Tranche de vie autour de tranches de bœuf

tranche de vie et tranche de boeuf belle et rebelle

Le Halal on en parle beaucoup, on en parle souvent, c’est un sujet qui fait débat à tel point qu’exhiber son amour du cochon devient, en négatif, un marqueur identitaire, une façon de dire que non, l’Islam c’est pas pour moi, moi ce que j’aime c’est le cochon.

Au-delà de la progression faramineuse du halal dans les linéaires et donc bien au-delà d’une simple opposition par principe à un mode d’abattage non chrétien, de tradition non européenne, il y a l’aspect éthique et moral. A l’heure où le végétarisme progresse, où certains écrivent des livres pour se demander si humainement et moralement c’est vraiment cool et sympa de manger les animaux, avouez que l’égorgement à vif dans d’effroyables douleurs fait un peu tache.

A l’heure où on interdit la burqa, où des pétitions et des protestations se lèvent contre les constructions de centres cultuels musulmans, d’écoles privées coraniques et de minarets, la proportion grandissante de produits certifiés halal dans les supermarchés me semble malvenue, d’autant que ces produits ont nécessité le paiement d’une taxe auprès de la mosquée certificatrice – taxe bien évidemment répercutée sur le prix de vente final au consommateur. Reconnaissons, en outre, qu’en période de baisse du niveau de vie et de hausse du prix des matières premières et des produits alimentaires, cette taxe qui ne dit pas son nom, puisque cachée au consommateur, est pour le moins cocasse.

Tiens, voilà du cochon !

A l’exception des marques musulmanes dont le marketing s’appuie sur le caractère halal de leur produits, peu de grandes marques osent nous dire qu’en raison de leurs exigences de réductions des pertes, leur volonté d’augmenter les profits, leur circuits de production et distributions globalisés et mondialisés, une grande parie de la viande que nous consommons tous est halal sans que nous le sachions et sans que cela soit indiqué sur les emballages pas même en tout petit.

Donc oui, on sait que le halal c’est mal et que c’est pas un truc d’européens. Mais la plupart du temps, ça reste assez théorique et assez indolore. On sait qu’on en mange presque quotidiennement mais en l’absence d’un étiquetage mentionnant le mode d’abattage on n’a pas trop le choix, on est condamnés à l’ignorance.

A ce sujet, il m’est arrivé hier une bien fâcheuse histoire.

Rentrant du travail épuisée, je me sentis foudroyée par une subite anémie, mon corps et mon esprit se mirent à réclamer avec insistance de la viande rouge, l’envie de carpaccio de bœuf (et oui c’est comme ça, certaines ont d’irrépressibles envies de fraises moi c’est le carpaccio!) m’obséda jusqu’à ce que je me retrouve devant le Casino en face de chez moi.  Je n’aime pas trop les supermarchés, et encore moins Casino dont les prix sont exorbitants, mais pour trouver du carpaccio à cette heure-ci, en face de chez moi qui plus est…

Adieu veaux, vaches, cochons

Je m’engouffre dans ce temple de la consommation et cours jusqu’au rayon viande libre-service. Je cherche le carpaccio, je cherche, je cherche,…, et je ne trouve pas, pourtant vous pouvez me croire compte tenue de ma frénésie actuelle de viande crue je le connais bien ce rayon!

Là je m’arrête, je me calme un instant et je m’aperçois que le rayon a salement opéré un relooking de printemps. Adieu veaux, vaches, cochons. Plus d’entrecôtes, plus de jambonneaux sous vide, plus de porc, plus de carpaccio…

Non, à la place on trouve les invendus de Noël que Casino a essayé de nous refourguer à l’occasion des fêtes de Pâques: poularde farcie aux marrons et au foie gras, dinde aux raisins et au foie gras accompagnée d’une compotée de potimarons (et là on se dit que c’est vachement pascal comme menu!).

A la place on trouve aussi une tripotée de produits prêt-à-l’emploi comme le veut cette dégueulasse mode du « snacking », véritable fabrique à obèses et à diabétiques de type 2.

