Thor, le film que je n’irai pas voir

thor belle et rebelle

Je fréquente assez peu les salles obscures. Par principe, je trouve que demander presque 10 euros pour permettre aux gens de voir 1h30 de film frise l’escroquerie et à contribuer à faire du cinéma-loisir populaire un loisir pour gens aisés.

Parce que oui, pour une sortie ciné en famille, comptez 35 euros au bas mot pour un divertissement pas toujours de qualité. Pour autant, je me tiens au courant des sorties de films des fois qu’une bande-annonce retiendrait mon attention et me semblerait sortir du lot…

Ce fut le cas avec le film Thor.

L’affiche a suscité ma curiosité : un bel homme en armure avec une cape rouge, un marteau iridescent et cette phrase énigmatique : « Le courage est immortel ».

N’ayant pas lu la BD, je m’attendais à de l’héroic-fantasy pure et dure, un genre de Seigneur des Anneaux version Ragnarök, un mélange épique d’héroïsme et d’onirisme, le tout saupoudré de courage, d’exaltation des valeurs guerrières, d’attachement à un certain nombre de vertus telles que l’obéissance filiale, le sens du devoir, l’attachement aux traditions, à une terre, à un clan…

Avant d’acheter ma place à 12 euros spécial technologie Imax avec les lunettes 3D, je fais un tour sur youtube, histoire de voir la bande-annonce.

Raboule l’artiche !

Alors déjà, la bande-annonce sent la méga-grosse production hollywoodienne à plein nez. Vous me direz, cela ne signifie pas automatiquement que le film sera mauvais,  j’en veux pour preuve la kyrielle de petits films d’art et d’essai « intimistes » qui nous prouvent chaque année aux Césars que l’indigence (feinte ou  non) des moyens n’est pas systématiquement gage de qualité.

Les effets spéciaux m’ont l’air a priori plutôt pas mal ; des décors qui visiblement tiennent la route, un thème intéressant (la mythologie nordique), un acteur principal dans le rôle de Thor à se damner, mais aussi, un synopsis qui à première vue pêche un peu.

En effet, première surprise, l’histoire nous conte les mésaventures du dieu Thor, puni par son père pour son arrogance et banni sur la terre. Il se retrouve donc propulsé quelque part aux États-Unis où il rencontre Natalie Portman (omniprésente ces temps-ci). Sa rencontre avec l’Amérique moderne me laisse craindre de gros gags pas bien fins dans la veine des Visiteurs.

Du visionnage de la bande-annonce on comprend que des monstres envahissent la terre (!). De ce que j’en ai supposé et déduit, c’est en sauvant la terre et les innocents que Thor acquerra la maturité, deviendra un héros et gagnera le droit de rentrer sur Asgard.

Mouais… bon, admettons

Le synopsis me laisse extrêmement sceptique. Quelque chose me laisse prévoir que la fin est sans doute prévisible. J’imagine que Thor va réussir à occire les méchants envahisseurs, sauver les hommes innocents et se faire la Portman en prime, ou quelque chose dans ce goût-là.

Par curiosité, je fais un petit tour du coté des critiques de la presse. J’y trouve des perles de méchancetés, petit florilège des critiques assassines :

« Pour faire simple : Thor, c’est deux séquences d’action et demi, et beaucoup de parlotte. » Filmsactu

« (..) On se contentera d’une œuvre bipolaire : passionnante dans l’enceinte d’Asgard et fainéante sur Terre. Kenneth Branagh avait bel et bien la tête au céleste. Tant pis pour le reste. (…) Le plus shakespearien des réalisateurs a seulement mis son immense talent dans un film récréation qui manque d’envergure. » Excessif

Pour les Inrock c’est tout l’inverse, chiant au Ciel et intéressant sur la Terre :

« Deux films en un, donc. L’un, kitsch, pauvre, s’intéressant à la lutte pour le pouvoir, est un film négligé, désinvesti. (…) L’autre, sur la terre, est plus intéressant, plus drôle, les acteurs, moins embarrassés. Comme si Branagh avait davantage choyé cette partie-là. » Les Inrockuptibles

Question : Excessif et les Inrocks ont-ils vraiment vu le même film ?

