Exemple de goujaterie quotidienne

exemple de goujaterie quotidienne belle et rebelle

Je ne peux m’empêcher de vous raconter cette petite anecdote. C’est une histoire qui m’est arrivée il y a dix ans, alors que j’étais étudiante. Lisez jusqu’au bout, c’est assez incroyable.

Lorsque j’étais étudiante donc, je m’étais inscrite dans une agence d’intérim spécialisée dans le secteur tertiaire. Cela me permettait de gagner un peu d’argent sans trop empiéter sur mon cursus universitaire, les missions pouvant aller d’une demi-journée à plusieurs mois. Je faisais donc des petits boulots par-ci par-là : distribuer des prospectus, mettre des factures dans des enveloppes (oui oui j’ai fait ça une journée entière), rentrer des bons de commandes dans une base de données (c’était pour une marque de sous-vêtements, je n’en pouvais plus des culottes et des soutien-gorges)… Un jour, la personne qui suivait mon dossier à l’agence d’intérim me propose un super job pour juillet : un mois de secrétariat payé 1 500 Euros nets. Jamais de ma vie je n’avais gagné autant d’argent en si peu de temps. C’était à une heure de RER de chez moi mais les deux heures de transports quotidiennes ne me faisaient pas peur : je l’avais déjà fait pour beaucoup moins que ça.

J’arrive donc le jour de mon entretien, tirée à 4 épingles, dans cette entreprise spécialisée dans l’extraction d’hydrocarbures. La responsable m’avait prévenue : “attention c’est un milieu un peu macho”. Même pas peur, née dans une famille d’origine italienne composée quasi exclusivement de garçons, il m’en fallait plus pour m’impressionner. Je rencontre donc un monsieur qui me pose cette première question d’un air vraiment hautain : “pourquoi faites-vous du secrétariat alors que vous avez un bac+4 ?”. J’avoue avoir été un peu déconcertée par cette question tellement la réponse me semblait évidente : “pour me faire un peu d’argent pendant l’été”. C’est donc ce que je lui réponds. N’étant visiblement pas satisfait de ma réponse, il me demande alors pourquoi je ne fais pas un travail qui soit plus en adéquation avec mes études. Je lui explique donc que cela n’existe pas “juste pour un mois”, que les missions sont beaucoup plus longues et que je cherche du travail pour le mois de juillet. Visiblement peu convaincu, il me demande alors de taper une lettre sur ordinateur. Pas de problème, cette pratique étant assez courante effectivement et l’agence d’intérim m’ayant fait passé la même épreuve lors de mon inscription. Je m’attèle donc à la tâche. Ah zut, le clavier est en QWERTY, je n’ai pas l’habitude mais ce n’est pas grave, je ne dis rien et tape la lettre en me dépatouillant tant bien que mal avec ce satané clavier. Je laisse juste de côté le logo de la société en haut à gauche, car je n’ai pas l’image sous la main pour la coller dans le document, et généralement les entreprises utilisent du papier à en-tête pour imprimer (enfin à cette époque) ou bien le logo est directement dans l’en-tête du document. Ne voyant pas trop l’intérêt de perdre du temps à essayer de trouver quelle police et quelle couleur se rapprochent le mieux de ce logo, je me contente de taper le nom.

J’imprime donc la lettre et je la lui tend. Et là, il me regarde d’un air stupéfait avec un petit sourire en coin et il me dit : “mais où est le logo ?”. Complètement abasourdie par cette demande, je me lance alors dans mon explication : “et bien je pensais que…”. Et là, il me coupe d’un coup et me lance d’un ton exaspéré : “mais mademoiselle on ne vous demande pas de penser”. J’avoue que mon visage a du littéralement se décomposer après cette réflexion mais le monsieur avait visiblement l’air très content de lui et ses collègues aussi (oui parce qu’à ce moment-là, ils étaient 3 ou 4 à assister au massacre). “Sur ce mademoiselle, l’entretien est terminé” et il m’indique la sortie. Je sors alors sans rien dire.

Si cette même histoire m’arrivait maintenant, ma réaction serait totalement différente et je pense que je me gênerais pas pour lui dire ma façon de penser. Mais avec dix ans de moins et un caractère moins trempé, je me suis contentée de baisser la tête et de partir. Je m’en veux à l’heure actuelle car cette réaction a du clairement le faire jubiler. En sortant, je passe un coup de téléphone à la responsable de l’agence qui pousse un soupir et m’explique qu’elle n’est pas surprise. Il est vrai qu’elle m’avait dit une fois que mes quatre années d’étude serait un handicap plutôt qu’un atout pour ce genre de missions. Elle m’avoue alors qu’apparemment certains employeurs (hommes ou femmes) se sentiraient “menacés”. Menacés de quoi, j’aimerais bien le comprendre un jour.

“Mais mademoiselle, on ne vous demande pas de penser”

Agnès Pinson

3 commentaires pour "Exemple de goujaterie quotidienne"

  1. Solveig dit :

    Ah ah ah si DSK avait trainé dans le coin tu aurai pu te rattraper en sautant sur ses genoux…

  2. .A. dit :

    “Mais je pensais que…”
    “On ne vous demande pas de penser”. Qu’est-ce qu’on se marre, la blague classique du gros con, ça fait des années qu’elle circule, et c’est toujours chez les (vraiment très) gros cons.

  3. Rmine dit :

    Ooh ça me fait trop de peine… Y a vraiment des gens odieux, je comprends pas ce qu’il peut y avoir de drôle à humilier une jeune fille comme ça… :(

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