaires pour "Y’en a des bien…"

  1. A BD dit :

    J’aime beaucoup votre article sur l’exceptionnelle Caroline Aigle. J’en trouve les mots justes, l’analyse pertinente et le style plaisant. Il est de ceux qui la font vivre par-delà son absence.
    (Un seul regret: deux coquilles orthographiques malheureuses qui ne sont pas à la hauteur de votre maniement du Français. : “bien” est adverbe et donc invariable, n’en déplaise à Didier Super qui n’est pas encore académicien. un peu plus bas: “évoquer quelques instants ses femmes de notre temps ” vous vouliez écrire “ces femmes” je présume.)
    Pardonnez cette dernière remarque -qui justifie votre entrée en matière – mais votre écrit mérite la perfection orthographique, pour sa qualité et celle de son sujet.

  2. Marie dit :

    Chère Sarah,

    beaux portraits où je n’ai rien à redire, mais seulement à apprendre et admirer.
    Ce qui m’agace en revanche, c’est votre accroche qui me semble parfaitement inutile:
    “la jalousie étant, qu’on le reconnaisse ou non, l’un des éléments constitutifs majeurs de la nature féminine”.
    Bon, hé bien je dois faire partie de ceux qui ne le reconnaissent pas, ou bien les femmes que je côtoie doivent être hors norme… A vrai dire, moi, ce n’est pas mon premier défaut, et quand j’y réfléchis, j’ai beaucoup, mais alors beaucoup, de contre-exemples en tête: des femmes pas jalouses pour deux sous et des hommes facilement envieux (vous connaissez la blague: qu’est-ce que c’est, un bon salaire ? C’est de gagner 25% de plus que son beau-frère…)

    C’est dommage de commencer un bel article positif par une note si négative, sur vous-même, sur vos soeurs, puis sur l’époque “égotique et égoïste”.

    Après, si vous le dites c’est que vous le ressentez comme ça, alors ça donne quand même à réfléchir. Quel est le premier ressort de la jalousie ? Je crois que bien souvent c’est le manque de confiance en soi, le manque de reconnaissance, un certain complexe d’infériorité. Peut-être que si les femmes sont plus épanouies, plus fières d’être elles-mêmes elles seront moins jalouses ? Peut-être que vous-même, puisque vous dites que cela vous arrive d’être jalouse, pourriez, au lieu de culpabiliser, réfléchir aux ressorts profonds qui vous rendent jalouse et vous persuader de la valeur de ce que vous êtes et de ce que vous faites ?

    Quoiqu’il en soit des tendances éventuelles des femmes, pour parler sur un plan théologique (car à vous lire il me semble que vous êtes catholique mais je peux me tromper ?), on ne peut pas parler de “nature” au sujet d’un défaut si grave. La nature de l’homme, c’est celle que Dieu a créé, c’est avant le péché qu’on en parle. Le péché ne fait pas partie de la nature. Dieu n’a sûrement pas créé la femme naturellement jalouse…

    Marie

  3. Sarah Brunel dit :

    Une psychanalyse? Pourquoi pas.. Comme toute femme j’aime dépenser inutilement de l’argent… ( ceci est une plaisanterie, précision qui ne devrait pas être utile mais qui s’avère semble-t-il indispensable…).

    Plus sérieusement, Chère Marie, que vous ne perceviez pas un défaut chez vous , ni chez vos “amies hors normes” n’induit pas que celui-ci n’existe pas.. Si vous ne les discernez pas , grand bien vous fasse, la vie est très certainement bien plus légère lorsque l’on dispose de ce genre d’aptitude… Si les gens étaient toujours aptes à sa jauger honnêtement, cela ferait tout de même un moment que cela ce saurait…

    Pour le reste je dois avouer que les analyses d’un texte via les interprétations psychologiques ou psychanalytiques de leur auteur m’intéressent fort peu et que je ne leur accorde aucun crédit, étant pour ma part favorable à la théorie de “l’autonomie du texte” , un texte devant être lu et jaugé pour lui-même, indépendemment de la personnalité, réelle ou supposée, de son auteur.

    Prenons l’exemple d’un texte d’une implacable misogynie, qu’il soit écrit par un puceau aigri, un homosexuel comme Montherlant, ou un homme couverts de femmes à la Guitry ou Drieu n’a strictement aucun intérêt, seule compte la validité et la justesse (ou non) de ce qui est écrit.
    Ainsi que vous ne soyez pas d’accord avec moi est une chose, mais que vous mettiez ce désaccord sur le compte d’une analyse d’ordre psychologique , là ce ne va plus car ce n’est plus du domaine du débat ou de l’objection mais de l’imprécation para-médicale et Madame Soleilesque …

    Mais si je peux toutefois vous rassurer, concernant ma “confiance en moi”, comme dirait l’autre: “Quand je me juge, je m’afflige. Quand je me compare, je me rassure.” :o)

  4. Marie dit :

    Mais là, vous parliez de vous, chère Sarah, sinon je ne me serais sûrement pas permis ! Parlez d’autonomie du texte littéraire, très bien, mais alors ne parlez pas de vous ! Vous disiez ne pas être la dernière à être jalouse, et je me permettais d’essayer de proposer des pistes ! Pardon pour la pointe d’humour avec laquelle je vous proposais en retour, en effet, disons non pas une psychanalyse, plutôt un examen de conscience… Ce n’était pas très gentil.
    Vous dites “quand je me juge, je m’afflige, quand je me compare je me rassure.” Nous n’avons pas les mêmes auteurs: je citerais plus volontiers la paille et la poutre. Ce n’est à personne ni de juger autrui ni de se juger soi-même: cela c’est l’affaire de Dieu. Et quand on a compris cela, oh oui, vous avez raison, la vie est bien plus légère.