On trouve aussi de la viande mondialisée, cette viande sans saveur adaptée aux palais du monde entier dont le goût d’hormone est masqué par une flopée d’épices, de panure et d’aromates (ailes de poulet de batterie saveur tex-mex, hot-dogs, merguez, fajita, kebab tout-prêt, filet de dinde au curry), dont la piètre qualité est déguisée par un procédé de fabrication fait de hachage-agglomération-recomposition (nuggets, viande hachée carrée ou ovale), et  où le marketing fait le produit et explique aussi le surcoût de ces produits (Charal Kid: c’est de la viande hachée en forme d’anneaux, parce que les gamins, c’est bien connu, ils ne peuvent pas manger un steak normal, non, ils leur faut un steak en anneaux, ben voyons!).

Devant moi, des mètres de mets bobo-tolérants et musulmano-compatibles: plus de porc mais de la volaille et du bœuf, des saveurs exotiques et épicées, de la djeuns’food un brin régressive à manger avec les doigts et à réchauffer 30 secondes au micro-ondes.

Finger food et plus encore

Et au milieu de tous ces produits que ne renierait pas Ronald Mac Donald, j’aperçois tout nouveau tout beau, à la place exacte ou se trouvait normalement mon carpaccio, un rayon halal !!! Du poulet blanc Wassila, des escalopes de dinde Royal Halal, de la viande à kebab et de la sauce blanche, etc…, je vous passe les détails. Alors oui, peut-être me direz-vous qu’il ne faut pas être naïve, que les réseaux de la boucherie industrielle et de la grande distribution étant ce qu’ils sont, il se pourrait bien que mon carpaccio Charal soit de toute façon de la viande halal, certes, sauf que là, de carpaccio il n’y en a plus du tout !

Un constat s’impose : la substitution de population se fait doublement par les ventres. Par la démographie certes, mais aussi par la modification de nos goûts alimentaires, de notre façon de cuisiner ou de ne plus cuisiner qui en dit long sur l’état d’une société déracinée et tertiarisée, affaiblie dans ses marqueurs civilisationnels et culturels forts que sont les traditions culinaires. Dis-moi ce que tu mets dans ton caddy, je te dirais qui tu es!

Le halal, ça reste théorique jusqu’à ce que, non content d’investir sournoisement nos caddy, il se met à prendre la place d’autres produits, à l’instar de la religion dont il procède qui, incapable de trouver sa place et de cohabiter en bonne intelligence avec son environnement ne doit son développement qu’à l’écrasement et à la soumission de ce qui est autre et différent, c’est-à-dire nous.

Choquée par ce linéaire nouvelle génération, très « France d’après », j’alpague une manager :

« Le rayon halal il est nouveau ? »

« Heu… non, non…, il est là depuis quelques temps… »

« Pourtant il n’était pas là quand je suis venue en début de mois »

« Heu…oui…heu…ça fait quelques semaines qu’il est là »

« Donc je suppose que c’est pour ça que vous ne vendez plus de carpaccio, les rayons n’étant pas extensibles, il a fallut faire des choix ?! »

« Heu…oui…ça doit être ça… »

Visiblement la manager est gênée et n’ose pas assumer les nouveaux choix du magasin, peut-être a-t-elle aussi conscience de l’impact que ce genre de politique commerciale peut avoir sur les clients non-musulmans. Inutile de vous dire qu’avec ce nouveau rayon, la clientèle s’est effectivement modifiée, la proportion de consommateur musulmans devenant plus importante…

Et avec ceci pour la petite dame ?

A ce moment là, je vous l’avoue, j’ai mal agit, au lieu de partir en claquant des talons sous les yeux de la manager, je suis restée, par faiblesse, par fatigue, parce que j’avais faim. J’ai acheté un carpaccio de saumon, une bière, une tablette de chocolat plus un ou deux trucs inutiles, sucrés, chimiques et caloriques afin de faire passer ma frustration.

