“20 ans” a 20 ans ! Vive “20 ans”

20 ans belle et rebelle

« 20 Ans », le magazine punk pour les jeunes filles

Je dois bien l’avouer, je n’ai pas une grande sympathie pour la presse féminine en général. Je ne sais pas vous, mais moi en tout cas, j’ai quasiment arrêté de la lire. Il m’arrive quand même de faire une exception de temps en temps, si je me trouve dans une salle d’attente ou bien si j’ai un train à prendre, mais ça s’arrête là. A part ça, il est devenu très rare qu’un magazine féminin me tombe entre les mains. Il faut dire que j’ai vite tendance à être agacée par le côté catalogue publicitaire déguisé de la chose. Et puis, en lisant un magazine féminin, j’ai toujours la désagréable impression de sous-traiter mon temps de cerveau disponible cher à Patrick Le Lay aux annonceurs, ces docteurs Mabuse de la pub qui n’ont pas leur pareil pour réveiller la pouffe frustrée qui sommeille en chacune de nous. Donc, en règle générale, j’essaie de ne pas céder aux sirènes des magazines féminins, à leurs it-bags et autres must-haves de la saison, à leurs conseils sur le dernier régime à la mode, histoire de me préserver. Et puis, de toute façon, pour ce qui est du contenu rédactionnel, il faut bien l’avouer, on frôle en règle générale l’indigence franchement blessante pour la lectrice. Mais bon, si je joue les blasées, c’est surtout parce que j’ai le souvenir précis de ce que peut-être un magazine féminin à son meilleur niveau, et c’est justement l’objet de cet article.

« 20 Ans », le journal franc-tireur de la presse féminine

Dans les années 90, les jeunes filles de l’époque dont je faisais partie avaient la chance extraordinaire de pouvoir lire un magazine qui, contrairement à aujourd’hui, ne se proposait pas pour fin ultime de faire de vous une quiche lobotomisée et frustrée de la mastercard. Ce magazine, c’était « 20 Ans ». Comme vous le comprendrez vite au ton dithyrambique de cet article, j’étais fan et je le suis restée, tout comme de nombreuses trentenaires nostalgiques depuis la disparition du titre. Justement, une anthologie publiée récemment a eu l’idée de génie de retracer la grande époque de 20 Ans. De 1992 à 2003, pendant un peu plus d’une dizaine d’années donc, une équipe de journalistes, largement masculine au demeurant, s’est ainsi employée à dynamiter les codes de la presse féminine, comme ça, l’air de rien. Une aventure éditoriale hors du commun, pilotée par des rédacteurs à la plume acérée et talentueuse, sous la houlette d’Isabelle Chazot, la rédactrice en chef. Dans les colonnes du journal, on pouvait ainsi retrouver les contributions du sociologue Alain Soral, qui donnait libre cours à ses obsessions marxisantes (avec par exemple l’article de 1999 intitulé « Le marxisme expliqué aux jeunes filles ») ou bien encore Simon Liberati, prix de Flore en 2009 pour son roman « L’Hyper Justine », pour ne citer que les plus connus.

Difficile de résumer l’esprit « 20 Ans » tant ce magazine était anticonformiste et novateur, et à vrai dire, sans équivalent aucun dans la presse. C’était avant tout un fatras hétéroclite et brillant, ou, à côté des traditionnelles pages mode et beauté, on pouvait trouver une interview du philosophe Michel Clouscard, invité à s’exprimer sur la place de la femme dans la société, ou bien encore de Michel Houellebecq, venu parler des « nouveaux pauvres du libéralisme sexuel ». « 20 Ans » a d’ailleurs été l’un des premiers à s’intéresser à lui, à l’époque de la sortie d’«Extension du domaine de la lutte ». Sa proximité avec la rédaction était d’ailleurs telle qu’Isabelle Chazot a été immortalisée par l’écrivain sous les traits d’un personnage dans « La Possibilité d’une île ». Vous l’aurez compris, rien de conventionnel pour un journal féminin, comme je vous le disais donc.