    Vous assénez ce que vous jugez être des “vérités” que vous ne prenez même pas la peine d’essayer ni de démontrer ni d’expliquer puisque vous, vous “discernez” là où les autres sont aveugles (alors que j’ai essayé de vous donner un exemple flagrant de jalousie masculine: la relation classique entre beaux-frères). Vous parlez de “nature” là où il faudrait au plus parler de vilain et courant défaut. La vision de l’humanité qui ressort de vos deux textes manque cruellement d’espérance, c’est ce que j’essayais de vous faire sentir, mais j’avoue que je sermonne beaucoup et que cela doit vous ennuyer. Excusez-moi pour ce côté sérieux et rabats-joie, je suis comme ça.

    Je regrette que le dialogue soit un art si difficile.
    Bises,

    Marie

  5. Sarah Brunel dit :

    J’avais déjà un directeur de conscience, me voilà avec une directrice en sus, je suis gâtée ! :o)

    Vous dites que nous n’avons pas les mêmes auteurs, ce dont je ne doute pas un seul instant, les bulletins de paroisse me tombant généralement assez vite des mains, mais nous n’avons pas non plus la même définition des mots et notamment de ce que signifie « juger »… Lorsque je « juge », moi-même ou les autres, il va sans dire (enfin apparemment non..) que je ne juge pas les cœurs et les âmes mais les actes et les faits, ce que j’ai toute légitimité et droit de faire et qui est même absolument nécessaire à toute vie en société. S’interdire de « juger », et de « discriminer » en fonction de ce jugement, c’est renoncer à son libre-arbitre, à ses valeurs et à ses principes, et accepter le relativisme absolu, tout valant tout…

    Le dialogue est un art difficile dites-vous, il est surtout très inutile puisque je ne vous convaincrais pas plus que vous ne me ferez dire « les femmes ne sont pas fondamentalement jalouses, la preuve certains hommes le sont… » ( ??) ou « la nature humaine est super chouette en dehors de quelques petits défauts peccamineux de rien du tout ».
    D’ailleurs je ne suis pas un politicien en campagne électorale et me moque donc bien des suffrages récoltés ou non.

    Au plaisir.

  6. Jauffret dit :

    Visiblement nous ne nous sommes pas bien compris. D’accord pour vos précisions sur les actes et les faits, je n’avais pas tout à fait compris cela en effet (sans doute le terme “nature” et l’expression “je me juge” qui m’avaient induits en erreur, et qui me semblent plus proche d’un jugement de l’âme que d’un jugement des faits, mais j’arrête de pinailler) .

    De mon côté, je ne dis pas, contrairement à ce que vous semblez croire, “les femmes ne sont pas fondamentalement jalouses puisque certains hommes le sont”, et je ne dis pas non plus
    “la nature humaine est super chouette en dehors de quelques petits défauts peccamineux de rien du tout”.

    Je précise donc ma pensée. La jalousie c’est un défaut, ou plutôt c’est un péché capital (ce péché c’est l’envie – ce que vous appelez “jalousie” me semble correspondre à la définition de l’envie ?), et comme tout péché capital qui se respecte, c’est un péché extrêmement répandu.

    Extrêmement répandu chez les hommes et chez les femmes (d’ailleurs les Pères de l’Eglise n’ont pas songé à sexuer les péchés !! Ils devaient être féministes, les vilains !).
    Je prenais l’exemple d’envie entre hommes (mâles) la relation entre beaux-frères : vous avouerez que c’est un exemple assez répandu. Il y en aurait bien d’autres. Il y a même une parabole à ce sujet: les ouvriers (mâles !) de la dernière heure.
    La “nature” humaine ce n’est pas le péché, je persiste: le péché n’est pas de nature. La nature humaine est, en revanche, profondément blessée par le péché, cela oui !!

    Vous ne croyez pas à l’utilité du dialogue, donc je ne vous ennuierai pas davantage.
    Pour ma part, j’y crois, j’y vois une forme de respect envers soi-même (si ma pensée est suffisamment juste, elle doit pouvoir supporter le débat), envers l’autre (que je suppose intelligent) et plus encore envers la vérité (qui se révèle par le Verbe, “logos” en grec, “dialogue” c’est la même racine).

    Avec mes respects, donc,

    Marie

  7. AXL dit :

    La nature humaine est fondamentalement viciée par le pêché originel… ou alors j’ai loupé quelque chose dans mes cours de catéchisme (lointains il est vrai…)

  8. Marie dit :

    AXL,

    intéressante remarque. Je viens de vérifier dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique: l’expression employée par le Catéchisme est “nature blessée par le péché originel” et non pas “nature viciée par le péché originel”. C’est Saint Augustin qui parle de “nature viciée”, mais sa doctrine sur le péché originel n’a pas été intégralement reprise ensuite par le magistère.

    St Augustin a en effet introduit une notion de corruption totale de la nature humaine par le péché, mais il n’a pas été repris par St Thomas d’Aquin, qui, lui, parle de nature “blessée” et non pas de nature corrompue ou viciée. Je vous renvoie à un article de Jean-Michel Maldamé, op:

    http://biblio.domuni.eu/articlestheo/pecheor/po000003.htm#E175E6

    Comme quoi, les discussions sur internet peuvent parfois rejoindre les grandes disputationes du passé (petit clin d’oeil à Irène) – et comme quoi des notions théologiques sous-jacentes peuvent influencer une vision du monde par trop pessimiste…

  9. Eric dit :

    “y en a des biens” On parle bien des femmes ? Alors, oui, il y en a des biens, à commencer par vous qui nous offrez ce magazine en ligne roboratif et plein d’humour, merci !

Un truc à dire ?