Vu sur le Net :: SEXISME : C’EST PAS ROSE !

michel fitoussi elle magazine

Je ne résiste pas à l’envie malsaine de vous faire partager ma lecture matinale de l’édito de notre ELLE hebdomadaire fraichement échu  sur les étals des marchands de journaux. Parfois, je me demande si tout ceci n’est pas en réalité qu’un exercice de style de Première littéraire qui consisterait à écrire à la manière de. Aujourd’hui, vous rédigerez l’éditorial d’un magazine où vous ferez semblant de croire que les garçons et les filles c’est tout pareil…

Les petites filles ? Elles aiment le rose. Et puis elles sont têtues, douces, gourmandes, amoureuses, coquettes, mignonnes. Les petits garçons, eux, préfèrent le bleu. Ils sont courageux, vaillants, fiers, forts, rusés, habiles, déterminés… Vous vous demandez peut-être quelle mouche me pique pour aligner à la file des poncifs aussi bateau ? Ou plutôt Petit Bateau. Car tout ce qui précède, c’est la fameuse marque qui le souligne avec deux bodys, un rose et un bleu, où les qualificatifs attribués à chacun des deux sexes sont placardés au recto. Devant les protestations d’un bon nombre de consommatrices, la marque persiste et signe sur sa page Facebook : « Notre intention n’a jamais été de véhiculer un message sexiste. » Et c’est probablement sincère. On voit mal stylistes et marketeurs se prendre la tête en réunion pour « véhiculer sciemment un message sexiste ». Le problème, c’est justement qu’ils ne voient pas le problème. Exactement comme les concepteurs des pubs de la Société générale, qui, à partir d’une idée forte, « Rien n’est plus beau que l’esprit d’équipe », déclinent de bons gros clichés. Sur une des affiches, une troupe de mini-ballerines proprettes en tutu rose sourient devant l’objectif tandis que, sur une autre, une équipe de rugbymen de poche, couverts de boue, font virilement la tronche. Où est le petit garçon rigolo au milieu des fifilles ? Ou la petite teigne marrante parmi les bébés brutes ? Ce qui aurait sans doute rendu le message plus moderne et (un peu) plus égalitaire? Ben non, c’est pas le sujet. Le sujet c’est l’esprit d’équipe. Pas l’esprit de finesse.

Mais la palme d’or de la pub sexiste revient à la campagne lancée par l’Education nationale pour recruter 17 000 enseignant(e)s. Elle, c’est Laura (sur fond pastel) qui a trouvé « le poste de ses rêves » pour transmettre ses valeurs, tandis que, pour Julien le concret (sur fond gris-bleu), être prof est « un poste à la hauteur de ses ambitions ». A quoi peuvent bien servir les nombreux rapports sur l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes qui tous remettent en cause la persistance des stéréotypes à l’école, dans la pub et dans les médias ? Dans le dernier en date*, la très pertinente Brigitte Grésy pointe encore une fois ces représentations sexuées et constate leur décalage avec la société, beaucoup plus nuancée. Car, malgré tout ce qu’on peut dire ou écrire sur le sujet, le bleu et le rose – et tout ce qui va avec – s’obstinent, dans les images, à faire la loi du genre.

* Rapport sur l’“Egal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et familiales dans le monde du travail », par Brigitte Grésy, inspectrice générale, de juin 2011.

Par Michèle Fitoussi

Source: Elle Magazine

8 commentaires pour "Vu sur le Net :: SEXISME : C’EST PAS ROSE !"

  1. Mathilde dit :

    Youyou, réveil !! Les garçons sont différents des filles ! Si, si. Même dans le caractère et l’apparence physique. Le nier est franchement ridicule. Ces différences sont riches, qu’est ce qu’on s’ennuierait dans un monde gris, où garçons et filles seraient les mêmes. En tant que fille, je préfère un gars courageux, vaillant, fier, fort, rusé, habile et déterminé que têtu, doux, gourmand, amoureux, coquet et mignon !

    • Nico dit :

      Pas la peine d’être sarcastique ;-)
      La question est de savoir si ces différences sont naturelles (est là arrive directement une autre question: même si c’est naturelle est-ce juste ?) mais de savoir si cela n’est pas plutôt socialement construit.
      De quoi a-t-on si peur ?
      Cela me semble salutaire (au sens d’un progrès social) de chercher objectivement si les différences de genre ne sont finalement pas anachroniques et maintiennent une domination insidieuses, injustifiée et surtout injustifiable.