Descentes dans les tréfonds de la psyché masculine

Mais « 20 Ans » n’était bien sûr pas qu’un journal intello, capable quand même de parler de Pascal ou de Charlie Parker, d’actionnisme viennois ou de Lautréamont. Non, l’intérêt résidait aussi dans le talent certain des rédacteurs à épingler les travers des mecs, à débusquer les tocards en tous genre, comme le vidéaste amateur, le beauf pointu et autres chacals vicieux. Tout un tas de conseils aussi pour mener les mecs à la trique, d’autant plus précieux qu’ils étaient donnés par des hommes, le tout servi avec une intelligence féroce doublée d’un humour ravageur. Mais bon, je vous rassure, les filles en prenaient aussi pour leur grade et nos névroses diverses et variées étaient passées au crible de la rédaction. (voir l’article « la femme est-elle une hyène pour la femme ? »)

Exigeant, sensible et intelligent, « 20 Ans » était un magazine qui tenait la lectrice en haute estime et tentait de faire de nous des jeunes filles modernes et averties. Une sorte de grand frère qui distillait son savoir et son expérience de la vie avec bienveillance et c’était bien pratique quand on était encore au lycée. Pour toutes ces raisons, « 20 Ans » est devenu culte. Évidemment, les meilleures choses ayant toujours une fin, le titre a été vendu en 2003 et les annonceurs ont commencé à imposer leurs exigences. Isabelle Chazot a quitté la rédaction pour d’autres horizons journalistiques.

L’anthologie coordonnée par Marie Barbier mêle des témoignages des rédacteurs avec des articles particulièrement représentatifs de l’esprit « 20 Ans ». Vous l’aurez compris, je ne peux que vous encourager à la lire, vous passerez vraiment un bon moment, alors, précipitez vous !

“20 Ans, Je hais les jeunes filles, une anthologie”, éditions rue Fromentin

Aurélie Gillot

4 commentaires pour "“20 ans” a 20 ans ! Vive “20 ans”"

  1. 20 ans !!!! dit :

    J’ai longtemps été abonnée à ce magazine et c’est vraiment génial de voir une autre fan ! 20 ans m’a permis de me structurer en tant que femme, et je dirais même plus, 20 ans m’a donné la chance de découvrir des pans entiers de la littérature et de la sociologie. C’était un vrai magazine féminin intelligent, il nous manque !

  2. Artémis dit :

    Un journal qui parlait de Pascal, d’actionnisme viennois, ou d’Isidore Ducasse ? Je regrette beaucoup de ne pas avoir eu 20 ans plus tôt et de ne jamais être tombée sur ce magazine…

  3. Mon mag préféré dit :

    Que de souvenirs ! Merci de me remémorer ces bons moments et ces tranches de rigolades. 20 ans revient

  4. Luc hebrard dit :

    TOUJOURS LES MEMES HISTOIRES
    VOUS ne pouvez pas vous tromper ,dans ces magazine il n’y a rien de nouveau .DEPUIS………..
    LE PRINTEMPS ,les nouvelles tendances (blablabla)
    L’ ETE ,comment bien bronzer (blablablabla )
    L’AUTOMNE ,comment prepare la rentrée en achetant un max de choses inutiles (blablabla )
    L’HIVER oh lala ! il neige (blablabla )
    Gardez 4 magazines et relisez les d’années en années c’est toujours les mèmes sujets .
    MAIS JAMAIS DE SUJETS SUR LA GALERE DES FEMMES QUI DOIVENT LES JOURS DE GREVES SE DEBROUILLER POUR AMENER LES ENFANTS A LA CRECHE ,etc ;;;
    JAMAIS DE SUJETS SUR LES PARENTS QUI HEBERGENT LEURS ENFANTS ET PETITS ENFANTS FAUTE DE LOGEMENTS ,PUISQUE LA PROIRITE EST DONNEE AILLEUR’ enfin bon je ne vais pas rabacher ce que tout le monde PENSE TOUT BAS.
    De toutes façons tous ces magazines appartiennent aux mèmes groupes ‘ BIEN PENSANTS .AUCUN ESSPOIR DE CE COTE LA FAUT PAS REVER…………………………$$$
    ABIENTOT

Un truc à dire ?