« L’acteur et metteur en scène shakespearien Kenneth Branagh livre ce qui restera sans doute comme la plus laborieuse de toutes les versions cinématographiques du panthéon Marvel. Plus lourdingue que “Hulk”, moins drôle que “Daredevil”, plus macho qu’ “Iron Man”, moins mûr que “Spider-Man”, “Thor” n’est pas de bonne compagnie. » Le Monde

Un petit tour sur Allociné.fr permet toujours de se faire une petite idée du film en lisant les commentaires de ceux qui y sont déjà allé. Beaucoup de gens ont beaucoup aimé, un certain nombre ont détesté et sont sortis carrément déçus. Presque tous saluent la beauté des décors,  la réussite des visuels d’Asgard, le soin apporté aux costumes vikings, la très bonne performance du beau Chris Hemsworth dont l’époustouflante carrure a de quoi distraire et faire rêver.  En somme beaucoup de commentaires lénifiants du genre « Trop bien », « GÉNIAL », « A voir absolument », « époustouflant », …

Et au milieu de tout cela, les commentaires des mécontents qui malheureusement confirment mes craintes quand à l’utilité, l’originalité et la qualité du film:

« Le film n’est pas très fidèle à la mythologie nordique. L’histoire est prévisible (…). En bref; du cinéma américain pur et dur. »,

«  Je n’attendais pas grand-chose en allant voir Thor ….j’avais raison ! »,

« Désolé mais non. Les lecteur de Marvel me comprendront.»,

« un bémol particulier pour Nathalie Portman, peu convaincante en scientifique »,

« La première chose qui impressionne dans “Thor” et ce dès les premières minutes, c’est sa vacuité. »,

« Dernier-né de chez Marvel Productions, Thor est en fait un remake éhonté des Visiteurs, avec un Australien monolithique dans le rôle de Godefroy, et Nathalie Portman dans le rôle de “Béa”. Mais où est donc passé La Fripouille ? Commençons par ce qui fait le moins mal: le film repose en grande partie sur le fait que les super-héros sont tout bonnement ridicules. Après un prologue laborieux, Thor s’échoue lamentablement sur notre planète, bientôt rejoint par Xena la Guerrière, Robin des Bois, et Gimili : choc des galaxies, choc des civilisations. »

Pourtant j’hésitais encore un peu, n’ayant jamais lu de production des éditions Marvel, je ne risquais pas d’être déçue en faisant la comparaison avec les BD et puis apparemment les décors et paysages valaient le coup d’œil. Et même si je lis les critiques, j’apprécie également de me faire ma propre opinion. J’en étais là de mes réflexions, lorsqu’un détail de l’affiche me sauta aux yeux. Un homme de couleur, un noir plus exactement, vêtu d’une armure viking dorée. Diantre ! Mais qu’est-ce donc que cela ???

La polémique enfle

Un petit tour sur internet m’a appris qu’il s’agissait de Idris Elba qui interprète le rôle du Dieu Heimdall. Un peu perplexe et pas très calée en matière de panthéon nordique, je cherche sur internet qui est ce fameux Heimdall. Wikipédia me répond : il s’agirait du gardien du pont Bifröst (l’arc-en-ciel qui sépare Ásgard des mondes inférieurs) charger de souffler dans une corne afin de donner l’alerte si un danger menace Ásgard.

Plus loin, toujours sur Wikipédia, j’apprends que : « Un kenning est une figure de style propre à la poésie scandinave, qui consiste à remplacer un mot par une périphrase à valeur métaphorique. Un kenning pour Heimdall est « le dieu blanc ».

D’accord, donc pour parler en périphrase, comme la poésie scandinave, il faudrait dire qu’Idris Elba interprète le rôle du Dieu Blanc. Humm, humm…

Je continue mon exploration sur internet et j’apprends que ce film a fait polémique cet hiver au moment de sa sortie au États-Unis, certains critiquant vigoureusement le choix de cet acteur pour jour Heimdall. Il y a eu dans la presse française des échos de cette polémique et notamment Patrick Lozes, Président du CRAN dont le blog est hébergé sur le Nouvel Observateur et qui se demande benoîtement si « Un acteur noir peut-il interpréter un dieu nordique ? ».