Bilan : j’ai presque rien dans le caddy, pas de quoi faire plus qu’un repas avec ce que j’ai acheté et pourtant la caisse automatique me réclame 15 euros ! Je trouve ça cher mais heureusement cet achat m’a fait gagner 5 points S’Miles sur ma carte de fidélité Casino. A ce rythme, il ne me manque plus que 6995 points, soit approximativement 20985 euros d’achat au total, pour pouvoir m’offrir la nouvelle Nescafé Dolce Gusto Piccolo.

Je rentre chez moi, épuisée et écœurée, je n’ai plus faim. Bonne nuit !

Emmanuelle d’Havrincourt

7 commentaires pour "Tranche de vie autour de tranches de bœuf"

  1. Isaure dit :

    Merci pour cet article. Si seulement ça pouvait aider les gens à prendre conscience de ce qu’ils achètent ! On mange tous halal et casher sans le savoir et en plus on paie une taxe aux mosquées… Ça devrait suffire à faire frémir d’horreur tous ceux qui sont un minimum attachés à la laïcité! Sans parler de la souffrance animale! C’est une ENORME régression du point de vue du droit des animaux de ne pas être étourdi avant l’abattage. Moi, j’ai l’estomac sensible, je digère pas ce genre d’agonies. Du coup, j’ai arrêté de manger de la viande. Au moins je sais que je ne mange pas halal et je n’ai pas des kilos de souffrances animales sur la conscience. Franchement, sans regrets!

  2. Yves dit :

    Bonne chute !

  3. Freya dit :

    Très bon article. Je me désespère également de cet évolution. Etant Païenne et Française, autant dire que le cochon, c’est culturel pour moi. Pas spécialement grosse mangeuse de viande, j’en mange de temps en temps, quoi qu’il en soit une bonne charcuterie une fois par mois ou une bonne cote de porc, c’est pour moi les bases de mes origines et de mes traditions. Sauf qu’alors que les autres revendiquent leur droit de revendiquer leurs origines, d’être fiers de leurs origines etc etc, nous français, on a surtout de plus en plus le droit de poliment bien fermer notre gueule. Se revendiquer Français et mangeur de porc, c’est mal vu, c’est même très mal vu alors se positionner contre la prolifération de la viande religieusement hallal qui, on s’en inquiète et ça peut se comprendre, risque d’un jour être plus nombreuse que la viande non hallal, alors là, on serait presque bons pour la corde ou la lapidation…

    A Aix en Provence par exemple, un vendeur corse qui vendait de la charcuterie corse dans un stand de la galerie a failli se faire dégager parce que les clients, en majorité musulmans puisque le Géant est situé das une ZAC, ont fait scandale parce qu’ils ne “supportaient pas d’avoir dans les narines l’odeur de sa charcuterie au porc”, j’étais soufflée… Sans compter les nombreuses cantines dans lesquelles ont carrément été supprimé le porc des menus pour plaire aux mamans musulmanes… Mais où est ce qu’on va là, c’est une insulte aux autres religion, mono ou poly, et une insulte à la laïcité. Pour tout ce qu’on entends beaucoup de musulmans cracher ouvertement sur les juifs en se revendiquant “anti sionistes”, moi jusqu’à maintenant j’ai jamais vu de rayon casher dans aucune des enseigne où je fais mes courses et on a jamais vu un seul juif demander la suppression de certains aliment au nom de la religion. Je ne suis pas pro juifs, je précises, que ce ne soit pas mal interprété.

