Je vomis donc je suis.

je vomis donc je suis belle et rebelle

L’une des (nombreuses) grandes conquêtes du féminisme militant est sans aucun doute la progression exponentielle de l’éthylisme féminin. Comment j’ai gagné le droit de vomir par Sarah Brunel.

Au nom de quoi, en effet, n’aurions-nous pas le droit de nous bourrer la gueule comme des mecs, de nous défoncer comme des polonais et de finir la tête dans la cuvette des toilettes après une beuverie vraiment trop démentielle ? Au nom de quelle vision rétrograde et éthérée de la femme, devrions-nous faire preuve de plus de décence, de retenue et de dignité que les porteurs de couilles ?Rien, absolument rien, ne justifiait une telle différence de traitement face à l’alcoolisme et nous ne pouvons donc que nous réjouir de cette nouvelle égalité devant la nausée houblonneuse, la gueule de bois matinale et la future cirrhose. Déjà, à la fin des années 20 du siècle dernier, nous avions glorieusement conquis, sous la férule du père du marketing Edward Bernays, l’égalité devant les dents noirs et le cancer du poumon grâce aux suffragettes qui nous avaient vendu les cigarettes comme autant de « flambeaux de la liberté. » (Il parait d’ailleurs que, depuis lors, Philipp Morris et Tobacco United leur vouent un culte reconnaissant…).

Elle est des nôôôôtres !

Bref, aujourd’hui, nous pouvons joyeusement dégobiller nos entrailles le samedi soir comme n’importe quel crétin mâle en goguette, et nous en sommes bien heureuses. Il suffit d’ailleurs de se promener dans les rues de Paris à l’heure de la fermeture des estaminets pour constater, entre ombres titubantes, minijupes vautrées sur le trottoir et rires gras et hystériques, l’étendue du progrès accompli.

Bien sûr, des esprits chagrins pourront noter que s’il existe désormais une « égalité de moyens » devant l’alcool, on n’a pas encore réussi à établir une « égalité de conséquences ». En effet, malgré tous les efforts déployés pour instaurer l’indifférenciation sexuelle absolue, le fait de s’endormir ivre mort sur une banquette au fond d’un bar ou d’une boite de nuit n’a pas tout à fait les mêmes possibles conséquences pour le gros Charles que pour la petite Jessica. Idem pour le fait de faire du stop en état d’ébriété ou de se laisser aller à des propos scabreux ou suggestifs… Après, bien sûr, on pourra toujours, le lendemain, pleurnicher, geindre et conspuer les « salopards » et les « profiteurs »… Vous pensiez vous éclater, vous « lâcher », avec une bande de joyeux drilles dignes d’un sympathique corps de garde ? Vous étiez en fait entourée d’une bande de prédateurs en puissance, eux aussi désinhibés par l’alcool…

In vino veritas

C’est triste, c’est moche, c’est tout ce qu’on veut, mais c’est ainsi. On ne vit pas chez les bisounours. Et il faut être bien hypocrite pour prétendre, après coup (si je puis dire…), qu’on ne le savait pas.

Ainsi, après avoir, durant la soirée, mimé trois fois une fellation sur le goulot d’une bouteille de Desperados (il faut bien que jeunesse se passe…), on ne peut guère être étonnée d’être plutôt envisagée comme un bout de viande pour la nuit que comme une future épouse et mère, choyée et respectée (sachant qu’on est bien sûr tout à fait libre de préférer être perçue ainsi…).

Au fond, et si ne pas « boire comme un homme », au-delà des simples considérations de tenue et de bon goût, était simplement une façon de se protéger, de ne pas se mettre dans des situations qui, la nature humaine, et particulièrement masculine, étant ce qu’elle est, peuvent aisément déraper voir devenir totalement ingérables ?

A moins, bien entendu, que cela soit ce que l’on cherche, l’alcool et ses fameux « trous de mémoire » étant de merveilleux déculpabilisant et déresponsabilisant, permettant de mettre ses actes sur le compte d’une puissance « extérieure », « incontrôlable » et « anonyme ». Pourtant à moins d’avoir été saoulée de force à l’entonnoir, on est toujours responsables de ses actes et de ses agissements, l’alcool paraissant bien plus une circonstance aggravante plutôt qu’atténuante comme elle est pourtant généralement, et curieusement, perçue.

Sarah Brunel

 

 

2 commentaires pour "Je vomis donc je suis."

  1. Solveig dit :

    C’est exactement ça! Cette Sarah Brunel alors, quelle lucidité!

    Je me souviens à Lyon pendant la soirée du Beaujolais avoir croisé une fille qui sortait d’un bar avec un mec mal habillé, aux cheveux longs (mais ne faisons pas de stéréotype…) Plutôt choupinette cette fille en jupette et petit top..

    Le problème c’est que le beaujolais elle en avait tellement abusée, qu’elle n’arrivait plus à marcher. Elle s’assoie donc sur le trottoir, essayant de reprendre ses esprits… Ça ne marche pas vraiment et elle commence à gerber. Le mec voyant qu’il n’allait rien en tirer (façon de parler) l’abandonne sur son trottoir et se casse. Qu’elle gentlemen celui là: Comment prendre ses responsabilités à force de la saouler ça l’a saouler?

    La fille continue de se vomir dessus sans s’en rendre compte… Sa jolie jupe et son t-shirt ne sentent plus très bon. Elle fait un peu pitié, tellement que le videur du bar la fait rentré à nouveau pour la laisser sur une banquette sans doute voisine de celle qu’elle venait de quitter: retour dans l’arène…La suite, elle seule la sait si elle a le courage de s’en souvenir.

    Pour finir c’est tellement in d’être ivre maintenant: “oh je me suis bourrée la gueule ce we, et toi t’as fait quoi?” Moi… “je suis sortie dans un bar, il y avait ces filles complétements ivres qui ne se respectaient plus du tout, parlaient fort pour se donner un peu d’importance, et faire croire que leur vie était géniale pour au final être abandonnée sur un trottoir”… Tu vois ce que je veux dire?

  2. Agnès dit :

    Moi j’ai une collègue qui a vomit au travail un matin car elle n’avait pas dessaoulé (elle a quand même eu le temps d’arriver jusqu’aux toilettes). Elle avait déjà gerbé dans le métro. Son manager l’a gentiment renvoyée chez elle. En même temps, elle s’était bourrée la gueule la veille à une soirée boulot…

Un truc à dire ?