  2. jane dit :

    Je viens de lire le commentaire de Mathilde et j’en suis juste attérée. Comme quoi il y a encore beaucoup de boulot pour éduquer les filles elles-mêmes. Le propos de Mme Fitoussi n’est pas de prétendre effacer les différences entre les genres mais plutot de transcender les différences “prétenduement” culturelles entre garçon et filles (le rose-le bleu, la force-la douceur et tout ce bazar) qui n’ont pour seule vocation que de nous parquer, nous les femmes, dans des zones intimes (famille) et des fonctions subalternes. Désolée mais entant que femme je me sens souvent plus courageuse et tenace que pas mal de mecs et j’ai des amis hommes qui ne perdent nullement en virilité en étant doux et tendre. Si nous même les nanas ne sommes pas capables de sortir et dénoncer les stéréotypes, on arrivera jamais à faire avancer l’équité entre les sexes !
    Une idée : pourquoi ne pas rendre la lecture des écrits d’Elisabeth Badinter obligatoires au collège ou au lycée ? ça ferait du bien à tout le monde et surtout à certaines filles !!

    • Marion dit :

      En vous lisant Madame, c’est sûre qu’il y a encore beaucoup de travail à faire ! “transcender les différences prétendument culturelles entre les garçons”: Vous avez raison j’ai hâte que mon fils (imaginaire) porte un soutien gorge et de la dentelle…. En rose exclusivement, s’il vous plaît!

      Vous avez tellement raison d’ailleurs qu’aux JO je ne comprends pas pourquoi il y a des équipes féminines et masculines… Pourquoi les femmes et les hommes ne sont t’ils pas évaluer sur les mêmes chronos? Pourriez-vous m’expliquer?
      Malheureusement qu’à un moment nous dériverions sur l’égalité elle même entre les hommes. Puisque là encore c’est une vision purement utopique et droit de l’hommiste! (oulalala, je vais prendre cher a son prochain post)toujours en s’attardant sur les JO: qui réussit la nage, qui réussit les marathons?

      Alors je dénonce plutôt le stéréotype de votre parloir sur la pseudo équité et votre idée quelconque de fonctions subalternes de la femme! (Défendez-vous la lutte des classes? )

      Contrairement a ce que vous avez l’air de dire le couple ne se base pas sur une éventuelle hiérarchie mais sur la mise en commun des compétences et des biens… Il n’est pas nécessaire d’être une harpie pour avoir du caractère. Un Bisounours a tout à fait la capacité de défendre son foyer, enfin ça dépend de quel nuage il est issu!

      Je ne crois pas qu’une petite puce de 5 ans veuille faire la guerre et qu’un petit gars du même age fasse attention au vernis de ces chaussures. Ce qui m’attére et m’attriste c’est que nous rapportions les problèmes et débats de nos générations autour de nos enfants. On ne vous a jamais appris à régler vos problèmes toutes seules? Parce qu’au fond ce n’est plus vous que vous stigmatisez mais eux!

      Une idée: Pourquoi ne pas rétablir la peine de mort?

  3. jane dit :

    Je viens de lire le commentaire de Mathilde et en suis profondément attristée. Le propos de Mme Fitoussi n’est nullement de prétendre effacer les différences entre les genres mais plutot de lutter contre la standardisation et les stéréotypes culturels qui stigmatisent systématiquement les femmes dans des caractéristiques et des fonctions subalternes. Je suis désolée mais les femmes font souvent preuve de plus de courage et de ténacité que les hommes, ça ne les rend pas “masculines” pour autant. De la même manière, un homme ne perd pas sa virilité en étant attentionné et doux. Que de violences faites aux femmes a t-on excusées sous pretexte soi-disant de l’impulsivité et la force (pas toujours maitrisée) de ces messieurs. La jeune Carla en a fait les frais dernièrement et j’aimerai savoir quelle éducation ce garçon a reçu de ses parents …
    bref, il serait grand temps mesdames de relire l’utile et necessaire prose d’Elisabeth Badinter qui a en son temps très bien analysé les schémas dans lesquels la société tout entière (portée par les femmes elles-même parfois) notamment dans le toujours actuel “XY de l’identité masculine”.