  4. Lycia dit :

    Je pense sans trop m’avancer, que la teneur de mon commentaire sera certainement fustigée par les personnes affiliées à ce blog…
    Mais, puisque tout comme vous, je suis Française et fière des valeurs universelles que cette république a instituée et qui rappelons le, sont : Liberté, Egalité, Fraternité.
    Je me vois, dans l’obligation de vous rappeler à tous et plus particulièrement à l’auteur de ce pamphlet protectionniste, que la France n’est plus celle du 19e ou 20e siècle.
    Que depuis, la mondialisation est devenue une réalité incontournable et que surtout, rappelons le, ces hommes et femmes qui mangent halal, sont tout aussi français que vous, pour la plupart!
    Le droit du sol est un principe institué par notre belle et “commune” république depuis sa naissance, autrement dit depuis la Révolution Française.
    La pluriculture n’est pas une atteinte à la culture française mais bel et bien, une pierre de plus à son édifice,ne vous en déplaise!
    Il ne s’agit plus desormais de décrier une immigration massive ( voulue par ailleurs en son temps par notre gouvernement) ou une quelconque perte d’identité nationale mais plutôt d’apprendre à considérer avec bienveillance cette 2e,voir 3e génération d’enfants d’immigrés, né sur le sol Français, scolarisés par la france, travaillant pour son système et se sentant résolument Français!
    Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il s’agit là d’une utopie car je suis de cela, comme beaucoup de français de ma génération.
    On ne peut décemment pas prétendre aimer la France tout en rejetant avec autant de véhemence une partie de sa population, de ses us et coutumes.
    Eriger comme argument suprême la perte de notre identité nationale au bénéfice d’une “orientalisation” de la France est une héresie patriotique, fondée sur l’idée que “l’autre” s’il est différent est fondamentalement mauvais et nocif.
    Or la pluriculture Française est une réalité exponentielle avec laquelle il faut apprendre à combiner si l’on prétend être garant des valeurs citées ci dessus (les 3 mois qui terminent en té et qui constituent à eux seuls, la base de notre patriotisme) ou alors il faut assumer ses propres contradictions et devenir apatride.
    Pour finir et afin d’en revenir à des considérations plus pragmatiques ( il s’agissait à la base de carpaccio rappelons le…).
    Je ne mange pas que de la viande hallal mais mon boucher lui, ne fait que ça.
    Sa viande est de trés bonne qualité, il me donne toujours de trés bons conseils pour choisir les pièces de mon boeuf/carottes ou de ma blanquette de veau et (petit message personnel à l’auteur de ce blog) il vend un carpaccio qui est à tomber par terre.
    J’allais oublier, je n’ai pas trouvé dans toute ma ville un boucher plus interressant niveau qualité/prix!
    Tout comme il m’arrive fréquement lorsque je recois des amis d’aller chez le traiteur Italien acheter de la charcuterie pour l’apèro, bien que je ne consomme pas de porc moi même.
    Je souhaite ajouter à l’attention des phobiques de l’islam, que je ne suis absolument et résolument pas religieuse, mon père est de confession musulmane certes, mais il a épousé une Tchéque orthodoxe qui est ma mère et j’ai été élevée dans l’amour, le respect de mon pays, la liberté d’être qui je suis et tout ça sur le sol Français.
    Certes, je ne mange pas de porc, mais c’est une question de gout et pas de culte.
    En revanche, j’aime le bon vin et les bons fromages de nos régions qui sont, sans conteste les meilleurs au monde…Tout comme je suis aux anges lorsque je mange le couscous de ma grand mère, qui est lui aussi, sans conteste, le meilleur au monde…et que je bois bien volontiers, avec un bon bourgogne qu’il soit, passe tout grains ou alligoté!
    Il faut avoir l’intelligence de vivre avec son temps et pas seulement de réagir aux mutations du monde par un conservatisme forcené qui ne genere finalement que plus de tensions et de discordances entre nous, enfants d’une même et seule patrie.
    Ceci est un message de paix et de tolerance pour le droit à nos differences.
    Je doute qu’il est sa place sur ce blog, ni même que l’auteur lui laisse l’opportunité d’être lu par d’autres qu’elle.
    C’est un fait, la pensée unique et l’endoctrinement n’est pas un privilège réservé au culte musulman,loin s’en faut!
    L’intolerance ne souffre d’aucune couleur, religion ou opinion politique.
    A bon entendeur.

  5. Katy dit :

    De toute façon, la viande, halal ou pas, c’est dégueulasse, inhumain, pas éthique, mauvais pour la santé, pour la planète, pour l’équilibre psychique des gens qui travaillent dans les abattoirs, etc.
    Donc, musulman ou chrétien, tant que ça bouffe de la chaire morte (bourrée d’antibiotiques dans la plupart des cas), ça se vaut!

  6. Piero Canova dit :

    Voici un site pour éclairer le débat http://vigilancehallal.com/

Un truc à dire ?