Patrick a la réponse : « Il faudra peut-être leur demander comment ils savent que Dieu est blanc ! Il est peut-être noir après tout Dieu, non ? Qui peut démontrer le contraire ? Pourquoi Dieu serait-il forcément blanc ? Oui, les dieux fussent-ils scandinaves peuvent être interprétés par des acteurs noirs ! Encore heureux… »

Nous apprendrons donc aujourd’hui à Patrick l’existence et la signification du mot « anthropomorphisme », qui est l’attribution de caractéristiques comportementales ou morphologiques humaines à d’autres formes de vie, à des objets, voire à des idées. Typiquement, les panthéons mythologiques sont anthropomorphiques puisque les divinités sont représentées par des traits humains, ont des liens sociaux entre elles (mariage, filiation) et des traits de caractères qui leur sont propres et définissent leur personnalité (la jalousie d’Héra dans la mythologie grecque par exemple). Donc, non Monsieur Lozès, il y a fort peu de chances pour que les scandinaves d’antan qui ont crée leur panthéon à l’image de ce qui leur était familier aient pu représenter et concevoir le Dieu Heimdall sous les traits d’un homme de couleur. C’est sans doute bien triste à vos yeux mais c’est tout simplement impossible puisque les Scandinaves de cette époque n’avait probablement jamais vu de noirs de toute leur vie. C’est aussi simple que ça !

Alors oui, ce Monsieur Elba est probablement un bon acteur, cependant sa présence dans ce film ne reflète ni plus ni moins que les politiques de discriminations positives et de quotas ayant cours aux USA, ce brave Idriss remplissant dès lors le rôle du « noir de service », du « faire-valoir de la diversité », ce qui, convenons en, fait offense à ces talents d’acteur.

Sa présence dans ce film prouve également si besoin était, l’ancrage et la prégnance des idées mortifères et bien-pensantes à l’œuvre dans l’industrie du divertissement qui, en imposant Idriss Elba dans Thor s’attaque à une composante culturelle importante et spécifiques des sociétés du nord de l’Europe.

Faire jouer Heimdall par Idris Elba c’est aussi intelligent et aussi pertinent que de demander à Nicole Kidmann d’endosser le rôle de Shiva ou de demander à Léonardo Di caprio de jouer celui du dieu aztèque Quetzalcóatl. C’est pourtant à ce genre de non-sens que nous conduisent les volonté d’universalisme à la sauce gloubi-boulga-planétaire.

Pour résumer, Thor c’est : un thème mythologique dévoyé, une bluette interprétée par une starlette en vogue, des blagues de potaches,  des quotas ethniques made in America, un soupçon d’action et un zeste de fantastique. Mais, un dieu nordique joué par un Noir, c’est résolument un peu trop fantastique pour moi, donc, non, décidément, je n’irais pas voir ce film.

Emmanuelle d’Havrincourt

5 commentaires pour "Thor, le film que je n’irai pas voir"

  1. Coralie dit :

    Et pour confirmer: ce film est pourri.

    Heureusement que j’ai un statut d’étudiante et qu’il n’était pas en 3D dans ma ville sinon j’aurai payé une fortune pour une bouse.

    Heimdal reprèsente donc le quotas de l’immigration tout comme un des meilleurs amis de Thor Tadanobu Asano. Les deux dans le film choisissant d’être fidèle à Thor, de le servir et de l’aider à retrouver son marteau. A croire dans ce film qu’on ne peut pas être européen ET courageux…

  2. AXL dit :

    “A croire dans ce film qu’on ne peut pas être européen ET courageux…”

    En meme temps vu la gueule des européens d’aujjourd’hui, c’est peut-être pas complètement faux…

    • Coralie dit :

      Alors c’est quoi la solution?

      Sortir avec des extras-E?
      Continuer d’enfoncer nos compagnons ou au contraire les soutenir en mettant des hommes d’honneurs comme exemple? Après cela reste une production américaine bien pensante dont nous n’avons rien à attendre mais je suis sûre qu’il reste des hommes de valeurs dans nos rang qu’il faut arrêter de renier!

  3. malheur dit :

    Ah oui quel horreur. Je me souviens encore de Victor Hugo le métis joué par un Gérard de pardieu blanc comme un chti ….
    Et aussi Jésus le Nazaréen joué par de Mel Gibson ….

    décidément les réalisateurs ont du mal avec la mélanine

  4. toads dit :

    AXL

    18 mai 2011 à 13 h 34 min

    « A croire dans ce film qu’on ne peut pas être européen ET courageux… »

    En meme temps vu la gueule des européens d’aujjourd’hui, c’est peut-être pas complètement faux…

    Retournes lire l’article sur les sextoys dans Petasse magazine mèmère . Y’en a même des gros tout noirs s’tu veux .

Un truc à dire ?