La grande peur des bien insignifiants

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« Moi j’ai besoin qu’il se passe des trucs… »

« Quels trucs? »

« Je sais pas.. des trucs… »

Si on les écoute, les français et françaises sont absolument terrorisés par le quotidien et sa « banalité » et totalement angoissés par la « routine » et le « train train ».

Bien sûr, parallèlement à cela, ils rêvent quasiment tous d’être fonctionnaires, hurlent à la mort si on leur parle de « flexibilité » au travail, avortent à la moindre « grossesse non programmée », tombent en dépression si on les change de bureau et saisissent la cour européenne des droits de l’homme lorsqu’on prétend les faire déménager de 250 kilomètres pour conserver leur emploi…

Mais point de mauvais esprit, car c’est essentiellement dans leur « vie intime », sentimentale et conjugale, qu’ils prétendent détester le « poids des habitudes » et la répétition des jours identiques. C’est d’ailleurs ainsi que Monsieur justifie de se tirer la nouille devant internet et Madame de fricoter avec des collègues à la machine à café (et à l’hôtel Formule 1 si affinités…): pour échapper à cette fameuse « banalité du quotidien »!

Il est vrai que l’obsession sexuelle et l’adultère sont choses rares et d’une folle originalité! L’aventure à la portée des caniches en quelque sorte…

Enfin bref, ils se disent accablés par la « quotidienneté » et prennent prétexte de celle-ci pour prétendre « inéluctable », « inévitable » l’usure du couple et donc tous les écarts qu’ils se permettent au nom de celle-ci.

Et bien moi, voyez-vous, je ne suis pas d’accord, mais pas d’accord du tout, avec cette vision des choses. Je ne crois pas qu’il y ait une quelconque fatalité à sa faire chier au bout d’un certain temps avec son homme et à y pallier en se réinventant une vie sur internet ou en se faisant culbuter par d’improbables crétins, histoire de se prouver je ne sais trop quoi…

D’ailleurs une fois établi le constat que, la libido des mâles étant ce qu’elle est, n’importe quelle fille, même acéphale, grosse et disgracieuse, peut se faire punaiser, si elle désire, par un mec différent tous les jours, il paraitrait judicieux de relativiser les mérites du « Donjuanisme féminin » en terme d’ego, d’orgueil et de satisfaction du Moi. Mais bon, ceci est un autre problème, revenons à notre couple et à notre enfer du quotidien…

Bine sûr, pour échapper à la prétendue « malédiction conjugale », il faut, à la base, deux ou trois éléments.

Déjà, il faut avoir bien choisi « l’autre » et l’aimer vraiment. Ca paraît sans doute un peu concon-naïf comme phrase mais je l’assume et je vous emmerde (en toute amitié bien sûr). Disons, pour expliciter légèrement le propos, que dans l’optique d’une relation saine et durable, il est préférable d’aimer son homme plutôt que de s’aimer à travers à lui parce qu’il a une belle gueule, un petit cul bien ferme, une situation avantageuse ou un compte en banque fourni et qu’il est donc un « attribut social » des plus flatteurs. Dans un autre genre, il est tout aussi difficile d’imaginer le temps qui passe avec quelqu’un avec lequel on s’est « casé » par dépit, parce que l’horloge hormonale sonnait minuit Docteur Schweitzer, pour rassurer ses parents, pour faire taire ses « copines » ou pour échapper aux commentaires et interrogations que tous ces gens « si humains, gentils et tolérants » ne manquent jamais d’adresser aux célibataires un tant soit peu tardifs.

Bref un conjoint ne doit être ni une parure ni une béquille.

On nous baratine suffisamment avec le fait qu’aujourd’hui, contrairement à l’atroce temps des « mariages arrangés », nous « avons le choix », alors faisons-en au moins de vrais!

Car ce n’est pas le « quotidien » en soi qui est accablant, c’est le quotidien passé avec un con ou un indifférent qui devient vite insupportable.

Le drame, c’est aussi de vouloir que votre homme vous « occupe », qu’il vous invente, GO de votre ennui journalier, des loisirs, des centres d’intérêts voir des passions que vous n’avez jamais eues. Incapable de vous désennuyer toute seule, vous finirez par reprocher à l’autre de ne pas y parvenir mieux que vous.

Au fond, la seule véritable malédiction du couple, c’est la médiocrité de ceux qui le composent car dans ce domaine l’addition de deux – ne donnent jamais un +.

Les zombies sans projets, sans foi, sans intériorité, sans aspirations, sans spiritualité, ne concevant une vie « excitante » que claquée sur les archétypes téléviso-people, sont donc en effet terrifiés par le quotidien qui n’est que le reflet perpétuel de leur vide personnel.

Mais les autres l’accueillent avec joie et humilité comme une nouvelle étape, calme ou tumultueuse, douce ou douloureuse, du grand combat et de la vaste construction qu’est la vie à deux quand elle n’est pas autistique et nombriliste mais le camp de base d’une expédition vers l’universel.

Sarah Brunel

 

5 commentaires pour "La grande peur des bien insignifiants"

  1. Sylviane dit :

    J’aime beaucoup la référence à Celine.

  2. Aloura dit :

    C’est quoi la référence à Céline ?

  3. Aloura dit :

    Ah, vous vouliez dire Bernanos ?

    > La grande peur des bien-pensants.

  4. LANDRY dit :

    Référence à la phrase de Céline : “L’amour c’est l’infini à la portée des caniches”

Un truc à dire ?