Entendu à Paris : Oraison funèbre de l’éducation

open space bureau de femmes

Un bureau de femmes libres et épanouies, à peu près toutes divorcées « Ah la liberté ! ».

L’open space permet d’édifiantes discussions qui me font hésiter entre éclater de rire, pleurer de désespoir et prendre mon sac à dos pour vivre en ermite dans une forêt très profonde où je pourrai peut-être voir passer un chevalier accompagné de son chien, de la mort et du diable…

- Oh là là, les girls, je ne sais pas quoi faire avec ma fille…

- Ben qu’est ce qui lui arrive ?

- Non, mais c’est fou, tous les mardis matin, elle râle qu’elle est fatiguée, faut dire qu’elle a une dure journée le lundi hein, alors je la laisse au lit et elle passe la journée à la maison. Bon, je me doute bien que c’est du pipeau, mais qu’est ce que vous voulez que je fasse ??

Il me faut une demi-seconde de réflexion et je tente une piqure de rappel d’un principe, que je sais pourtant du siècle dernier, l’autorité parentale…

- Mais pourquoi tu la force pas ? je tente avec un air faussement naïf.

- Ben attends, elle dort dans un lit superposé, si elle veut pas se lever, comment veux tu que je fasse ? Elle se lève pas! Mais je lui interdis de sortir dans la journée ensuite, quand même…

Traduction, ma pauvre fille, tu n’as pas d’enfants, mais ne t’inquiète pas pour moi, j’ai des principes.

- Non, mais je me fais du souci en général. Tu vois, elle a 7 de moyenne, bon non seulement, elle n’a aucune envie de faire quoi que ce soit comme métier dans sa vie à part voir ses amis. Et puis surtout, elle refuse de redoubler. Elle est en 3ème et elle va perdre ses amis sinon. Alors, elle déprime complètement à cause de ça, elle m’a même parlé de suicide si elle était séparée de ses potes. Elle voit pas la vie en rose quoi. Pourtant le week-end, ça va, tout va bien, elle sort en boîte et…

Pause. 14 ans ? en boîte ?

- Quand tu dis en boite, c’est vraiment en boite ou en boum de collégiens ?

- Ben non, t’es à Paris là ma grande! Elle sort en boite tous les week-end, je l’emmène, je reviens la chercher, et là, elle est vraiment heureuse tu vois, elle fait tout ce qu’elle veut, je comprends pas pourquoi elle déprime comme ça…

- …

- Je voudrais bien la punir pour qu’elle travaille un peu mieux en classe mais ma mère me dit que ca sert à rien !

- Enfin, leur montrer les limites, ça fait du bien parfois, non ? j’essaye de glisser entre les hochements de tête d’adhésion des collègues à la tolérance de la mère.

- Non, mais j’ai une idée pour qu’elle ne déprime pas en quittant ses amis. Je vais lui payer une année en Angleterre ! Ca sera sympa pour elle et avec ce nouveau cadre, elle se mettra peut-être à travailler !

Une collègue de s’exclamer :

- Mais c’est une super idée ! Ah oui, si elle se sent pas très bien en ce moment, c’est la solution parfaite !

- Oui mais ça coûte cher tu vois, alors j’ai appelé son père qui vit aux Seychelles depuis quelques années, pour qu’il me file de l’argent et tu sais pas ce qu’il a répondu ?

- Non ?!

- « Elle a qu’à mieux travailler à l’école ! » Non, mais tu te rends compte !

- C’est lamentable ces pères, soupire la collègue…

Je les regarde, incrédule. Personne ne me croira si je raconte que cette conversation a vraiment eu lieu. En une seule fois. Un sketch ? Je dirais plutôt l’oraison funèbre de l’éducation…

Mathilde Parsimperi

5 commentaires pour "Entendu à Paris : Oraison funèbre de l’éducation"

  1. wanderwonder dit :

    Ah damned…. rien à dire c’est très triste.
    La chose qui m’inquiète le plus c’est que sa fille n’ai pas d’autres passions dans la vie que de sortir en boite. Tu m’étonne quelle soit déprimée… Je pense qu’elle rattrapera son coup lorsqu’elle aura redoublé. Avec un regain d’autorité (venant des parents) et de la bonne volonté (elle doit apprendre ça toute seule), elle arrivera peut-être à atteindre la moyenne. Le coup du suicide, montre bien qu’elle est capricieuse et apte au chantage. Il faut quelle se prenne une claque, elle se remettra en questions seule. Un peu d’espoir…

  2. christophe dit :

    Excellent cet article !

  3. Protis dit :

    Cette conversation a VRAIMENT eu lieu???? J’ai du mal à y croire! Vous confirmez vraiment???!!
    C’est une conversation entre Parisiennes, je suppose?

  4. Mathilde Parsimperi dit :

    si, si!! je vous assure! Vous supposez juste Protis, c’est une conversation entre Parisiennes!

  5. Agnès dit :

    @ Protis : j’adore votre commentaire : “C’est une conversation entre Parisiennes, je suppose?”. Vous avez tout à fait raison, il n’y a que des névrosées de parisiennes pour avoir des conversations pareilles. Agnès (travailleuse parisienne et parisienne pendant 27 ans).

Un truc à dire ?