ELLE sur la planète Mars :: Par Gabrielle Cluzel

ELLE sur la planète Mars :: Par Gabrielle Cluzel

Depuis que j’accompagne mes aînés le mercredi chez l’orthodontiste et que je compulse scrupuleusement tout ce qui traîne sur la table de la salle d’attente, je suis hantée par une question : à quelle sorte de femme, venue de quelle sorte de planète, s’adresse désormais le poids lourd, la quasi-douairière de la presse féminine qu’est le magazine Elle ?

Tout a commencé avec la lecture des pages People, et en particulier cette rubrique hebdomadaire intitulée « Une journée avec… » Grand Dieu, je ne connaissais pas la moitié des filles avec lesquelles Elle voulait absolument me faire passer la journée. Mélody Gardot, Aïssa Maïga, Evelyne Chetrite… Mais qui sont donc toutes ces greluches ? Je ne prétends pas posséder une con – naissance encyclopédique en matière de People, mais de là à avoir le pénible sentiment d’être une pauvre fille recluse dans sa cave depuis vingt ans… Alors, l’air de rien, j’ai fait un test : j’ai poussé du coude mes voisines dans la salle d’attente et leur ai glissé un numéro sous le nez… Yeux ronds dans l’assistance: Evelyne qui ??? Ah non, jamais entendu parler.

Donc, soit les clientes de cette orthodontiste sont toutes spécialement nunuches, soit le magazine Elle a inventé un nouveau concept: après le soldat inconnu, le people inconnu… sans doute quelques relations de la rédaction, stylistes, écrivains, ou comédiennes à leurs heures, auxquelles on a gentiment promis de donner un coup de main. Mais dans ce huis clos de vieilles copines, qu’a donc à faire la lectrice?

D’autant qu’à people improbable, mode de vie improbable dans lequel nous autres, pauvres femmes « de la rue », avons un peu de mal à nous retrouver. Tenez, pour ne vous parler que de leur réveil, on trouve dans l’ordre : étirements, yoga, kundalini (ne me demandez pas ce que c’est), méditation, lotion, crème, masque, re-crème, douche, gommage sous la douche, hydratation sous la douche, promenade du chien, thé vert et jus de pamplemousses de Bombay. Allez, cette fois, on enlève le peignoir et on s’habille.

En ce qui me concerne, pour caser un tel emploi du temps avant les conduites d’école, j’ai calculé qu’il faudrait me lever à 4h35. Et je ne vous parle pas de mon jus de pamplemousse, qui ne vient pas de Bombay mais tristement de Leader Price. Quand il en reste un fond.

Lu ce commentaire sur le site de Elle, à propos de la rubrique « Une journée avec… » : « J’adore cette rubrique mais décidément la journée de ces pseudo-people ne ressemble pas aux nôtres. Allez, salut les filles ». De toute évidence, je ne suis pas la seule à me sentir légèrement décalée.

Passons à la mode: cette saison, le « It-maquillage » (pour votre gouverne, It est un petit préfixe à traduire en français par « prodigieusement tendance »), le « It-maquillage », donc, sera blanc. Ben oui, c’est forcé, on l’a vu sur tous les podiums, dans tous les défilés! Blanc… Blanc ? Tout blanc, oui, du fard à paupières au vernis à ongles. Ils ont tellement arrangé, d’ailleurs, la lithuanienne de 15 ans et demi sur la photo, qu’elle a l’air de sortir d’un sanatorium ou d’une crise de foie.

Pour le prêt-à-porter – toujours les podiums ! –, le must sera, notez-le mesdames car je n’invente rien, « ethnic chic », « folk rock », « vinyl idylle » et « bourge punk » (ils n’ont pas trouvé de rime).

Ben voilà, c’est tout simple. Avec mon pull ethnic chic, ma jupe vinyl idylle, mes chaussures folk rock, mon chapeau bourge punk, et mon maquillage de sorcière blanche dans Narnia, je suis sûre d’être la It-fille. Mais « I must » surtout avoir l’air complètement zinzin. Mes enfants me supplient déjà de ne pas approcher à moins de 200 mètres la grille de l’école. Pour que le type en jaune qui fait traverser n’appelle pas les flics bien sûr : « Dites donc, il y a une folle dingue qui tourne autour des enfants ».

Et je ne vous ai pas parlé de la page témoignage (« J’ai couché avec mon ex-mari », pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué) ; ni des horoscopes solaire et lunaire (quelle différence ? Aucune idée) ; des recettes de cuisine à base de tofu ou d’agar-agar (dans mon centre Leclerc, le chef du rayon épicerie s’en gratte encore la tête de perplexité) ; et des conseils anti-fatigue (se coucher tôt ? Quelle drôle d’idée : il faut faire un massage thaï, un peu de luxopuncture antistress (sic), et la méthode soundersleep d’Isabella Buggelsheim, encore une copine je pense).

Je pense envoyer cette petite lettre anonyme à la rédaction de Elle : « Eh, les filles, si on redescendait un peu sur terre? Une amie qui vous veut du bien. »

Texte extrait de Monde & Vie du 23 avril 2011, disponible en kiosque ou à commander ici.

5 commentaires pour "ELLE sur la planète Mars :: Par Gabrielle Cluzel"

  1. Olga sur le Danube dit :

    Je pense résilier mon abonnement a Glamour pour un peu de Science et vie! Tres bon article qui en plus de me faire rire est d’une grande clairvoyance! Je m’en retourne a mon the certes bio mais issu de petit producteur bien de chez nous!

  2. Francois dit :

    Bonsoir!

    vous cultivez du thé , sur les bords du danube??? le rechauffement climatique, sans doute….

  3. femme35 dit :

    chaque fois que je regarde ce type de magazines dans les salles d’attentes des médecins
    je sens un remonter de douleurs et de hantise

  4. Sophie dit :

    ce magazine devrait être interdit! je hais ce papier chiffon qui est une ode à la LGBT, à la décadence de notre société, à la théorie du Genre! véritable magazine qui ne sert à rien sauf à emballer vos objets un jour de déménagement!

    je n’ai qu’une envie leur écrire pour leur dire tout le mal que je pense de leur torchons!

    A quand un magazine Belle et rebelle? ;)

Un truc à dire ?