  4. karen dit :

    je ne sais pas si la rédactrice de cet éditorial a un garçon (ou si elle est bien trop épanouie pour avoir des enfants..) mais le cas échéant, et pour étayer ses propos colorés, l’habillerait-elle en jupe plissée, chemise col claudine et petit mocassins vernis?.. non parce que vu que les filles et les garçons c’est pareil, je ne vois pas qui ça choquerait..

    • vivael dit :

      Bonjour Karen,
      Je vais vous racontez une histoire (vraie), qui peut-être vous permettra de comprendre d’autres points de vue.
      Lors d’une séance de sécurité routière à vélo dispensée à des élèves de CM1, le policier instructeur a répondu à une petite fille qui lui demandait quoi faire après avoir déraillé : “tu n’as qu’à demander à un garçon qu’il t’aide”. Interrogé par une autre petite fille sur les raisons d’interpeller un garçon (cette petite fille avait un esprit critique et curieux), il a répondu “parce que les garçons savent tous remettre une chaîne de vélo”. Ce qui a été illustré par le premier garçon sollicité, qui a remis la chaîne. Un quart d’heure plus tard, un autre garçon a déraillé. Mais lui, il s’est fait quasiment disputer, de ne pas savoir “quoi ? tu ne sais pas faire ?, tu dois savoir faire !!! viens , je vais t’apprendre ” Et il a eu un cours particulier.
      Je vous laisse réfléchir aux conséquences psychologiques (le petite fille apprend-elle à se débrouiller par elle-même ? Sinon, apprend-elle à dépendre d’autrui ? De qui : d’un garçon) , à l’estime de soi (suis-je capable d’apprendre), au désir d’apprentissage de l’autonomie, à la responsabilité de soi pour ces enfants, et aux principes éducatifs (égalitaires ?) qu’elle révèle, alors que les principes qui fondent tous les projets éducatifs sont l’apprentissage de l’autonomie et le développement de l’estime de soi.
      C’est parce que cet instructeur a mis les enfants en boites, selon leur sexe, qu’il ne leur a pas dispensé le même apprentissage. Il a prédéfini a priori leur rôle/devoir et ce dont ils étaient capables, en fonction de leur sexe. C’est cela, les stérétotypes : scotcher des images aux personnes qu’on ne connaît pas, sur ce qu’elles veulent, ce qu’elles, sont, ce dont elles sont capables…. Et cela nuit au développement de leur personnalité, comme à celui de leurs potentiel. C’est du gâchis, et de la souffrance.
      Alors dénoncer les campagnes de pubs et les produits qui enferment les personnes dans des boites, c’est majeur.

  5. Ayasumi dit :

    Bonjour,

    je pense qu’il est bien important de comprendre que quand on souhaite lutter contre les stéréotypes, on ne souhaite nullement que tout le monde soit identique (égale ne signifie pas identique!) On souhaite le libre choix à chacun de pouvoir, indépendamment de son sexe, jouer à la poupée ou au camion (lors de l’achat d’un premier jeu pour les enfants ce sont les parents qui choisissent, un enfant de 6 mois peut-il sincèrement dire ses préférences ???) de devenir sage-femme ou mathématicien-ne etc. Bien sur il y a des codes sociaux (les normes) qui font que les hommes et les garçons ne sont pas prêt de porter des jupes, mais a-t-on besoin d’une jupe pour être compréhensif-ve, attentionné-e, empathique ??? a-t-on besoin de cheveux longs pour ça ??? NON !!!! et inutile également d’avoir un les cheveux courts et des muscles saillants pour comprendre les fonctionnements mécaniques d’une machines ou d’un véhicule !!!
    Donc on ne souhaitera jamais que tout le monde soit identique avec les même compétences, les mêmes qualités et les mêmes défauts et les mêmes costumes, mais on souhaite que ces compétences, ces qualités et ces défauts (et ces costumes aussi pourquoi pas ) ne soit pas liés à un organe sexuel comme c’est le cas encore beaucoup aujourd’hui !

Un truc à dire ?